Carl Langelier

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La sainte crucifiée

Publication: 27/02/2013 13:47

Dans la recherche du plus blanc que blanc, voilà qu'au Québec, on s'attaque à mère Teresa. C'est Nicolo Milioto qui doit être content de voir qu'on le laisse sur les lignes de côté au profit d'une usurpatrice de classe mondiale. Dans cette chasse aux sorcières maladive, voilà que des chercheurs montréalais accusent mère Teresa de n'être rien d'autre qu'une héroïne médiatique.

Selon eux, la petite madame ne mérite pas son titre de «sainte». Après avoir lu 287 ouvrages sur elle, Serge Larivée et Geneviève Chénard constatent que le Nobel de la paix acceptait l'argent des riches, des Duvalier entre autres. Sacrilège. Ils constatent qu'elle était contre l'avortement. Profanatrice. Pis encore, on frappe sur «sa manière pour le moins discutable de soigner les malades». Pourquoi ne l'a-t-on pas crucifiée? Je vous le demande.

Je ne suis pas un catho qui veut défendre l'église à tout prix devant l'indéfendable. Je ne pratique pas, je suis pro-choix. Je n'ai pas lu de livres sur elle. Mais j'ai connu la petite madame. J'ai travaillé à ses côtés dans des mouroirs et des orphelinats au coeur même d'une explosion nucléaire. Parce que Calcutta, ce n'est rien d'autre que les restes d'une explosion atomique dans laquelle 17 millions de personnes essaient de franchir l'âge de 40 ans.

Mère Teresa ne gérait pas d'hôpitaux, elle gérait des mouroirs. Des lieux qui permettent à des êtres humains de mourir ailleurs que sur un trottoir. Au lieu de subir l'indifférence et l'humiliation de milliers de personnes qui vous enjambent quotidiennement pendant que vous gémissez vos derniers souffles, elle offrait un lit, une couverture, voire un repas à ceux qui pouvaient encore manger. Elle offrait ce que tout être humain devrait avoir avant de mourir: du respect, de la dignité, du réconfort, de l'amour.

Faire des intraveineuses et brancher le malade sur le soluté, administrer de la morphine pour calmer la douleur, faire et refaire des pansements pour désinfecter des plaies de lit ouvertes, siphonner l'eau des poumons et de l'estomac d'un homme pour calmer sa douleur atroce... J'ai fait ça. Des soins qui sont discutables?

Bien sûr, il arrivait que le pot des petites pilules et granules soit vide. Ainsi soit-il. Mais personne ne rationnait les médicaments. J'ai moi-même mis la main dans mes poches pour réapprovisionner. La petite madame a pris mon argent. Le lendemain, les médicaments étaient sur la tablette.

De l'argent sale? Qui peut bien s'en soucier en plein coeur d'un trou pareil? Beau paradoxe pour deux chercheurs montréalais! La petite madame accepte, on l'accuse de ne pas avoir de morale. Elle refuse, on l'accuse de ne pas soigner les mourants! Ces chercheurs savent-ils qu'il n'y a aucun médecin dans les mouroirs de mère Teresa? Que seulement quatre ou cinq religieuses tout au plus sont là pour coordonner? La force de la mission dépend des bénévoles: pas de bénévoles, pas de soins et, surtout, pas d'amour.

Celle qui dormait toujours la fenêtre ouverte pour ressentir le froid qui frappait les mendiants dehors avait écrit à la main ces mots à l'entrée du mouroir: «Avant d'aller au ciel, je viens chercher de l'amour».

Je l'ai vue sortir presque à coups de pied au derrière quatre étudiants en médecine venus d'Allemagne pratiquer leur savoir sur des malades à l'agonie. Elle les a revirés: «Vous êtes ici pour les aimer, pas pour en faire des cobayes». Ils ne sont jamais revenus.

Mère Teresa a toujours cru que la misère des riches était pire que celle des pauvres. Elle me plaignait d'ailleurs. Là-dessus, je dois lui donner raison. Ces mois à la côtoyer me font dire que la critique, même au nom de la science, est bien facile quand on a le cul au chaud dans un bureau.

Si faire partie des grands de ce monde, c'est de refuser l'argent des riches et d'être pour l'avortement, eh bien, je me demande bien où je me situe dans l'échelle sociale. Je n'ai fait que laver, raser, nourrir, rassurer, tenir la main de dizaines de personnes qui sont mortes dans mes bras. Je ne dois pas voler plus haut qu'un «intouchable» tout comme elle d'ailleurs, après tout elle n'a ouvert que 610 missions dans 123 pays! Namasté.

 
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Dans la recherche du plus blanc que blanc, voilà qu'au Québec, on s'attaque à mère Teresa. C'est Nicolo Milioto qui doit être content de voir qu'on le laisse sur les lignes de côté au profit d'...
 
 
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22:32 sur 28/02/2013
Malheureusement, c'est bien avant de lire les écrits de C. Hitchens que j'ai eu bien des échos suspects sur l'organisation de Mère Teresa via le témoignage direct de travailleurs de rue qui ont cherché à lui procurer de l'aide bénévole. L'organisme était bien expert à ramasser des fonds considérables de toute sorte de provenances, mais une part minuscule allait sur le terrain, en direction des pauvres proprement dits, le gros allait à la belle vie des cadres, comme l'habitude a été prise désormais avec les ONG en milieu tiers-mondien en général. M. Teresa n'est pas un modèle d'humanité : en plus de son parti-pris favorable aux crapules du genre qui gouverne de plus en plus l'économie mondiale, elle a fait preuve d'insensibilité crasse et de manque de courage à bien des occasions. Ceci dit, il se peut que par ailleurs sa vie contemplative ait été intense et courageuse au suprême degré, un peu comme celle de Thèrèse de Lisieux sa patronne, au point de compenser les manques graves de sa vie publique.
22:22 sur 01/03/2013
Vous n'êtes pas crédible!
22:29 sur 01/03/2013
Vous n'êtes pas crédible. Vous faites un procès d'intention basé sur des allégations!.
15:53 sur 02/03/2013
Mon opinion est fondée non sur des allégations, mais des témoignages oculaires directs de travailleurs de terrain (de retour de Calcutta) et des gens du terrain même (des campagnes pauvres d'Haïti). Regardez donc un peu les intérêts qui ont le plus financé et surtout garanti un accès inconditionnel aux grands médias à l'entreprise de M. Teresa, ce sont systématiquement des fortunes qui espèrent plonger le monde dans toujours plus de misère et l'aider à mieux mourir. Les témoins oculaires que j'ai consultés ont été unanimes pour me dire que M. Teresa et ses plus proches acolytes furent d'une dureté incroyable pour les pauvres dont ils réclamaient le soin. Pour votre information, il y a toujours eu dans le cadre de l'hindouisme bengali (du culte de Kali plus précisément) beaucoup de temples où les mourants de la rue et aussi des hospices peuvent aller mourir dans un cadre sacré. M. Teresa s'est contentée de christianiser l'institution païenne (ce que cette religion fit toujours partout) et malheureusement, ce qui la distingue des missionnaires du temps jadis, de la rendre plus dure pour les pauvres que dans la version originale.
09:33 sur 28/02/2013
Deux excellentes réponses (en anglais) aux critiques de Christopher Hitchens (1949-2011) sur Mère Teresa http://www.nybooks.com/articles/archives/1996/sep/19/in-defense-of-mother-teresa/?pagination=false
20:54 sur 27/02/2013
Félicitations pour votre article. Cela fait plaisir de voir qu’il y a encore des gens qui ont le courage d’aller à contre courant de l’idéologie dominante qui consiste à descendre de son piédestal quiconque nous sublime et qui, par conséquent, nous ramène à notre propre indigence morale. Il est si facile de ressortir des insignifiances pour tirer à boulets rouges sur Mère Teresa, alors que ceux-là mêmes qui la jettent en pâture à l’opinion publique ne délaisseraient jamais leur petit confort moderne pour aller apporter un peu de réconfort et d’amour à ceux qui agonisent dans l’indifférence la plus totale.

Catherine Conde
08:49 sur 28/02/2013
Très bien dit !
SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
musael
Ad majorem consciencia
19:19 sur 27/02/2013
J'aimerais apporter cette nuance qu'il n'y a pas qu'au Québec que la réputation de mère Térésa
est attaquée. Voici un article paru dans Le Monde Diplomatique qui reprend les arguments de Cristopher Hitchens qu'il publia dans The Missionary Position

http://www.monde-diplomatique.fr/1996/11/HITCHENS/7400

Ils posent des questions pertinentes comme où s'en allaient les millions récoltés. Et, ma foi si, comme vous l'affirmez, tout le monde était bénévol, la question mérite d'être posée.
photo
SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
Pedro Individuo
18:44 sur 27/02/2013
Ces Québécois ne sont pas les premiers Christopher Hitchens était lui aussi très critique de la "sainte"
22:32 sur 01/03/2013
Cristopher Hitchens est un anticatholique notoire et ses propos son sujet à caution.