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Conférence de Paris: un accord qui demandera bien des compromis

28/11/2015 09:27 EST | Actualisé 28/11/2016 05:12 EST

Lundi, le nouveau premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a réuni tous les premiers ministres des provinces et territoires du pays afin d'établir un message cohérent pour la Conférence de Paris. Ce fut une rencontre assez satisfaisante.

Si les leaders régionaux canadiens avaient eu davantage de temps devant eux, la proposition globale du Canada à Paris aurait pu être plus musclée. Puisqu'il y a une ouverture commune sur le réchauffement climatique, on pourra reprendre cette discussion entre nous sans que les conclusions soient entérinées dans l'accord planétaire. Le Canada peut devenir en quelques années un modèle à imiter.

Ce qui manque cruellement à l'entente interprovinciale et territoriale du 23 novembre est sans aucun doute l'élaboration d'une ligne d'action pancanadienne d'éducation aux changements climatiques, comme cela est proposé dans les objectifs de l'UNESCO.

Ce programme éducatif pourrait aider les Canadiennes et les Canadiens à comprendre l'impact du réchauffement et à mieux familiariser les jeunes aux enjeux.

Celui-ci intégrerait aussi le concept d'«écologie de l'humain» qui doit tenir compte d'une éthique de la vie et le dialogue. Ce dernier commence par la prise de conscience qu'habiter la Terre consiste avant tout à la respecter. Cela demande à chacun de revoir son mode de vie et à faire de temps en temps une «conversion écologique» pour reprendre l'évêque catholique de Rome. L'«écologie de l'humain» intègre les questions environnementales et le développement durable intégral.

Mettre le focus sur l'éducation est important. Les enfants et les adolescents sont les citoyens de demain. Il faut sans cesse leur répéter ce que disait Hélène Pedneault: «Il ne faut pas se contenter de peu quand on a l'intention de changer le monde».

Et puis, dans ce qu'on apportera à Paris, a-t-on intégré assez d'éléments pour venir aider aux communautés pauvres de la Terre?

Compromis

Pour en venir à un accord important dans la lutte planétaire au réchauffement climatique, la tâche sera considérable. Lors de la Conférence de Paris, il faudra beaucoup de compromis pour y arriver.

On le sait, le compromis est la clef de toutes négociations et carrières dans la sphère publique. Il y a longtemps, le philosophe irlandais Edmund Burke l'écrivait en ces mots: «Tout gouvernement, en fait tout avantage et bénéfice humain, toute vertu et tout acte prudent sont fondés sur le compromis.»

Le «vivre ensemble» planétaire suscite souvent incompréhensions et tensions. Comme on dit: «On ne peut pas plaire à tout le monde en même temps». Et, pour citer le chroniqueur politique Jean Lapierre, «ce qui est bon pour pitou est bon pour minou».

Habituellement, le compromis ne plaît pas aux radicaux: «Pour ceux qui sont aveuglés par une idéologie, tout compromis est une capitulation devant le Mal. [...] Celui qui fait des compromis est perçu comme un faible, un opportuniste, un traître», écrivait l'éditorialiste André Pratte dans son ouvrage sur Wilfrid Laurier, paru chez Boréal en 2011.

Consolons-nous à l'avance, les compromis de 2015 devraient être moindres qu'aux derniers sommets sur les changements climatiques parce que plusieurs gouvernements de la planète ont changé, comme c'est le cas au Canada.

Le message d'Al Gore, publié dans sa première version en 1992, dans Urgence planète Terre, a fait du chemin. Malgré qu'il prenne de l'âge, il demeure rafraîchissant: «La crise climatique nous donne l'opportunité de vivre ce que peu de générations ont eu le privilège d'expérimenter au cours de l'histoire: une mission pour toute une génération, la joie de poursuivre un but moral, de partager une cause unificatrice, le frisson causé par l'obligation de mettre de côté nos mesquineries et nos conflits qui trop souvent étouffent le besoin humain irrépressible de se transcender».

La majorité des dirigeants terriens comprennent de nos jours que la combustion des carburants fossiles, comme le pétrole, le gaz et le charbon, épaissit la mince couverture atmosphérique. On ne peut plus dire, comme l'ancien candidat à la présidence américaine, que «les technologies des nouveaux marchés nous sont tout aussi difficile à visualiser qu'Internet l'était pour un ouvrier des années 1980». Elles sont maintenant parmi nous et elles offrent un grand potentiel de développement économique.

Parenthèse. En relisant Urgence planète Terre, on a l'impression de lire la dernière encyclique catholique du pape François sur l'écologie. De souche baptiste, Gore spécifiait: «Plus je cherche les racines profondes de la crise générale de l'environnement, plus je suis convaincu qu'elle n'est que la manifestation extérieure d'une crise intérieure que je qualifierais, faute de mot plus approprié, de spirituelle».

Ainsi donc il y aura bien des arrangements à faire pour arriver à une entente à Paris, mais des consensus sont inévitables «parce que nous sommes en 2015», pour dire comme Justin. Sur tous les continents on a pris conscience de l'urgence d'agir. «Vous pouvez bien ne pas vous intéresser aux changements climatiques, mais les changements climatiques vous touchent», a déjà dit Thomas Friedman, éditorialiste au New York Times.

Malgré les compromis qu'il y aura à faire, la Conférence de Paris est pleine d'espoir pour l'avenir de la planète bleue.

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