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Ça sert à quoi, en fait, la fête des Mères?

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Tous les ans, c'est la même rengaine, la fête des Mères c'est comme le père Noël des mamans. Un père Noël plus ou moins organisé et prévoyant, qui selon les foyers (et malheureusement pas en fonction de la gentillesse ou du facteur wonderwoman des mamans) apporte des cadeaux plus ou moins sympas ... (je rappelle malheureusement à ceux qui le pensent encore que non, un aspirateur n'est pas une bonne idée.)

Si comme moi vous avez la chance d'avoir un enfant en garderie, vous aurez l'immense bonheur de pleurer dans votre pyjama tout-mou du dimanche matin en écoutant le joli poème/chanson appris par cœur durant la semaine, accompagnés d'une jolie création qui sur l'échelle de l'imagination de Jean-Claude Van Damme se situe entre le collier de pâtes et le collage un peu douteux d'une éducatrice de CPE au bout du rouleau.

Je dois vous avouer que cette année, mon fils a triché, j'y ai eu droit ce matin; eh oui, j'ai pleuré comme une madeleine en écoutant la jolie chanson et le poème plein d'amour. Merci, mme Jacqueline, vraiment.

Tout ça pour vous dire que pour moi, la fête des Mères, en plus de m'autoglorifier d'être une super-maman-qui-déchire (méthode Coué) c'est aussi l'occasion d'une réflexion sur ma situation, à celle des jeunes et moins jeunes mamans de nos pays occidentaux. Où en est-on?

La fameuse «charge mentale» et le mythe de la mère parfaite

Cette semaine, le buzz s'est porté sur la BD drôle et tellement pertinente d'une jeune dessinatrice; Emma; intitulé: «Fallait demander» sur Facebook. Ça a tellement fait mouche (200 000 partages, des centaines d'articles associés et des milliers de commentaires) qu'on a vu apparaître une pléiade d'articles, de paroles d'experts et d'analyses, sur cette fameuse «charge mentale» des mères, théorisée par Nicole Brais de l'Université de Laval.

Une situation qui fait penser au serpent qui se mord la queue: au travail on pense à la maison, à la maison on pense au boulot; du coup, on n'est jamais complètement satisfaite sur le plan personnel et professionnel: un «à peu près» quotidien frustrant, chronophage et épuisant. .

Je vous invite toutes et tous, si vous ne l'avez pas encore fait, à lire la BD et les articles de l'universitaire sur le sujet; mais en gros, c'est le fait que dans la plupart des foyers hétéros, le planificateur est aussi l'exécutant. Même si on peut admettre que les hommes de la maison prennent part plus qu'il y a 10, 20 ou même 30 ans, les femmes, elles, doivent aussi, en plus d'assumer leur part, être celles qui ont la charge de toute l'organisation familiale; à elles de «penser a tout, tout le temps». On se pose alors la question de savoir si c'est un réflexe de «maman» (une maman stéréotypée) d'avoir à se charger de tout pour le bon fonctionnement familial. Est-ce qu'à tant vouloir atteindre le statut de mère parfaite (un mythe, si-si), on pense pouvoir tout assumer seule (c'est impossible je vous assure) et on ne laisse pas le champ libre à nos conjoints d'être pleinement participant. Une situation qui fait penser au serpent qui se mord la queue: au travail on pense à la maison, à la maison on pense au boulot; du coup, on n'est jamais complètement satisfaite sur le plan personnel et professionnel: un «à peu près» quotidien frustrant, chronophage et épuisant. .

La planification familiale

Un sujet plus que brûlant en ces temps de changements de gouvernements à travers le monde et d'une levée inquiétante du populisme, en Europe surtout, en Amérique en particulier. Qu'on s'entende bien, au Canada, on peut se trouver chanceux(ses) de ne pas voir ses droits et l'accès à la contraception, à l'information et à l'IVG, remis en question. Mais il existe encore, y compris dans les pays occidentaux développés, une interdiction et une restriction hors-normes en la matière qui va de l'interdiction pure et simple, à la répression en passant par l'ultra-restriction (en Irlande, au Portugal, en Pologne par exemple , ou dans certains États des États-Unis). Ça vous choque? Moi ça me révolte qu'on en soit encore là en 2017! Surtout quand on se rend compte que les décideurs de ces lois ne sont ni des femmes, ni des personnes touchées par une situation d'urgence, souvent de très jeunes femmes, mineurs dans plus de 50% des cas, sans accès à l'information, des femmes isolées, et/ou vivant sous le seuil de pauvreté.

Pire encore, dans les pays où l'IVG est autorisée et acceptée, on assiste à la remise en question de ces acquis par des groupes d'activistes extrémistes. En France, par exemple, on a vu apparaître ces derniers temps, de «faux sites» informatifs sur l'IVG (se faisant passer pour des sites du Ministère de la Santé). Dans l'ombre, ces sites sont pilotés par des «pro-life» (entendez: des ultra-catholiques, opposants farouches de l'accès à l'IVG) qui sous-couvert d'une fausse identité, dissuadaient (et dissuadent encore) des jeunes femmes désespérées de procéder à une IVG en reléguant de fausses informations (transmission de maladies, ablation de l'utérus, IVG ratée, j'en passe et des sordides). Je vous rassure, ces sites font l'objet de procédures auprès de la justice. Mais quand même, on peut penser qu'on a toutes (et tous!), un rôle à jouer dans la transmission de l'information et dans le soutien sans jugement de toutes les situations d'urgence.

Droit du travail et congés maternité

Encore une fois, le Canada s'en tire plus que haut la main sur ces questions: les normes du travail prévoient des conditions particulières pour les femmes enceintes et les jeunes mamans, et le congé maternité est un acquis que presque plus personne ne remet en cause.

Mais à nouveau malheureusement, le congé maternité n'est pas un droit partout y compris de ce côté-ci de l'Atlantique; et même là où il existe; il est parfois soit ridiculement court, soit il ne donne même pas la possibilité aux pères/conjoints d'assumer leur part et d'en bénéficier également.

On est loin des avancées des pays nordiques, qui tendent à mettre sur un pied d'égalité la maternité et la paternité sous le terme de «parentalité». La volonté politique de ces pays ont poussé les mentalités à changer et inversement. C'est l'oeuf ou la poule.

Lean In ou le pouvoir des working moms (to-be)

Il y a quelques années, en 2013, la géniale Sheryl Sandberg (numéro 2 chez Facebook), conceptualisait dans son bestseller Lean In, la théorie selon laquelle les femmes elles-mêmes sont des freins pour leurs carrières et doivent se bouger, s'imposer, en faisant fis de tout ce qu'on leur inculque (consciemment ou inconsciemment d'ailleurs); qu'elles sont leur meilleure chance d'avancer dans leur carrière. En gros, ce n'est pas parce qu'on veut être ou qu'on est une mère, qu'on doit s'autoreléguer au statut de travailleur de seconde zone. Encore une fois, l'essai de Sheryl Sandberg insiste sur l'importance du rôle des pères et partenaires qui doivent assumer pleinement leur part dans tous les domaines de l'organisation familiale afin de donner toutes leurs chances aux (futures-)mères dans leurs carrières. Elle insiste elle aussi sur le fait que la "mère parfaite" est un mythe et qu'il n'est pas juste de la part des mères, de réduire volontairement ou involontairement le rôle des pères dans l'éducation des enfants.

Tout ça pour vous dire que ce n'est pas facile facile d'être une maman, que c'est merveilleux, mais qu'y'a encore du chemin à faire, y compris et surtout de notre côté.

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