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Petit Jérémy, j'ai honte

23/09/2015 09:10 EDT | Actualisé 23/09/2016 05:12 EDT

J'aime Mike Ward.

C'est un de mes humoristes préférés.

Je n'avais jamais réfléchi aux jokes sur le petit Jérémy. Les jokes desquelles je riais moi-même à cette époque. L'époque où je faisais moi-même des blagues, dans mon salon sur cet enfant laid. Pour moi, c'était un enfant laid, handicapé, que je ne connaissais pas.

Hier j'y ai pensé. J'ai lu ce que Jérémy a écrit à ce sujet. J'ai lu ce que ses parents pensent.

J'ai eu honte. Vraiment honte. Honte d'avoir ri. Honte d'avoir fait des jokes sur cet enfant. Honte qu'au Québec on rit d'enfants avec un handicap.

Mais qu'est-ce qui s'est passé pour que d'un coup je ne rie plus et que je trouve ces blagues-là vraiment déplacées?

Je ne sais pas. Est-ce parce que je suis devenu mère? Peut-être.

Parents, imaginez-vous un seul instant qu'un humoriste populaire au Québec commence à faire des blagues sur le physique de votre enfant. Les blagues sont vraiment rough et difficiles à entendre. Les gens rient. Des milliers de personnes voient la partie du numéro ou l'on rit de votre enfant. Comment vous sentez-vous? Prenez deux minutes pour y réfléchir.

Une fois, au parc, une petite fille a dit à mon gars qu'il était laid.

Juste : «T'es laid.» La petite fille d'environ 4 ans et sa sœur riaient de mon fils. Des enfants ont dit à mon gars qu'il était laid et j'étais en furie. Le soir chez nous, j'y pensais encore en me demandant si mon gars avait été troublé par ce commentaire.

Imaginez si un artiste l'avait fait devant des milliers de personnes. Juste «Ricci est laid» devant 1000 personnes. Je pense que je serais monté sur scène comme une tigresse. Parce que quand tu es une mère, tu ne veux pas qu'on blesse tes enfants, encore moins devant tout le monde.

Imaginez pire encore : votre enfant a un handicap, vous, vous le trouvez beau, c'est votre enfant. Il est beau, il est seulement différent. Vous vous tuez à lui dire qu'il est magnifique, qu'il a des yeux charmants, que sa voix est douce, qu'il pourra accomplir de grandes choses, que son handicap ne l'arrêtera jamais. Vous y croyez. Vous croyez qu'au Québec un enfant différent a sa place.

Quand on vous offre de réaliser les rêves de votre enfant, qu'on lui offre de chanter, de faire de la télé, vous acceptez. Après tout, s'il n'était pas handicapé vous auriez aussi accepté.

Puis viennent les blagues d'un humoriste à son sujet. Vous n'en revenez pas. On ne peut pas démolir un enfant sur la place publique. Impossible. Les gens ne peuvent pas rire. Voyons. Tout le monde rit. Pis moi aussi je ris de votre enfant.

Est-ce parce qu'on rit que c'est drôle? Bonne question.

Alors c'est peut-être parce que je suis devenue mère que je trouve que ça n'a aucun sens de faire des blagues sur un enfant qui n'a rien demandé et qui n'a rien fait de mal. Et même si un enfant faisait quelque chose de mal, est-ce une raison pour rire de lui devant des milliers de personnes?

C'est aussi parce que j'ai lu ce qu'a écrit Jérémy que je ne trouve plus ça drôle. Il est devenu grand ce Jérémy.

J'ai pensé au moment où il a visionné le numéro. Le moment où il a réalisé que le Québec acceptait et riait de lui alors qu'il n'était qu'un enfant... Ce que ses parents ont dû lui dire.

J'ai eu le cœur serré. Je ne riais plus.

Rire d'un adulte, ça peut aller. Rire et ridiculiser un enfant, handicapé ou pas, en public, ça ne va pas du tout. Liberté d'expression? Je m'en fous. Même si quelqu'un dit que je peux rire de qui je veux je regrette d'avoir ri des blagues sur Jérémy. Je regrette d'avoir ri de Jérémy. Non pas parce qu'il est différent, mais parce que ces rires-là ont eu un impact dans sa vie d'enfant et dans la vie de ses parents.

Pourtant je n'ai pas de poursuite. Mike en a une. La poursuite ne réglera rien. Elle ne réparera le cœur brisé des parents de Jérémy et n'enlèvera pas ce qu'il a vécu.

Si Mike avait rencontré Jérémy et ses parents et qu'ils avaient exprimé leurs sentiments, aurait-il continué? Je ne sais pas.

Avec ce texte je veux simplement faire prendre conscience aux gens que parfois on se trompe. On se trompe dans nos agissements et dans notre pensée. J'ai ri de ces blagues-là et je m'en excuse. Je n'aurais pas dû.

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