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Un deuxième bain, c'est rien

Parce que vivre propre et bien nourri lorsque la vie ne vaut plus rien, lorsqu’on est « parké » devant un mur les trois quarts de la journée, ça ne sert à rien.

20/09/2017 15:30 EDT | Actualisé 20/09/2017 16:22 EDT
Mary Smyth
Ajouter un deuxième bain pour bien paraitre c'est facile à faire, mais ça ne changera pas la façon de vivre en CHSLD.

Un deuxième bain, c'est rien. La bouffe qu'on fait semblant d'améliorer aussi.

Pourquoi? Parce qu'aucun de nos élus ne finira par y vivre. Parce qu'un bain et des repas qu'on devrait améliorer, mais qui sont toujours aussi misérables, ne rendent pas les conditions de vie meilleures.

Les meilleures conditions de vie en CHSLD passent par plus de personnel, AVANT qu'on ajoute un deuxième bain.

Pour moi, garder l'usage de mes jambes, c'est plus important que deux bains, alors que je ne fais aucune activité où je transpire.

Des résidents perdent l'usage de leurs jambes parce que personne ne peut les aider à les faire marcher tous les jours, trop occupé à faire toutes les tâches. Pour moi, garder l'usage de mes jambes, c'est plus important que deux bains, alors que je ne fais aucune activité où je transpire.

Vivre en CHSDL, pour plusieurs, ça signifie de ne pas aller dehors pendant des mois. De ne plus sentir le vent et le soleil sur sa peau et ne plus jamais entendre les oiseaux. C'est de passer les derniers mois et années de sa vie entre quatre murs, sans air frais.

Je préfère de loin aller dehors régulièrement, même si ma mobilité est réduite, plutôt que de recevoir un deuxième bain. Ne me laissez pas crever propre sans sentir l'air frais.

Des résidents restent alités pendant des jours, voire des mois, sans que personne s'occupe vraiment d'eux. Sans que personne leur fasse la lecture ou mette leur musique préférée. De grâce, lisez-moi un passage de livre avant de me laver, alors que je ne peux même plus me lever ou même parler.

Avant d'améliorer mon repas, augmenter donc le nombre de préposés qui s'occupent d'aider et d'alimenter les personnes qui ne sont plus capables de le faire par elles-mêmes. Parce que je préfère de loin manger une boulette moche à la place de me faire gaver par quelqu'un de pressé.

Parce que vivre propre et bien nourri lorsque la vie ne vaut plus rien, lorsqu'on est « parké » devant un mur les trois quarts de la journée, ça ne sert à rien.

Avant de vous réjouir pour un deuxième bain, allez voir l'état des loisirs et des services spirituels dans les CHSLD. Parce que vivre propre et bien nourri lorsque la vie ne vaut plus rien, lorsqu'on est « parké » devant un mur les trois quarts de la journée, ça ne sert à rien.

Allez visiter le CHSLD de votre coin. Allez visiter votre famille qui y vit.

Vous découvrirez les vraies priorités: des soins plus humains par du personnel moins pressé et mieux traité, des chambres qui n'ont pas l'air de chambre de prisonnier, des couloirs plus aérés qui sentent moins l'urine et les selles, des salles à manger plus accueillantes, des préposés qui peuvent prendre le temps de parler, de sourire et d'accompagner, des infirmières qui prennent le temps de soigner, de planifier et d'écouter, non seulement le résident, mais aussi sa famille.

Ajouter un deuxième bain pour bien paraitre c'est facile à faire, mais ça ne changera pas la façon de vivre en CHSLD.

La seule chose que ça permet, c'est de lancer de la poudre aux yeux d'une population qui ne connait pas les vraies préoccupations lorsqu'on vit en CHSLD.

Et d'augmenter ses chances, en tant que ministre de la Santé, de bien paraitre.

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