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J'ai tout quitté pour un roadtrip à moto, et ma vie a changé en rentrant

Je pousse des cris de joie seul dans la campagne et à ce moment je suis certain d’avoir pris la bonne décision. Je venais de ressentir la liberté, beaucoup de motocyclistes comprendront.

18/10/2017 09:00 EDT | Actualisé 18/10/2017 11:33 EDT
J'ai tout quitté pour un roadtrip a moto, et ma vie à changé en rentrant.
Et si je me donnais la simple possibilité de vivre un truc cool et d'avoir des frissons?

Tous les passionnés savent à quel point il est dur de faire face quand une crise profonde liée à sa propre passion survient. C'est ce qui m'est arrivé quand j'ai été licencié en janvier 2016 pour des raisons économiques. Je ne vais pas te mentir, travailler dans le monde des instruments de musique c'est plutôt sympa, mais ce secteur (comme beaucoup d'autres) souffre dans le silence depuis plusieurs années à cause d'internet et d'un désintérêt de la famille "guitare, basse, batterie" pour des machines plus orientées DJ. La musique a toujours été mon avenir et ma ligne directrice, mais un jour une situation m'échappe et je me retrouve là, seul face à mes convictions ébranlées et à un futur incertain.

Trois semaines après cet événement, je décide de descendre quelques jours chez mon père dans le Vaucluse histoire de faire le point et de me changer les idées. Je regarde la télé et en zappant entre les émissions culturelles d'NRJ 12 et La maison France 5, je tombe sur le reportage d'un italien qui restaure des vieilles motos BMW des 70's. Un flashback m'est alors venu et je me suis tout de suite rappelé qu'à 17 ans je conduisais une moto 50cc et que je m'étais toujours promis que j'obtiendrais mon permis tôt ou tard. J'avais le temps de concrétiser ce vieux rêve alors pourquoi attendre?

Quelques mois plus tard une fois le papier rose en poche, ma vie reprend son cours avec des recherches de travail intensives. Après quelques entretiens je finis par décrocher un emploi de chef produit guitare à La Défense. Tu vois, c'était le genre de boulot que j'avais toujours voulu: cohérent avec mes compétences de commercial et j'allais pouvoir continuer à travailler sur des produits qui me plaisaient. Que désirer de plus?

Prêt à bosser, je pars pour mon premier jour. Tout se passe très bien, mais bizarrement en rentrant le soir j'ai un sentiment de vide, un premier doute. Je me dis que ça passera et que c'est simplement le début, mais ça a persisté à tel point que j'avais l'impression de ne plus être à ma place et je ne voyais pas du tout les choses s'améliorer. Tu vois ces fameux open-spaces blanchâtres éclairés au néon façon start-up moderne avec 10 ordinateurs? Eh bien c'était ça mon bureau. Le matin du quatrième jour, je reçois une alerte concernant une moto qui est mise en vente sur internet. Ça a complètement ensoleillé ma journée, car c'était le modèle que je cherchais depuis des semaines. Bizarrement, c'est pile à ce moment-là que mon esprit a vrillé: et si je me cassais de ce boulot? Et si je me donnais la simple possibilité de vivre un truc cool et d'avoir des frissons?

Je pousse des cris de joie, seul au milieu de cette campagne magnifique, et à ce moment précis je suis certain d'avoir pris la bonne décision.

L'excuse était parfaite et le prétexte adéquat. Mon contrat rompu et trois heures de transport en commun plus tard j'étais chez le vendeur prêt partir avec ma nouvelle moto. Décembre 2016, six degrés, il est dix-neuf heures et la nuit est splendide sur les routes de campagne de la Marne. Il n'y avait absolument personne et j'étais tout seul. Je commençais à peine à rouler que le vent faisait déjà pleurer mes yeux et caressait mon visage. Ma monture était puissante et légère et je faisais corps avec elle. Même si je l'avais voulu il m'aurait été impossible d'enlever ce sourire qui restait figé et traduisait cette expression de plénitude. À chaque coup d'accélérateur, c'était comme si je recevais un coup d'adrénaline. Je pousse des cris de joie, seul au milieu de cette campagne magnifique, et à ce moment précis je suis certain d'avoir pris la bonne décision. Je venais de ressentir la liberté, beaucoup de motocyclistes comprendront.

Prendre un virage à 180° dans la vie ce n'est pas à la portée de tout le monde. Pour ma part, j'ai eu besoin d'un bon coup de pied au derrière pour comprendre que je pouvais m'autoriser de vivre un rêve aussi simple soit-il.

Les fêtes de Noël approchaient et je devais retourner dans le Vaucluse. Tiens tiens, et si je faisais le trajet en moto? Ni une, ni deux je tapais dans le peu d'économies qui me restait pour m'acheter l'équipement manquant et je partais pour mon premier roadtrip en solo de 900 km. J'allais rencontrer la pluie, le froid glacial des températures négatives, la neige, bref: l'aventure.

À l'arrivée, j'étais rempli d'une énergie que je n'avais connue qu'en montant sur scène quelques années auparavant et je n'avais qu'une seule envie: repartir.

5000 km et un paquet de routes plus tard la folie se transformait en passion pour devenir une obsession alors j'ai commencé à réfléchir à un gros projet et je me suis dit qu'un tour de France sur plusieurs jours ça serait vraiment chouette. Il fallait absolument que je transforme cette passion en quelque chose pour mon avenir donc je me suis mis à organiser un voyage à moto de 3300 km autour de la France sur 20 jours. Je vais être clair avec toi, je laisse la performance aux sportifs, ce que je voulais ici c'était avoir le temps de m'arrêter pour apprécier les magnifiques et très divers paysages que nous offre la France et rencontrer des gens en toute simplicité.

C'est une bécane particulière aux apparences d'ancienne que l'on croirait tout droit sortie d'un film de Steve McQueen.

Pour couronner le tout, je me suis dit que je pourrais essayer de contacter la marque de ma moto pour voir s'ils seraient sensibles à l'idée de participer au projet en me soutenant. Il faut que tu saches que je roule sur une Mash Scrambler 400cc. C'est une bécane particulière aux apparences d'ancienne que l'on croirait tout droit sortie d'un film de Steve McQueen.

Mash est une jeune marque en plein boum qui a su s'adapter au marché des néo-rétros (une tendance pour les motos rétro qui s'est transformée en véritable marché. Ndla). Toujours est-il qu'à ma grande surprise ils ont répondu à ma demande positivement en me proposant du matériel et une assistance technique. J'ai même pu visiter leurs immenses locaux à Beaune! Le chemin était tracé, le départ programmé, la chaine tendue et les pneus gonflés. L'aventure fut incroyable, j'ai eu l'occasion de rencontrer des personnes humainement riches et touchantes, des tonnes de motards et c'est bien entendu sans compter les paysages à couper le souffle. Mon Dieu que la France est belle. Mon plus beau souvenir restera les Pyrénées sans aucune hésitation. Et après tout ça? Je vais construire mon avenir à partir de cette aventure et ce n'est que le début. Je suis en train de transférer les 50gigas de vidéos enregistrées pour en faire un modeste film que je mettrai en ligne.

Arrêter quelques instants de penser aux conséquences du lendemain peut nous amener à faire des choix qui changeront notre vie tout entière. Ça vaut le coup d'essayer, non?

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Ce billet de blogue a d'abord été publié sur le HuffPost France.

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