Benoît Margo

RECEVEZ LES NOUVELLES DE Benoît Margo
 

Le faux problème de la bombe iranienne

Publication: 02/03/2013 09:30

Depuis 10 ans, le dossier nucléaire iranien empoisonne les relations entre Téhéran et la communauté internationale. Le 25 février, d'énièmes négociations ont repris avec les grandes puissances. Derrière la question de la bombe, c'est la place de l'Iran et de son régime actuel sur l'échiquier diplomatique qui constitue l'enjeu véritable.

L'Iran cherche t-il vraiment la bombe?

Le régime le nie. Officiellement, il n'existe d'ailleurs aucune preuve irréfutable. Juste un très large faisceau d'indices parmi lesquels des liaisons établies avec les filières nucléaires pakistanaise et nord-coréenne, ainsi qu'une poursuite acharnée à l'enrichissement d'uranium.

Autant dire que l'aspect militaire du programme nucléaire iranien est aussi officiel que la bombe israélienne: c'est un secret de Polichinelle...

Ce programme date de l'époque du Shah. Le régime islamique l'avait suspendu avant que Khomeiny le réactive durant la guerre contre l'Irak. En 2003, l'opposition en exil en a révélé au monde la teneur. Dès lors, la mécanique des sanctions s'est enclenchée.

Quel est le but de l'Iran?

Aucun pays ne recherche la bombe pour elle-même. Elle est par définition une arme de non-emploi. Depuis les années 50, le consensus international veut que le premier qui l'utilise a perdu.

Dans le cas de l'Iran, l'argument de la "sanctuarisation" du régime n'est donc pas valide. Aucune bombe n'a empêché le régime soviétique d'imploser. Or un effondrement de l'intérieur est précisément la menace principale pour le régime iranien.

Un conflit militaire conventionnel pourrait au contraire lui sauver la mise. Mais la bombe elle-même n'y serait pour rien. Et l'utiliser serait absurde.

Le régime iranien est nationaliste avant d'être religieux. Au-delà de leur art de la provocation oratoire, qui est un peu leur fonds de commerce, ses dirigeants se sont montrés plutôt réalistes en termes d'actions internationales. Rien n'indique qu'ils soient fous. Et l'idée d'envoyer une tête nucléaire sur Israël, pour détruire la ville sainte de Jérusalem et contaminer la région jusqu'à l'Iran pendant des siècles, est complètement invraisemblable.

L'Iran voit dans la bombe un attribut de la puissance, un moyen de s'affirmer sur la scène internationale. Cependant, depuis le début de la crise, son intérêt stratégique a sans doute évolué : c'est le dossier nucléaire lui-même qui donne à l'Iran de la puissance.

En effet, dans le contexte actuel, il serait politiquement trop coûteux de s'affirmer en possession de l'arme ultime, en procédant à un essai nucléaire par exemple. En revanche, l'Iran a maintenant intérêt à devenir un pays "du seuil", c'est-à-dire maîtrisant la technologie sans détenir d'ogives nucléaires proprement dites.

Sur le plan stratégique, cultiver l'ambiguïté permet à Téhéran de gagner constamment du temps et de maintenir la pression sur ses adversaires à la table des négociations. Il faut rappeler que depuis 10 ans on donne régulièrement une échéance de quelques années ou mois avant une bombe iranienne. Une échéance sans cesse repoussée...

Alors quels sont les problèmes posés par cette bombe?

Le vrai problème sécuritaire c'est la prolifération. Une bombe iranienne démontrerait l'incapacité de la communauté internationale à l'empêcher. Et vu les rivalités régionales, la voie serait ouverte à une bombe saoudienne, égyptienne ou turque...

Pour l'État hébreu, un Iran doté d'un arsenal nucléaire introduirait une parité stratégique intolérable. Or la position d'Israël est de compenser son absence de profondeur stratégique par un déséquilibre militaire en sa faveur.

Mais le dossier nucléaire iranien est aussi du pain béni pour le gouvernement israélien. Grâce à cet épouvantail électoral, il évite le vrai sujet de la paix avec les Palestiniens.

La politique des sanctions est-elle efficace?

Durant les années Bush, le nucléaire était vu par les Américains comme un bon moyen de déstabiliser le régime. Or c'était un mauvais angle d'attaque.

La question fait plutôt consensus parmi les Iraniens : la maîtrise du nucléaire - en tout cas civil ! - est de l'ordre de la fierté nationale. La propagande du régime a donc su l'instrumentaliser à son profit. La responsabilité des difficultés du peuple à cause de l'embargo a été reportée sur ceux qui l'ont décrété.

Par ailleurs, si la politique des sanctions a un impact réel sur l'économie iranienne, elle s'est montrée incapable d'empêcher le pays d'approfondir ses activités de prolifération. Sur ce plan, la cyberguerre (via les virus informatiques Flame et Stuxnet par exemple) se révèle bien plus efficace.

Les négociations nucléaires peuvent-elles aboutir à un accord?

Autant le dire d'emblée: Barack Obama semble n'avoir aucune chance de faire approuver un quelconque accord avec l'Iran par le Congrès américain, qui est violemment opposé au régime islamique et fervent partisan d'Israël.

Côté iranien, l'échéance importante est l'élection présidentielle de juin prochain. Le régime va désigner le successeur de Mahmoud Ahmadinejad, lequel est objectivement devenu un poids dont il veut se débarrasser. L'identité du futur président indiquera sans doute si le guide suprême, Ali Khamenei, est prêt à arrondir les angles à l'international ou bien s'entête à rapprocher son régime du précipice.

Les Iraniens sont des négociateurs hors pair, très doués pour la mystification. Mais le régime est sous pression comme jamais. Il pourrait chercher à obtenir un accord global pour se sortir la tête de l'eau, quitte à ne pas en respecter tous les termes ensuite.

A noter que Téhéran voudrait inclure dans le champ des négociations la Syrie, un dossier où il perd progressivement la main à mesure que les forces de son allié, Bachar al-Assad, perdent du terrain.

Étouffé par l'embargo économique, le régime aimerait en tout cas s'attribuer le mérite d'une fin des sanctions. Mais plus que tout, il tient à être reconnu comme une puissance et un interlocuteur incontournables par la communauté internationale, en premier lieu les États-Unis. Pas certain toutefois que cela puisse le sauver.

Le dossier nucléaire est bien un jeu de dupes qui pose la question de l'avenir même de la République Islamique d'Iran.

À VOIR AUSSI

Loading Slideshow...
  • On Bibi’s U.N. Bomb Prop:

    “Whoever talks of war against Iran <a href="http://www.huffingtonpost.com/2012/10/02/ahmadinejad-netanyahu-un-bomb-prop_n_1932783.html?utm_hp_ref=world">is</a> retarded...” <em>Caption: Mahmoud Ahmadinejad, President of the Islamic Republic of Iran addresses the 65th session of the General Assembly at the United Nations on September 23, 2010 in New York City. (Photo by Chris McGrath/Getty Images)</em>

  • More On Bibi’s U.N. Bomb Prop:

    “[Bibi] really ought to work <a href="http://www.huffingtonpost.com/2012/10/02/ahmadinejad-netanyahu-un-bomb-prop_n_1932783.html?utm_hp_ref=world">on</a> his drawing..." <em>Caption: Benjamin Netanyahu, Prime Minister of Israel, points to a red line he drew on a graphic of a bomb while addressing the United Nations General Assembly on September 27, 2012, in New York City. (Photo by Mario Tama/Getty Images)</em>

  • On Homosexuality In Iran:

    "Gays? What <a href="http://thinkprogress.org/politics/2007/09/24/16472/ahmadinejad-denies-existence-of-gays-in-iran/?mobile=nc">gays</a>?" <em>Caption: Iranian President Mahmoud Ahmadinejad waits to greet Armenian Foreign Minister Edward Nalbandian (unseen) in Tehran on September 17, 2011, during an official visit to the Islamic Republic. (ATTA KENARE/AFP/Getty Images)</em>

  • On Democracy:

    "All this talk of democracy has <a href="http://www.bbc.co.uk/persian/science/story/2007/04/printable/070419_he-mb-press.shtml">made</a> people sick to their stomach." <em>Caption: Iranian President Mahmoud Ahmadinejad makes a speech during a visit, on November 7, 2007, to the city of Birjand 1000 km (621 miles) east of Tehran, Iran. (Photo by Majid/Getty Images)</em>

  • On The Economy:

    “In the past two years, I have done wonders for the Iranian economy. Even economists <a href="http://www.aftabnews.ir/vdcgyu93.ak9zn4prra.html">agree</a> that I have been a miracle.” <em>Caption: Iranian President Mahmoud Ahmadinejad gestures during a rally on Tehran's Azadi Square (Freedom Square) on February 11, 2011 in which the Islamic republic's President lashed out at the West and Israel in a speech marking the 32nd anniversary of the Islamic revolution. (ATTA KENARE/AFP/Getty Images)</em>

  • On Sanctions:

    “These [Western] countries should <a href="http://www.khabaronline.ir/news-63882.aspx">know</a> that if they disrespect the Iranian people and attempt to violate their rights, the Iranian people will smack them in the mouth so hard that they will lose their way home." <em>Caption: Iranian President Mahmoud Ahmadinejad makes a speech during a visit, on November 7, 2007, to the city of Birjand 1000 km (621 miles) east of Tehran, Iran. (Photo by Majid/Getty Images)</em>

  • On Foreign Policy:

    “Iran's image in the world today <a href="http://hamshahrionline.ir/details/62094">is</a> very lovable." <em>Caption: Iranian President Mahmoud Ahmadinejad smiles during a press conference in Tehran on April 4, 2011, during which he said that the United States and its allies pressured Gulf Arab states to accuse Iran of interfering in the region, and also demanded Saudi forces leave Bahrain. (BEHROUZ MEHRI/AFP/Getty Images)</em>

  • On Iran’s Souring Relationship With Saudi Arabia:

    “My dear brother, King Abdullah, gave me permission to sit next to him during my trip to Riyadh...” <em>Caption: Saudi King Abdullah bin Abdul Aziz (R) greets Iranian President Mahmoud Ahmadinejad (L) upon his arrival at the airport in Riyadh 03 March 2007. (HASSAN AMMAR/AFP/Getty Images)</em>

  • On Opposition Demonstrators:

    "They are nothing <a href="http://www.guardian.co.uk/world/2009/jun/18/ahmadinejad-iran-insults-dirt-dust">but</a> scattered specks of dirt and dust..." <em>Caption: Hundreds of thousands of Iranian opposition demonstrators fill the squares between Revolution and Freedom (background) in support of defeated reformist presidential candidate Mir Hossein Mousavi, in Tehran on June 15, 2009, following an election that has divided the nation. (BEHROUZ MEHRI/AFP/Getty Images)</em>

  • On Intellectuals:

    "They know less than <a href="http://www.youtube.com/watch?v=AoYlugcZ96M&playnext=1&list=PL86A9CEA44C3B708F&feature=results_main">a </a>baby goat..." Caption: Iranian President Mahmoud Ahmadinejad walks to the podium for his address to world leaders at the United Nations General Assembly on September 26, 2012. (Photo by Spencer Platt/Getty Images)

 
Suivre Le HuffPost Québec