Caroline Eliacheff

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Y croire... ou pas

Publication: 10/07/2013 09:47

Croyez-vous aux fantômes? Ceux qui n'y croient pas se manifestent de façon plus péremptoire que ceux y croient: ces derniers, loin d'être prosélytes, ne parlent qu'en confiance. Mais si je vous pose la question: "croyez-vous que les morts continuent de vivre dans l'esprit des vivants?", peut-être serez-vous moins affirmatif surtout si vous avez perdu un être cher.

Dans un roman subtil, Madame George (le Seuil), Noëlle Châtelet aborde cette question dérangeante, ce qui explique peut-être pourquoi elle n'a pas reçu l'accueil auquel ses précédents livres l'avaient habituée. Je ne suis pas indifférente au fait qu'elle se soit glissée dans la peau d'un psychanalyste sexagénaire empâté pour plonger dans le souvenir des morts. Avant les Sopranos et la série In Treatment, je trouvais que le psychanalyste n'était pas un bon personnage de fiction et Woody Allen ne m'avait pas convaincue du contraire. Mais comme dirait l'autre, ça c'était avant. La justesse avec laquelle Noëlle Châtelet a construit le personnage de Jean-Marc, psychiatre, psychanalyste, par principe rétif aux phénomènes occultes m'a bluffée. La construction en toile d'araignée ou en colimaçon permet de le suivre alternativement avec ses patientes qui peuvent lui faire peur, ses enfants qui arrivent à le surprendre, son ex-femme car il n'a pas échappé au divorce, ses amis, ses rivaux, son activité de conférencier et bien sûr avec lui-même, lucide sur ses failles mais sans plus car il n'ignore pas que la psychanalyse n'est pas une assurance tous risques. Même ses rêves ne sont pas caricaturaux, exercice auquel les plus grands metteurs en scène se sont confrontés sans toujours réussir.

Psychanalyste expérimenté, Jean-Marc a des certitudes que le travail théorique conforte plus qu'il ne l'ébranle: réflexion oh combien juste sur l'utilisation de la théorie comme défense dans notre pratique; mais il est encore capable -et c'est heureux- de se laisser ébranler par ses patientes car c'est bien sûr grâce à elles qu'un psychanalyste n'en a jamais fini avec sa propre histoire. Moyen ingénieux de faire plonger un rationaliste bien défendu dans un voyage initiatique vers ses propres disparus.
Quand on se penche sur un sujet qu'on ignorait, quel qu'il soit, il est commun bien que toujours surprenant d'en voir partout des signes. Ça vous dépasse et on n'y peut rien. Rassembler les signes pour leur donner un sens nouveau est le ressort des romans policiers auxquels la psychanalyse ressemble par bien des aspects. Pas de meurtre dans ce roman, les morts sont déjà morts mais recèlent encore des secrets qui eux-mêmes génèrent des fantômes. La maison de George Sand à Nohant en est habitée et Noëlle Châtelet, pardon Jean-Marc, y trouvera ce qu'il ne savait pas qu'il savait déjà mais sans le savoir.

Allez, n'ayez pas peur de vous laisser entraîner. Vous ne risquez que de réaliser que l'écrivain est celui qui libère les fantômes, au risque que ce ne soit pas seulement les siens.

Noëlle Châtelet, Madame George, le Seuil
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