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Faire l'effort de comprendre la Russie!

03/02/2017 10:48 EST | Actualisé 03/02/2017 10:48 EST

Il faut se souvenir que les Russes, dispersés à travers le monde, avaient déjà tout perdu lors de la révolution russe, ou plus spécifiquement lors la prise de pouvoir par les bolcheviks. Deux millions de Russes, hommes, femmes et enfants, furent contraints à l'exil au lendemain de la révolution d'octobre 1917 et durant les trois années de guerre civile qui ont suivi. Ceux-ci ont perdu leurs parents, leurs terres, leurs situations sociales, leurs professions, et leurs argents. Il ne leur restait plus que le charme slave. Un charme qui leur permettait de continuer à rire, souvent un peu nerveusement. À cela, on pourrait ajouter qu'ils ont aussi conservé cette duplicité slave, que les « prétentieux » Français, les perfides Britanniques, et les dominateurs Américains ont du mal à accepter (on a tous nos défauts).

Dans la Russie postsoviétique d'aujourd'hui, dans ce grand pays par sa surface et sa culture, il faut toujours avoir à l'esprit que ce qui domine, c'est une forme de narcissisme dépressif. Ce pays est hanté par la peur d'être à nouveau englouti par le mode de vie occidental, qu'il considère comme dépravé. Ce pays se sent aussi humilié par cet Occident qui ne comprend pas ses peurs. Néanmoins, la Russie est à nouveau aujourd'hui plein d'espérance de grandeur retrouvée, espérance générée par ce héros russe des temps modernes, Vladimir Poutine.

Ces sentiments expliquent ce que nous ressentons, nous, Occidentaux, comme une nouvelle impulsion, ou le retour inattendu de la Russie sur la scène mondiale.

Il y a toujours eu chez les Russes un débat entre occidentalistes et slavophiles. Il est à peu près certain que nous, occidentaux, alimentons ce sentiment paradoxal. Nous voulons bien leur vendre des produits agricoles, des équipements, des armes ou des navires de guerre. Mais nous voulons aussi leur faire accepter une vraie simplification, une uniformisation consumériste rationnelle. Une simplification manichéenne présentant une vision binaire du monde. Vision particulièrement dangereuse par ses excès d'optimisme. Dont un, répété à foison depuis une dizaine d'années, le triomphe de la démocratie tolérante à l'occidentale et du bonheur qu'elle est censée apportée. Le problème, c'est que les Russes ne veulent pas de notre modèle.

Si la Russie n'a pas retrouvé sa place parmi les premières puissances économiques mondiales comme au temps de l'Union soviétique, elle fait malgré tout partie aujourd'hui des dix économies les plus importantes au monde. De surcroît, il ne faut pas oublier que La Russie possède des compétences scientifiques et techniques, notamment militaires, parmi les plus avancées au monde.

Si l'on s'intéresse maintenant à la confiance en ses dirigeants, on doit noter qu'après 20 ans de baisse, la population russe augmente à nouveau depuis 2011, repassant en 2016 au-dessus de 146 millions d'habitants. Le pays a failli passer sous la barre des 140 millions d'habitants, contre environ 150 millions dans les années 1990. Cela est à mettre en parallèle avec le nombre de cartes bancaires en circulation, 244 millions, et la vente de téléphones intelligents par an, 30 millions. Chiffres qui démontrent le dynamisme de la société russe. Enfin, le PIB par habitant est passé de 8 000 $ en 1990, au lendemain des évènements, à près de 25 000 $ en 2015. Il a donc été multiplié par trois, et cela jusqu'à la crise ukrainienne.

La question qu'on doit donc se poser aujourd'hui est : pourquoi donc les Russes, malgré ces progrès économiques, sont-ils toujours obsédés par leurs échecs ?

C'est assez simple : de 1989 à 1991, la Russie a perdu, son empire (dissolution de l'URSS) elle a en même temps perdu les symboles enseignés par le système, pendant 70 ans, le socialisme ou communisme. Ses références qui sont subitement devenues honnies, et qui ont été remplacées par le capitalisme ou libéralisme et la démocratie, modèles qui avaient été mis en accusation pendant 70 ans. Avouez que digérer l'éclatement de ce qui fait l'identité d'un pays, c'est-à-dire l'État et l'armée, peut vous rendre schizophrène.

En simplifiant, nous pourrions comparer Poutine à De Gaulle - ceci peut expliquer cela, dans la position de certains hommes politiques aujourd'hui... Un de Gaulle, qui après la défaite dévastatrice de la France, après l'humiliation par les Américains, a su réécrire l'histoire en faisant de la France un pays de résistants vainqueurs. Un De Gaulle qui a su mettre en marche rapidement une reconstruction, et cela en s'appuyant sur les communistes français, alors alliés de l'URSS.

Pour continuer à faire un parallèle, en citant les frontières extérieures, cela a pris 17 ans à la France pour abandonner ses colonies qui, elles, étaient éloignées. Cela fut et est plus compliqué pour la Russie dont les « colonies » - Ukraine, Géorgie, Biélorussie - étaient à ses frontières.

Pour conclure, malgré le blocage des échanges, les Russes ont plus confiance dans leur pays et dirigeants aujourd'hui qu'il y a cinq ans grâce à l'amélioration de leurs conditions de vie, mais surtout grâce à leurs opérations en Syrie. Ils ont le sentiment d'être redevenus un acteur sur la scène internationale et aussi d'avoir une armée victorieuse pour la première fois depuis très longtemps. Enfin, et c'est paradoxal, les sanctions occidentales ont surtout relancé la recherche en Russie et ce pays est aujourd'hui capable de fabriquer des produits ou équipements qu'il importait avant les sanctions.

La Russie va redevenir rapidement un partenaire, n'ayez aucun doute là-dessus !

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