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«La société des poètes disparus»: l'espoir, malgré tout

17/08/2014 09:00 EDT | Actualisé 17/10/2014 05:12 EDT

À la suite de l'annonce de la mort de Robin Williams, j'ai eu envie de réécouter Le cercle des poètes disparus, un film qui a marqué ma jeunesse. Une envie qui n'était pas sans être mêlée à une certaine appréhension, à la fois parce que je connaissais déjà la fin qui me fait mal à chaque fois, mais aussi, parce que maintenant je connaissais également sa fin, soit celle de l'acteur qui joue ce magnifique professeur de littérature anglaise, Robin Williams. Une sorte de boucle où la réalité se mêle à la fiction, où le suicide de l'un semble faire écho au suicide de l'autre, où les aspirations étouffées de l'un semblent rejoindre celles de l'autre. Comme si le personnage de M. Keating lui-même avait été arrêté dans son élan de liberté, comme si son appel à l'existence - au carpe diem - s'était brisé contre une roche.

Et de fait, M. Keating fait partie de ces professeurs qui peuvent vous faire profondément aimer la littérature ou la poésie parce qu'ils se donnent pour objectif, non de vous faire réciter ces «académiciens frileux», mais de vous faire créer votre propre rime, parce qu'ils vous invitent à oser, parce qu'ils vous font ressentir la passion, celle-là même exprimée par les poètes des siècles passés. Bref, parce qu'il vous font développer votre sensibilité, votre humanité.

Mais pas cette humanité prise dans «le péril du conformisme» et des traditions. Non. Votre propre humanité, à savoir, celle d'un esprit libre qui regarde les choses différemment, qui choisit sa propre voie, trouve son identité. «Pensez par vous-mêmes», «Profitez du jour présent», tels sont les deux leitmotifs insufflés par le professeur joué par Robin Williams à ses étudiants. Existence et liberté.

Pour autant, prendre le pavé et trouver sa «propre cadence», sa «façon de marcher personnelle» n'est pas chose aisée. Il y a même quelque chose de cruel qui attend ceux qui osent s'y aventurer. Neil Perry dans le film, Robin Williams dans la vie, semblent en avoir fait les frais.

Ainsi, ne serait-il pas alors légitime de se demander si, finalement, la raison ne serait pas du côté de M. McAllister, ce professeur qui se définit face à M. Keating comme réaliste et pense la liberté hors de la rêverie? En effet, quelle valeur au carpe diem si celui-ci n'est que factice et éphémère? Pourquoi devoir trouver sa propre voie si c'est pour endurer exclusions, désillusions et souffrances? Ne serait-ce pas plus simple de rentrer dans le rang et mener la vie telle une «lente désespérance» selon les mots de Thoreau? Ne faudrait-il pas se résigner contrairement à l'exhortation du professeur de littérature anglaise?

Autrement dit, que reste-t-il encore des paroles libératrices de M. Keating à ses étudiants? Que pouvons-nous en garder? Sont-elles simplement destinées à provoquer l'amertume future comme l'avait averti le professeur McAllister?

De ces paroles, je pense qu'il reste l'espoir. Cet espoir qui dans le film se retrouve au sein du personnage de Todd Anderson, ce jeune homme timide que l'on sent évoluer et se libérer jusqu'à affirmer à la fin sa désobéissance à l'égard de l'autorité et sa reconnaissance face à ce qu'a pu lui apporter M. Keating. Cet espoir que l'on retrouve au sein de chaque personne, qui comme moi, a été marquée par le film et par le personnage du professeur incarné par Robin Williams, au sein de ces personnes qui, par la suite, se sont jetées dans la littérature et ont choisi de construire leur propre route.

Cet espoir d'un possible changement qui s'illustre dans cette magnifique phrase citée par M. Keating lui-même : «En dépit de tout ce qu'on peut vous raconter, les mots et les idées peuvent changer le monde». Certes, comme tout espoir, il est susceptible d'être entravé, de ne jamais prendre forme, mais il reste là comme cette lueur à poursuivre. Existence et liberté. Merci à M. Keating de nous avoir donné cet espoir. Merci à Robin Williams de l'avoir incarné.

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