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Je pensais le conseil national d'Option nationale plus combatif que ça

03/02/2015 10:01 EST | Actualisé 06/04/2015 05:12 EDT

Vous me verrez très déçue de la décision du Conseil national d'Option nationale de n'appuyer aucun candidat à la chefferie du Parti québécois. Le choix leur appartenait, bien sûr, mais les raisons énoncées sont d'autant plus décevantes qu'incompréhensive.

Dans le courriel qu'ils ont envoyé aux membres, ils expliquent leur choix comme ceci :

« Le conseil national a décidé de ne pas tenir de congrès extraordinaire sur un possible appui à une candidature péquiste qui se rapprocherait de notre article 1.

[...]

Étant donné la vaste incertitude qui semble régner à ce moment-ci chez les militants du PQ quant à la nécessité d'adopter une approche franche d'accès à l'indépendance, le conseil a estimé que l'investissement militant nécessaire à un tel appui organisationnel ne valait pas la peine d'être fait pour le moment. »

Étudions donc l'article 1 d'Option nationale. Il y est traité du rapatriement des lois, impôts et traités, de constitution du Québec, des droits des autochtones, etc. Et bien sûr d'une démarche claire vers l'Indépendance. Or, plusieurs candidats ont dans leurs programmes des démarches similaires à ce que l'on trouve dans la plateforme d'Option nationale. Martine Ouellet propose un référendum dans un premier mandat et une démarche active vers l'indépendance, ainsi que la création d'une constitution québécoise, tout comme Alexandre Cloutier d'ailleurs, qui est toutefois moins enthousiaste dans son calendrier quant à la date d'un éventuel référendum. Mme Ouellet, ainsi que plusieurs autres candidats, ont aussi le soin de considérer les peuples autochtones et les Néo-Québécois dans leurs propositions. Martine Ouellet parle aussi de rappariement de pouvoirs et création d'organismes d'états tels que, et je cite : « l'assurance-emploi, le régime de pension, le rapport d'impôt unique, les ambassades québécoises, le transfert des fonctionnaires fédéraux et la mise en place d'un réseau régional d'information et de diffusion relié à Télé-Québec »

Jean-François Lisée amenait quant à lui l'idée d'une monnaie québécoise et un travail de terrain solide (escouades de porte-à-porte, cafés-bistrots de l'indépendance, etc.) et Pierre Karl Péladeau une armée québécoise. Il faut noter que ce dernier, malgré une plateforme complète encore indisponible, se montre extrêmement volubile sur la chose indépendantiste et est doté d'un discours dont le nationalisme est parmi les plus variés (nationalisme culturel, économique, environnemental, etc.), ce qui est d'ailleurs une spécialité d'Option nationale, notamment au plan économique. Le plan concret se fait toujours attendre, mais l'homme parle d'indépendance de manière absolument décomplexée, et ce malgré le poids qui vient avec sa candidature.

Finalement, Bernard Drainville a été le premier au Parti québécois à exiger l'utilisation du mot Indépendance en remplacement de Souveraineté - certains diront que c'est un combat de sémantique, et sans m'embourber dans le débat, il y a là une importance nuance, la souveraineté du Québec au sein du Canada étant relativement déjà atteinte. Ce changement de formule est d'ailleurs en accordance avec son utilisation du mot « provincialisme » en remplacement de « fédéralisme ».

Une chose est certaine, et tous sont d'accord sur ce point, nous avons assez serré les dents en parlant d'indépendance. Tous présentent ou présenteront une démarche vers le pays, un plan d'action, ce qui n'était pas le cas de l'époque Marois. De plus, tous les candidats à la chefferie ont réaffirmé leur appui au Bloc québécois de Mario Beaulieu suite à une sortie de PKP sur la chose. Il va sans dire qu'ON et le BQ ont des atomes crochus au niveau idéologique.

Bien sûr, aucun candidat n'est parfait. Mais tâchons de ne pas oublier qu'ils sont tous du Parti québécois - et, coup de théâtre, après la course à la chefferie, ils feront fort probablement partie des hautes sphères de la formation et nous espérons que le gagnant de cette course saura créer une unité ainsi qu'un heureux mélange des plateformes de chacun des candidats. Cela n'a rien d'exceptionnel : Mario Beaulieu l'a fait suite à sa victoire à la tête du Bloc québécois, car il en va de l'intérêt des partis suite à leurs courses à la chefferie. Évidemment, quelques candidats sont moins séduisants pour des militants d'Option nationale. C'est normal, car c'est la même chose au sein du Parti québécois. Mais il est faux de dire qu'aucun candidat de correspond aux attentes du jeune parti : non seulement c'est faux, mais c'est de la mauvaise foi.

«Bien qu'Option nationale maintienne sa position d'ouverture permanente à collaborer avec un parti inscrivant dans son programme un engagement d'accès à l'indépendance suffisamment proche du nôtre, le conseil a jugé que le fruit n'était pas mûr pour une telle collaboration.»

Exiger de l'autre qu'il adopte les mêmes positions que soit, ce n'est pas de l'ouverture. C'est de l'entêtement. C'est de l'aveuglement.

Option nationale avait à gagner à prendre position dans la course à la chefferie du Parti québécois, et pour beaucoup plus que pour des raisons médiatiques. ON a toujours eu à gagner à s'impliquer, s'engager, critiquer et applaudir tous les membres du mouvement indépendantiste. N'est-ce pas le but même du parti?

Je ne reconnais plus ce parti que j'ai tant aimé.

Militants d'Option nationale, ne manquez pas la chance d'avoir une influence dans un moment historique du Parti québécois et par extension du mouvement indépendantiste. Vous me direz la course est déjà terminée, je vous dirai que vous devriez savoir plus que quiconque qu'un parti n'est pas l'acte d'un seul homme. On se comprend.

J'aimerais vous rappeler ces phrases d'un discours de Pierre Bourgault que je sais être très aimé par les membres d'Option nationale :

«À l'intérieur du parti, lorsque nous nous sentons en sécurité, lorsque nous sommes tous à peu près d'accord, bien sûr, cela va relativement bien, mais souvent c'est un signe qu'il n'y a pas cette liberté essentielle de discussion qui nous rend tous un peu moins sécurité... sécuritaires.

[...]

La démocratie tel que nous tentons de la vivre, ce n'est pas la sécurité; c'est dur, c'est agaçant, c'est harassant par moments»

Je vous connais assez pour savoir que vous n'aimez pas le chemin de la facilité. Or il est facile de critiquer quelqu'un ou un parti mais n'avoir aucun désir d'exercer une influence sur le plus important acteur du mouvement indépendantiste, et le Parti québécois l'est que vous le vouliez ou non. C'est pourtant exactement la décision du Conseil national d'ON; refuser d'avoir de l'influence.

«Ça ne sert à rien, la course est déjà terminée, Camille. Tu perds ton temps à vouloir changer le PQ.»

Hum. Ça me rappelle quelque chose qu'on se fait souvent dire.

«Ça ne sert à rien, ça fait deux fois qu'on perd. Tu perds ton temps à vouloir changer le statut du Québec.»

Je vous pensais plus combatifs que ça.

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