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5 étapes pour vivre la colère

05/12/2014 08:43 EST | Actualisé 04/02/2015 05:12 EST

J'ose aborder ici un thème sensible, délicat et explosif entre tous : la colère. Nous en sommes tous porteurs à différents degrés, que nous l'exprimions ouvertement ou non. Il est important pour moi d'insister sur le fait qu'il n'existe pas de remède miracle pour faire face à la colère. Certains diront qu'il faut respirer en comptant jusqu'à 10, d'autres qu'il faut penser à des choses positives, etc., mais comme nous sommes tous si différents, il est difficile de se limiter à une approche. Elles recèlent toutes une part de vérité et d'utilité.

Là où on peut généraliser, c'est dans l'importance de détecter la colère en nous-mêmes dès ses premiers symptômes car elle peut faire de graves ravages personnels et relationnels. En général, celui qui a exprimé sa colère sans retenue met plus de temps à s'en remettre que celui qui l'a reçue. Il nous est très difficile de l'accueillir pour ce qu'elle est : une émotion qui recouvre, en général une profonde souffrance encore inconsciente. Son effet est repoussoir et malheureusement souvent contagieux. Cette émotion, régulièrement associée à l'agressivité, est menaçante et fait peur.

Nos capacités à ressentir la colère «consciemment» sont en général particulièrement mal en point. On ne nous a jamais appris à la ressentir sans la craindre. Étant enfant, quand on vivait de la colère et que celle-ci était perçue par nos autorités, nos options étaient assez limitées. On nous imposait soit de se taire, soit d'être enfermés dans notre chambre pour réfléchir, soit de recevoir une bonne raclée; etc., tout dépendant des parents qu'on avait.

En conséquence, on nous a inculqué que cette émotion était à proscrire, à bloquer, à nier. Quand on rejette ou qu'on refoule une émotion, celle-ci ne disparaît pas pour autant. Où va-t-elle ? L'émotion et sa charge énergétique se retrouvent dans notre inconscient, créant une lésion psychique. Quand on accumule ces lésions assez longtemps, elles sont souvent somatisées et c'est le corps qui les absorbe et en souffre. Ce processus invisible à l'œil est pourtant bien réel. On peut accumuler beaucoup de colère comme ça; et, comme pour tout réservoir de carburant débordant, il suffit éventuellement d'une simple étincelle pour tout faire sauter, comme en témoigne des réactions qu'on juge "exagérées", quand leurs déclencheurs ne semblent pas les justifier ou encore les crimes passionnels, souvent difficiles à comprendre d'un point de vue extérieur. La colère est fréquemment un mécanisme de défense nous préservant de ressentir une blessure plus profonde.

Mais que doit-on faire de la colère ?

Déjà si on est un parent, on peut aider nos enfants à ne pas se diviser contre eux-mêmes quand ils vivent de la colère. Se diviser ça veut dire ressentir une chose et se juger de la ressentir : «Tu es en colère ? C'est très mauvais ! Maman et papa ne t'aiment pas quand tu es en colère.» Ça, c'est diviser l'enfant. Ça génère en lui une introjection qui dit : « Je ne suis pas aimable quand je ressens telle ou telle émotion ». Alors qu'en fait, il n'y est pour rien dans le fait de ressentir une émotion. On ne choisit pas d'être triste ou en colère !

Quand c'est possible, l'idéal est d'aider l'enfant à conscientiser qu'il vit de la colère. Le fait de la nommer avec sensibilité pour lui l'aide à prendre conscience de ce qu'il ressent, à ne pas s'en couper, à ne pas refouler et à communiquer: «Là, je vois que tu es très en colère. Tu peux l'exprimer en criant et en frappant dans un coussin, mais sans te faire mal ni faire mal à personne.»

Si nous, parents, ne sommes pas déclenchés par la colère de notre enfant, nous sommes beaucoup plus à même de l'aider à accueillir ce qui se passe en lui. De cette façon, l'enfant peut développer une écoute bienveillante de ce qu'il vit sans se diviser lui-même ni refouler. C'est à nous les adultes, d'être correctement situés face à la colère ; la nôtre et celle de notre enfant, afin de ne pas participer au refoulement psychique et au jugement. Seulement, c'est beaucoup plus facile à dire qu'à faire ! Souvent, en parler et s'autoriser à exprimer notre émotion dans un contexte thérapeutique sécuritaire permet de dégager les affects encombrés et d'être mieux situé face à la colère de l'autre.

Maintenant pour nous-mêmes.

Il faut reconnaître la colère et cesser de la justifier. C'est qu'on s'approprie rarement notre colère. Il y a un déclencheur, donc ma colère est justifiée ! Non. Il y a un évènement qui ME déclenche MOI. Ce n'est pas la même chose. Pourquoi quelqu'un d'autre n'est-il pas affecté comme je le suis ? Parce que ses déclencheurs ne sont pas les mêmes que les miens.

D'abord reconnaître ma colère dès qu'elle se présente; avant qu'elle n'ait le temps de m'emporter. Si je ne vois pas consciemment ma colère, parce que je suis occupée à me remémorer la situation qui l'a déclenchée, je risque soit de l'alimenter, soit de la refouler, soit de me justifier de l'exprimer de manière inconsciente en faisant des dégâts autour de moi.

Si la situation le permet, se retirer pour aller respirer en centrant -autant que possible- notre attention sur l'ici-maintenant.

Le plus tôt possible, s'exprimer avec le maximum de responsabilité dans les circonstances. Calmement dire : «Je suis très en colère» vaut mieux que de se laisser emporter, ou de refouler.

Plus tard, ou quand le contexte le permet, revenir mentalement sur les évènements déclencheurs pour voir si l'émotion est toujours active en nous-mêmes. Si c'est le cas, s'octroyer un temps pour la ressentir et la libérer par l'expression (toujours dans un contexte sécuritaire qui tient compte de l'environnement).

Être patient envers soi-même et reprendre ces étapes dès qu'une colère se présente. D'une fois à l'autre, on la sent venir de plus en plus finement, on l'apprivoise et elle perd graduellement son pouvoir sur nous.

Il ne faut pas s'en faire, si c'est difficile. Ça l'est pour beaucoup d'entre nous. La colère est si disgracieuse qu'on ne veut surtout pas lui autoriser l'entrée. Sauf qu'en fait, quand on songe à lui refuser l'accès, elle est déjà là ! Alors, à quoi bon tergiverser ?

L'important, c'est de la ressentir consciemment et sans jugement. Quand le contexte le permet, on peut alors l'exprimer de façon aussi responsable que possible. Vivre sa colère « en relation » sans blâmer l'autre (même subtilement) ou se victimiser est très difficile pour la majorité d'entre nous. Si on exprime notre colère de façon responsable, il y a de fortes chances qu'on découvre la blessure sous-jacente qui la rend si intense.

On peut dire que nous sommes presque tous experts dans l'art du refoulement (un de nos mécanismes de défense préférés) quand on a peur de sauter un plomb. Quand ça arrive, il faut se prendre soi-même avec beaucoup de bienveillance et de modération. Comme on le ferait avec un petit enfant en colère dont on voudrait protéger l'amour propre.

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