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Je suis une «sugar baby» et voici comment j’ai trouvé mon «sugar daddy»

Étant novice au jeu de troquer sexe contre argent, je me suis sentie vierge à nouveau.

06/12/2017 22:37 EST | Actualisé 06/12/2017 22:39 EST

L'an dernier, j'étais à court d'argent, comme c'est le cas pour bon nombre de milléniaux. Je travaillais à temps partiel en marketing et je pensais à retourner sur les bancs d'école.

L'idée de vendre notre corps en échange d'argent avait souvent été soulevée à la blague par moi et mes amies, mais je commençais à y songer plus sérieusement.

Avant d'être une sugar baby

Il y avait cependant plusieurs éléments dissuasifs : le risque de violence arrivait au haut de la liste. L'idée d'offrir mon corps et mon être de façon explicite aux hommes me laissait perplexe : dans ma vie de tous les jours, j'essaie de contrer l'objectification en portant des chandails trop grands, en scotchant des écouteurs à mes oreilles et en affichant une mine de dédain savamment étudiée. En tant que féministe de la troisième vague et défenderesse d'une approche positive de la sexualité, j'arrivais théoriquement à comprendre la valeur du travail du sexe, mais il m'était difficile de balayer les centaines d'années de stigmatisation et d'humiliation sociale envers les «femmes faciles».

En me questionnant, je me suis sentie un peu comme la plus célèbre des narcissistes sexy : Carrie Bradshaw. Pourrais-je être à l'aise avec l'idée d'échanger du sexe contre de l'argent? Est-ce que le fait de vendre mon charme et mon corps allait être dégradant... ou, au contraire, gratifiant?

Après avoir laissé mijoter l'idée quelques mois, j'ai passé une nuit à faire des recherches sur les histoires vraiment-pas-si-épouvantables-que-ça des sugar babies sur r/AskWomen.

Ce que j'ai appris sur Reddit à propos des sugar babies

Voici les conseils que j'ai pu y lire:

  1. Rencontrez les hommes dans un lieu public.
  2. Utilisez un faux nom.
  3. Utilisez un service pour bloquer votre numéro de téléphone.
  4. Dites à vos ami(e)s où vous allez.
  5. Pratiquez-vous à demander votre allocation à des daddies qui ne vous intéressent pas vraiment afin d'être confiante lorsque vous vous retrouverez devant celui qui vous plait.
  6. Par-dessus tout, fiez-vous à votre instinct.

Après avoir éteint mon ordinateur aux petites heures du matin, je me suis dit qu'il était temps pour moi de m'aventurer sur la voie du plus vieux métier du monde.

Devenir une sugar baby

La nuit suivante, dans mon salon et entourée de mes colocataires, j'ai utilisé une fausse adresse courriel et je me suis inscrite à Seeking Arrangement, le plus important site en la matière.

J'ai téléchargé quatre photos de mon profil Facebook, en m'assurant que celles-ci n'étaient visibles que par mes amis, afin d'éviter qu'on me retrace en faisait une recherche d'image inversée sur Google. J'ai grandement surestimé mon budget mensuel en l'établissant à 3 000 $. J'ai plus tard compris que certaines fixaient leurs demandes à 10 000 $ par mois.

Lorsque j'ai ouvert une session pour la première fois, avec mon nouveau compte approuvé par le site, j'ai vu que mon profil avait déjà été consulté 15 fois et que 5 personnes m'avaient ajoutée à leurs «favorites» en plus de m'écrire. Les messages allaient du classique de Tinder «Allô, comment-vas-tu?» au «Tu es canon, as-tu un cul rebondi?», en passant par une envolée de plusieurs paragraphes sur le déclin du gentleman contemporain...

Pendant environ une semaine, j'étais obsédée. Seeking Arrangement avait surpassé Instagram comme site de choix pour passer le temps aux toilettes. Je sentais une dose de validation chaque fois que mon profil était consulté, chaque fois que je recevais un nouveau message. Je les consultais frénétiquement.

D'une certaine façon, comme j'étais nouvelle à ce jeu de troquer le sexe contre l'argent, je me suis sentie vierge à nouveau. Je furetais d'un profil de sugar daddy à l'autre et je me familiarisais avec le code de langage du site. J'améliorais mon profil afin qu'il reflète ce que je recherchais : une allocation mensuelle venant d'un homme que j'apprécierais et que j'aurais quand même envie de baiser (les mots que j'ai utilisés sur le site étaient plus subtils). Quand j'écrivais à des hommes, je faisais des blagues et des références à leur profil le plus souvent possible. Puis je demandais l'accès à leurs photos privées.

Rencontrer les sugar daddies

J'ai commencé à planifier des rencontres. J'allais manger avec certains, prendre un verre, un café avec d'autres. Ces rencontres suivent les codes d'un premier rendez-vous galant, mais la moitié du temps, je ne sais pas à quoi ressemblera la personne qui sera assise devant moi. Nous discutons malhabilement de météo pendant une minute ou deux, puis je laisse mon charme opérer afin de passer à des sujets plus intéressants (la musique, la politique, mes études en psychologie ou, pour les moins intéressants du lot, les voyages ou les nouveaux restos en ville). Tout le monde peut parler d'endroits qu'ils ont visités.

À un certain moment, la conversation se concentre inévitablement sur le site grâce à une transition du genre : «Nous nous sommes rencontrés à un drôle d'endroit, non?» ou, plus directement, «Depuis combien de temps es-tu inscrite au site?» Sous n'importe quelle approche se cache de l'anxiété : «Es-tu une fille "normale"?» J'opte pour une approche plus décontractée, en parlant d'une amie fictive qui est en relation avec un sugar daddy. Je souligne que j'aime avoir du plaisir, rencontrer des gens intéressants («Les gars de mon âge sont si ennuyants») et je garde les choses simples. Mais, bien sûr, il faut parler d'argent. Après avoir longtemps hésité sur un montant (je demande 1 200 $ par mois), j'ai aujourd'hui une réponse toute prête sur le coût d'un rendez-vous : 300 $.

À toutes celles qui ont goûté à la valse des applis de rencontre dans les dernières années, je peux dire que Seeking Arrangement n'apporte rien de nouveau. On y trouve simplement une plus grande proportion d'hommes âgés et on y lit plus souvent les mots «intime», «gâter», «généreux» et «discret». Bien sûr, j'ai reçu ma part de messages déplaisants, bizarres, acrimonieux et désespérés... mais Snapchat m'a aussi servi une bonne dose de photos de pénis non sollicitées.

Notre société encourage les femmes à devenir des expertes du travail affectif. Nous écoutons, compatissons, validons, nous nous inquiétons. Nous nous rappelons des événements de la vie, des points tournants. Nous sommes généreuses de notre temps et de notre corps. Soyons bien clairs : j'aime ces petits moments de bonheur que j'offre à mes amies, à ma famille. Mais mêmes les étrangers croient que nous leur devons des sourires. Et je me dis que si je dois travailler ainsi pour ces hommes inconnus... pourquoi ne pas le faire en étant rémunérée.

Cet article traduit de l'anglais a été publié sur Bellesa.