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J'enseigne

17/12/2014 11:42 EST | Actualisé 16/02/2015 05:12 EST

Entre 25% à 30% des enseignants fraîchement diplômés quittent le domaine durant leurs 5 premières années. À tous les automnes, on manque cruellement de suppléants, car certains vivent des épuisements professionnels, parfois à répétition. La clientèle s'alourdit; les élèves à besoin particuliers sont plus nombreux et les diagnostics sont parfois multiples, au sein du même enfant.

Dans ce contexte, on demande aux enseignants de prendre en charge plus d'élèves et de travailler plus longtemps...

Plus longtemps, dites-vous, Messieurs Bolduc et Couillard? Je mange dans mon local au moins trois ou quatre fois par semaine pour offrir de la récupération et permettre aux élèves de terminer leurs travaux avec de l'aide. Lors des pauses, j'appelle des parents et je gère des crises; des crises de panique, des crises de colère, des crises de peine d'amour, des crises d'amitié, des crises d'idées noires, des reflux de crises familiales... Durant les périodes où je n'enseigne pas, j'écris des courriels à des parents, des psychoéducateurs, des éducateurs, des travailleurs sociaux, des psychologues et des psychiatres; je fais des suivis. Entre temps, je dois planifier, organiser créer des activités d'apprentissage significatives, qui stimulent, qui motivent. Je dois corriger, je dois remplir des rapports multidisciplinaires, je dois continuer à me former pour rester à la page et exploiter les TICs. Je travaille chez moi, le matin; je corrige chez moi, le soir et lors de mes heures de repas, même si ce sont des pauses syndiquées. Vous me demandez de travailler plus, soit. Donc, une question se pose : à quoi ressemblerait mon salaire si je vous facturais le tout? Toutes les minutes et les heures, de semaine et de fin de semaine, durant lesquelles je me consacre à mon métier?

Plus d'élèves... En plus de Zack qui est dyslexique-dysorthographique, d'Émile qui a un trouble du spectre autistique, de Julianne qui ne peut se concentrer que quatre minutes de suite - Oui! j'ai compté - sans partir dans la lune, de Marvin qui ne peut rester assis (trois chaises en ont fait les frais depuis septembre...), de Gaby qui m'envoie promener à chaque fois que le lui donne une tâche pour laquelle il ne se sent pas compétent. Plus d'élèves, qui méritent que je sois dynamique et disponible pour leur donner envie de travailler, de se dépasser. Plus d'élèves, Messieurs Bolduc et Couillard, pour arriver à l'équilibre budgétaire qui ne sera que temporaire, puisqu'en fin de compte, notre main d'œuvre sera moins bien qualifiée... Car je n'y arriverai plus, je ne pourrai prendre le temps de bien adapter, différencier et parfois modifier ma pédagogie pour les faire réussir tous, au meilleur de leurs habiletés.

Cette profession, je l'ai choisie. Je l'aime profondément, car je crois que mon talent est de pousser les gens vers le haut, c'est d'inspirer, parfois assez pour qu'ils vainquent leurs peurs et acceptent de traverser les limites de leurs inquiétudes. J'ai la conviction profonde d'être à ma place lorsque je les tiens tous, durant le cours d'histoire, de math, de français et qu'ils s'engagent, qu'ils participent, lorsque dans leurs yeux s'allume la curiosité et lorsqu'ils me poussent à aller plus loin, à déborder du programme, de votre programme, parce qu'ils sont intéressés.

Comptez donc messieurs, mais comptez les vraies heures travaillées. Les vacances d'été ne les couvrent pas toutes. Comptez donc messieurs, car à long terme, nous ferons tous les frais de vos décisions.

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