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«Pute, chienne et bitch»

07/03/2016 10:02 EST | Actualisé 08/03/2017 05:12 EST

Attention, certains propos peuvent choquer de jeunes lecteurs. L'auteure a ici utilisé le style de la fiction pour illustrer son propos.

«Crisse de braillarde, maudite folle, t'avais juste à partir.»

J'ai été violée quand j'étais jeune. À 7 ans je couchais avec mon oncle. Pas pour dormir, mais pour me faire pénétrer. Un oncle, pis après j'ai eu un chum. Un chum ça peut violer aussi. Je ne voulais plus baiser avec lui. Il était violent. Il m'obligeait. Je suis resté quand même. Incapable de partir. Je pleurais souvent au travail. Je ne voulais même plus sortir ou parler en public. Je me suis refermée sur moi-même.

On dit que j'avais juste à partir. On dit que je suis une crisse de braillarde.

«Pute, salope t'avais juste à ne pas l'inviter chez vous.»

Je revenais d'une sortie de filles avec mes amies un samedi soir. En marchant vers chez nous j'ai rencontré un de mes voisins. On a parlé. Il est vraiment sweet. Je l'ai invité à prendre un verre chez nous. On a bu deux verres. J'étais saoule. Je lui ai dit que je voulais aller dormir, qu'il fallait qu'il rentre chez lui. Là il n'était plus sweet. C'est un peu vague. Il m'a embrassé de force. J'essayais de me débattre. Il a mis ses mains dans mes culottes. Je pleurais. Il me pénétrait en me tenant. J'avais mal. Il me frappait.

On dit que je suis une pute et que je l'ai cherché parce que je l'ai invité chez moi.

«Crisse de chienne, elle avait juste à ne pas le tromper.»

Je ne vois plus ma fille. Je ne peux plus sécher ses larmes, je ne peux plus la consoler, je ne peux plus sentir sa peau. Elle était ma vie. Je ne suis plus là. Je ne suis plus là, mais je suis partout aussi à la fois. Chaque jour depuis que j'ai eu ma fille, mon mari me bat. Je n'ai jamais pensé que je ne serais plus là. J'ai commencé à parler à un autre homme au travail et à lui parler au téléphone. Mon mari l'a appris et le même soir il m'a battu jusqu'à ce que je quitte, jusqu'à ce que je quitte le monde. Ma fille a tout vu. Il a voulu tuer ma fille aussi, mais la police est arrivée. Ma fille pleure et je ne peux pas sécher ses larmes.

On dit que je l'ai cherché, on dit que je suis une crisse de chienne.

«Yo bitch, ça va ma salope?»

Je ne sais pas si c'est correct. Mes parents disent que non. Moi j'le sais pas. À l'école on se traite de bitch, de plotte ou de salope. C'est comme un surnom. Au début ça ne me dérangeait pas. Ça me gênait un peu à l'école, mais c'était pas si pire. Je voulais être comme les autres filles. Je les laisse m'appeler de même. Les gars aussi ont commencé à m'appeler de même. Quand Simon, le gars sur qui je tripe m'a dit «Salut ma salope», je capotais. Enfin il me parlait. Chaque fois qu'il me croisait, il trouvait un nouveau surnom comme ça. Pis samedi passé, quand on est allé chez Mathilde pis que ses parents étaient pas là, il est venu avec sa gang. Devant tout le monde il a commencé à me dire que j'étais une vraie salope. Là j'aimais pu ça. Il m'a pogné les fesses devant tout le monde en disant que j'étais vraiment une belle bitch. J'avais le goût de pleurer. Je me suis sauvé chez nous. Je ne veux pu retourner à l'école.

Mes amies disent que c'est pas grave, que c'est juste un mot salope.

La violence sexuelle a de nombreux visages.

Pensez, éduquez, échangez avec nos jeunes, filles et garçons. Le futur des femmes est entre leurs mains.

Retrouvez plus de billets de Bianca Longpré sur son blogue personnel.

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