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Un géant nommé Claude Ryan (2)

27/02/2016 09:25 EST | Actualisé 27/02/2017 05:12 EST

Un politicien guidé par la main de Dieu

C'était en 1999. Il était là, devant moi, assis sur le canapé de son appartement de la rue McNyder, à Outremont. Claude Ryan était vieillissant, mais il était en forme. Il m'accordait un de ses derniers entretiens. Je garderai toujours en moi les souvenirs de ses instants mémorables.

«Je ne suis pas l'homme pour engager une révolution qui va casser les choses, qui va renverser les murailles, me confiait-il. Je crois plutôt à la puissance du ruisseau qui, chaque jour, perce le rocher petit à petit. C'est long, je sais. Cela permet de travailler longtemps sans s'impatienter, sans devenir amer, sans condamner qui que ce soit. De plus, toute ma vie, j'ai accompli mes devoirs sans effort. Je n'étais pas obligé de me "crinquer" le matin en me disant : aujourd'hui, il faut que tu fasses ton devoir. J'ai été heureux comme ça. Enfin, j'ai toujours aimé les valeurs qu'incarne à mes yeux le christianisme. J'ai essayé d'y demeurer fidèle à travers les engagements que j'ai connus. Je n'ai pas de mérite à avoir agi de la sorte.»

À l'aube de sa vie à trépas, il me disait vivre une retraite heureuse et demeurer au service des autres. Au-delà de ses options politiques, Claude Ryan a toujours été un homme des profondeurs : «La mort... j'y pense presque à tous les jours. Vous savez, à mon âge, on sait que ça viendra. J'aimerais avoir la grâce de mourir comme j'ai vécu, sans tricherie.» Dans son quotidien, tout comme hier, il me disait vivre guidé par la «main de Dieu».

Cette fameuse «main de Dieu» a valu à l'ancien politicien, de 1978 à 1994, et chef du Parti libéral du Québec, la risée de bien des humoristes. Le chrétien engagé sait que cette main est pour lui une image qui lui dit que son Dieu s'exprime par les événements, les invitations reçues, les paroles des personnes rencontrées (particulièrement celles des proches), l'expérience du quotidien, filtrée à la lumière de la tradition biblique et de la vie de l'Église. Le monde biblique parle de la «main de Dieu». Cet esprit est un fondement du catholicisme. «Je crois que Dieu nous parle continuellement», insistait Claude Ryan.

«Ma façon de respecter l'autre est de lui dire qui je suis, et non pas de taire qui je suis sous prétexte de ne pas déranger», ajoutait-il.

À LIRE :

Un géant nommé Claude Ryan : première partie

Lorsqu'il est entré au service du quotidien Le Devoir, il n'a pas entretenu le mystère sur ses convictions religieuses. Il en fut de même lorsqu'il a fait le saut en politique provinciale. Une position de clarté et de franchise a toujours caractérisé sa dynamique.

Il m'expliquait : «À un moment donné, j'ai donné une interview au réseau anglais de Radio-Canada. C'était une émission sur des sujets spirituels, religieux. "Comment avez-vous été amené à prendre vos décisions importantes dans la vie ?", m'a demandé l'animateur. J'ai dit : "Cela va peut-être vous surprendre. Je n'ai jamais couru au-devant de rien, je ne me suis jamais angoissé à savoir Est-ce que je vais être capable de trouver une carrière qui va m'intéresser ? Et j'ai ajouté : "J'ai eu comme l'impression d'avoir été guidé par la main de Dieu. Il y a toujours eu une main invisible qui était à l'œuvre et qui préparait les choses pour moi sans que je sois obligé de préparer tout ça".»

Le lendemain, les journaux d'un océan à l'autre publiaient «Ryan dit être guidé par la main de Dieu». L'opposition à l'Assemblée nationale a rapidement repris cela contre lui, de façon déplorable.

Et il ajoutait : «Je ne me suis jamais plaint de ça ! Je n'ai jamais rétracté non plus, parce que je le croyais profondément et je le crois encore aujourd'hui.»

Néanmoins, il admettait ne pas avoir utilisé le bon terme pour s'expliquer, puisque le grand public n'était pas habitué à ce langage disparu une décennie plus tôt. Pour quelqu'un qui n'a aucune culture biblique, un tel propos fait automatiquement croire à un illuminé.

Avoir été ridiculisé pour cela ne le dérangeait pas trop. Il a eu à traverser des épreuves bien plus difficiles... «Ça me fait de la peine pour la religion», me confessait l'ancien secrétaire de l'Action catholique.

Être à l'écoute de la volonté de Dieu dans sa vie a été un point important de l'existence de Claude Ryan. À l'approche de la mort, il lui semblait important de demeurer attentif à cela : «Si on m'apprenait demain matin que j'ai une maladie grave, je ne pense pas que j'en ferais une catastrophe. Je demanderais à Dieu la grâce d'accepter ma souffrance.» Il est décédé le 9 février 2004.

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