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Rencontre Trudeau - Trump : 6 dossiers sur les droits humains

11/02/2017 09:32 EST | Actualisé 11/02/2017 09:32 EST

Après des jours de spéculation et de rumeurs, la première rencontre officielle entre le premier ministre Justin Trudeau et le président Donald Trump est planifiée. Dire qu'il y a beaucoup d'anticipation serait un euphémisme. La rencontre se déroule dans un moment de grande incertitude pour les relations entre les deux pays, car la nouvelle administration américaine a remis en question certains des fondements mêmes du partenariat avec le Canada.

Ce qui est particulièrement préoccupant, c'est que le président Trump s'est rapidement engagé à traduire en politiques officielles une partie de sa rhétorique de campagne la plus controversée concernant les droits humains. Certaines de ces politiques violent directement le droit international.

Le haut niveau de coopération entre le Canada et les États-Unis depuis de nombreuses décennies a profondément entrelacé nos deux pays et le fait de préserver le partenariat établi depuis longtemps par le Canada avec les États-Unis sera sans doute au sommet de la liste de tâches du premier ministre Trudeau à Washington.

Il doit être clair de partager le message que l'engagement à défendre les droits de la personne doit être central au lien spécial entre le Canada et les États-Unis.

Il doit être clair de partager le message que l'engagement à défendre les droits de la personne doit être central au lien spécial entre le Canada et les États-Unis.

Voici six domaines dans lesquels le premier ministre doit rappeler au président les obligations cruciales en matière de droits humains qui doivent être respectées dans la relation entre les États-Unis et le Canada :

Protection des réfugiés

La détresse et la colère se sont répandues à travers les États-Unis, le Canada, et dans le monde entier suite aux décrets présidentiels signés par le président Trump qui ont eu des répercussions profondément dérangeantes sur la protection des droits des réfugiés et surtout des réfugiés musulmans. Ces décrets transgressent de nombreuses règles internationales relatives à la protection des réfugiés et aux droits humains. Même s'ils sont suspendus, le danger reste.

Tout particulièrement, le président Trump doit lever la suspension de relocalisation des réfugiés aux États-Unis, annuler l'interdiction d'entrée pour les ressortissants des sept pays, et qu'il s'abstienne de nouvelles mesures en ce qui concerne les réfugiés et la politique d'immigration qui ne respecterait pas les normes internationales, y compris la non-discrimination basée sur la religion ou la nationalité.

Sinon, le Canada n'aura pas d'autre choix que de suspendre, voire de se retirer, de l'accord sur les réfugiés « des pays tiers sûrs » entre le Canada et les États-Unis.

Droits fondamentaux des femmes

Il est opportun et essentiel de demander au président Trump d'annuler ladite règle du bâillon mondial qu'il a rétablie et étendue par un décret présidentiel. Cette politique interdit l'octroi d'assistance internationale par les États-Unis à toute organisation qui mène des activités liées d'une manière ou d'une autre à l'avortement, à des informations, des conseils ou des références à ce sujet, ainsi que tout plaidoyer pour l'accès à des services d'avortement. La politique viole dangereusement les droits sexuels et reproductifs, la santé et la vie de femmes et des filles dans le monde entier, et viole les accords de développement internationaux signés par les États-Unis.

Sécurité nationale et torture

Vous savez qu'avant et depuis son élection, le président Trump a fréquemment et explicitement indiqué être pour l'utilisation de la torture.

Ce moment est l'occasion idéale de transmettre un message fort au président Trump que le Canada est absolument opposé à l'utilisation de la torture en toute circonstance, et s'attend à ce que les autres nations partagent cette position, en raison de l'interdiction inconditionnelle de torture incluse dans de nombreux traités internationaux.

Il est particulièrement important de mettre en évidence que l'utilisation de la torture par des agences américaines poserait un obstacle sérieux aux relations en matière de sécurité et d'intelligence entre nos deux pays.

Les droits des peuples autochtones

Amnistie internationale a suivi de près les préoccupations de la Tribu Sioux de Standing Rock et les vastes manifestations qui s'en sont suivies contre l'accès au Pipeline dans le Dakota, et a souligné l'importance du respect par les autorités locales, fédérales et nationales des droits des peuples autochtones.

Nous avons mis en évidence que le Corps armé d'ingénieurs a agi convenablement en entamant un examen de la déclaration des conséquences sur l'environnement. Cependant, nous sommes profondément préoccupés d'apprendre que le gouvernement n'a pas tenu compte de cet examen et a approuvé le pipeline malgré de sérieuses objections des Peuples autochtones.

Sachant que nos deux pays ont du chemin à faire pour s'assurer que les droits des peuples autochtones soient systématiquement protégés et soutenus, il faut souligner que les intérêts de l'État et des communautés autochtones peuvent être conciliés, de même que l'avantage d'écouter ce que les peuples autochtones ont à dire quand ils refusent un projet, après que leur consentement préliminaire et avisé ait été requis.

Défenseurs des droits humains, droit de manifestation pacifique et contestation

Les appels à une plus grande liberté et protection des droits humains sont de plus en plus suivis d'attaques contre les défenseurs des droits humains et la société civile dans de nombreux pays du monde, y compris aux États-Unis.

Le premier ministre doit inciter le Président Trump à respecter les droits des défenseurs de manifester pacifiquement et d'être en désaccord aux États-Unis, et d'utiliser son influence pour protéger les défenseurs des droits humains dans les autres pays.

Commerce, affaires et droits humains

Le premier ministre doit s'assurer que la protection des droits humains et les mécanismes de responsabilité d'entreprise soient au centre de toutes les discussions futures ayant trait à l'ALENA (Accord de Libre-échange nord-américain ) ou à d'autres politiques commerciales bilatérales entre le Canada et les États-Unis, et notamment l'assurance que toute révision d'accord commercial est soumise à une évaluation crédible et indépendante de ses conséquences sur les droits humains, comme recommandé par des experts de l'ONU, avant et après leur mise en œuvre.

Les yeux du monde seront portés vers le premier ministre Trudeau au cours de cette visite, alors que la communauté internationale se tourne de plus en plus vers le Canada pour défendre les droits de la personne à un moment où ce leadership est péniblement insuffisant. Ce n'est pas le moment d'être ambigu ou de chercher à apaiser; il est maintenant temps d'être clair et sans compromis sur la valeur essentielle de la défense de tous les droits humains.