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Développement régional: l'État a abdiqué son rôle

21/06/2015 12:54 EDT | Actualisé 20/06/2016 05:12 EDT

Les auteurs de l'étude «Le secteur public et l'économie régionale au Québec» affirment, avec abondance de statistiques, graphiques et références en appui à leurs observations et conclusions, que «le secteur public est un employeur plus important que le secteur de l'extraction des matières premières et du secteur manufacturier dans les régions ressources et les régions manufacturières.»

En entrevue au Devoir, M. Bertrand Schepper, coauteur de cette étude chapeautée par l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS) avec le soutien financier du Syndicat québécois de la fonction publique (SFPQ) qui confirme que «le secteur public, loin de n'être qu'une dépense improductive pour l'État, peut devenir un levier de développement économique bien plus efficace que ne l'est le secteur privé», déclare que «chaque million investi dans le secteur public crée 14.22 emplois contre 8,57 emplois dans le secteur primaire.»

La principale conclusion de l'étude arrive sans surprise: «L'État a abdiqué son rôle d'investisseur dans l'économie et préfère soutenir les projets privés pour créer de l'emploi et développer les régions.»

Point d'hypothèses d'explications ou d'essai de compréhension de ces constats et conclusions, que plusieurs observateurs avertis verront comme les éléments d'un portrait succinct et orienté d'une réalité complexe que composent bien d'autres paramètres. Parmi ceux-ci, les lobbies des régions centrales (élus des grandes villes, chambres de commerce, conseil du patronat...) qui forgent la perception du gouvernement Couillard quant au rôle et à la contribution des régions, et influent sur les choix politiques qui les concernent. On se souviendra des pressions exercées par divers groupes des régions centrales sur l'ancienne ministre des Affaires municipales et des Régions dans le gouvernement Charest, Nathalie Normandeau, pour qu'elle abandonne les mesures fiscales particulières accordées aux régions ressources dans le but d'atténuer certains handicaps.

Point de recommandations non plus pour une fonction publique que le rapport appelle de tous ses vœux, mais qui doit être en soutien à un «projet régional». Or, il y a absence de «projet régional» au sein du gouvernement Couillard, ce qui explique les carences en ressources qu'on investit en régions non centrales.

Des choix politiques contraires aux attentes des régions

Les ressources dont dispose un gouvernement pour les services à la population, aux collectivités et au développement économique régional, sont limitées. Elles dépendent de la richesse collective issue des impôts et des taxes perçus. Compte tenu des limites de cette richesse collective, l'écart se creuse entre besoins et moyens. L'exercice d'allocation des ressources aux divers postes de dépenses de l'administration publique relève de choix politiques. Des priorités sont établies, des arbitrages sont conduits, des choix sont faits.

Dans le contexte des mesures d'austérité qui frappent toutes les sphères de l'activité économique et sociale du Québec, les arbitrages sont exacerbés et les choix ne vont pas dans le sens de la rhétorique de l'étude de l'IRIS, à savoir des investissements accrus, ou tout au moins maintenus, dans le secteur public en régions. Le gouvernement fait des choix qui s'avèrent contraires aux besoins du développement régional et aux attentes des élus territoriaux. Pourquoi? C'est à cette question que le gouvernement devra répondre dans les négociations avec le monde municipal en vue du prochain pacte fiscal.

Comprendre le rôle et la contribution des régions dans une économie en évolution

Responsable de la Stratégie pour assurer l'occupation et la vitalité des territoires et de la Loi du même nom (gouvernement Charest, 2012), Pierre Moreau, ministre des Affaires municipales, des régions et de l'occupation du territoire doit promouvoir le développement de toutes les régions du Québec.

Compte tenu des arguments invoqués pour justifier les décisions de son gouvernement à l'égard des régions et l'oreille attentive qu'il prête aux revendications des grandes villes, le ministre fait la preuve d'une incompréhension coupable du rôle et de la contribution des régions intermédiaires et périphériques à l'essor économique, social et culturel de la société québécoise toute entière.

Incompréhension aussi des mécanismes de développement des régions dans le contexte d'une économie post-industrielle caractérisée par la révolution numérique, la déspatialisation d'un nombre grandissant d'activités économiques et la montée des valeurs écologiques, autant d'évolutions propices à une réoccupation et recomposition des régions et des territoires ruraux. La compréhension actualisée de la dynamique territoriale devient un devoir d'État, et des politiques conséquentes une obligation.

C'est dans cette perspective que l'action publique doit être envisagée, c'est-à-dire mettre les territoires en capacité de développement en termes d'attractivité et de compétitivité liées à des mesures innovantes et des investissements publics ciblés (infrastructures, équipements, services) susceptibles de répondre aux attentes des populations et des entreprises en quête de lieux de vie, de travail et de production hors des grandes villes.

Ainsi, les régions non centrales ne seront plus sous-estimées et mal aimées et recevront leur juste part des ressources gouvernementales allouées au développement.

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