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Un islam libéral ou liberticide?

Je peux affirmer avec une grande assurance que l'islam libéral est l'antithèse du libéralisme.

06/07/2017 09:00 EDT | Actualisé 06/07/2017 11:25 EDT
javarman3 via Getty Images
Il apparaît à l'étude que ce réformisme est une simple camelote théologique puisque le lien qu'il entretient avec les sources scripturaires de l'islam se réduit à un verbiage qui est à cette religion ce que le « fake news » est au journalisme.

Depuis un certain temps, on observe l'apparition au Québec d'auteurs musulmans se proclamant d'un réformisme de pacotille qui prétend réconcilier l'islam avec la modernité. Ils se disent ainsi promoteurs d'un islam libéral qui n'est en réalité qu'un discours politique qui met de l'avant son islamité pour ensuite sommer les musulmans d'adhérer aux principes du libéralisme. Cette adhésion semble nécessaire à ses chantres, car ces principes constituent à leurs yeux une panacée à l'ensemble des problèmes des musulmans partout sur la planète.

Pourtant, il apparaît à l'étude que ce réformisme est une simple camelote théologique puisque le lien qu'il entretient avec les sources scripturaires de l'islam se réduit à un verbiage qui est à cette religion ce que le « fake news » est au journalisme. De même, sur le plan politique, il se caractérise par un rachitisme intellectuel affligeant. En effet, quel que ce soit le problème qu'il aborde – du déficit démocratique dans les pays arabes à l'islamophobie dans les sociétés occidentales en passant par les conflits armés et le terrorisme au niveau international – il accable inlassablement l'islam et prescrit invariablement l'islam libéral comme remède. En ce sens, il est un réductionnisme islamologique et, comme tout réductionnisme, un essentialisme grossier. Dans le passé, quand ce travers intellectuel se manifestait chez des auteurs non musulmans, on n'hésitait pas à les dénoncer comme orientalistes aux relents islamophobes.

La seconde caractéristique paradoxale du réformisme libéral musulman, c'est son inclinaison liberticide. Partout, en Occident comme en Orient, ses promoteurs se placent continûment du côté des courants et des pouvoirs politiques qui souhaitent restreindre les libertés religieuses des musulmans. Ainsi, à titre d'exemple, non seulement ils se gardent d'adresser une quelconque critique aux autoritarismes arabes, ils applaudissent avec ferveur leurs actions répressives du moment qu'elles ciblent les oppositions majoritaires à référent islamique. De même, en contradiction totale avec la valeur cardinale du libéralisme, c'est-à-dire au mépris des libertés individuelles et collectives, ils cautionnent avec un zèle étonnant l'ensemble des interdits qui visent les pratiques de l'islam en Occident.

Je ne suis ni imam ni ouléma et je ne prétends pas posséder en vertu de mon identité musulmane la vérité infuse sur ma religion ou mes coreligionnaires.

Que l'on s'entende bien. Je ne suis ni imam ni ouléma et je ne prétends pas posséder en vertu de mon identité musulmane la vérité infuse sur ma religion ou mes coreligionnaires. Il n'en demeure pas moins que je peux affirmer avec une grande assurance que l'islam libéral est l'antithèse du libéralisme. C'est un islam foncièrement liberticide qui représente l'un des plus graves dangers contemporains auxquels doivent faire face les intellectuels musulmans.

Non parce qu'il est une supercherie religieuse – sur ce plan, seul Dieu connaît les siens –, mais parce qu'il constitue plutôt une dérive politique qui pervertit le véritable sens du libéralisme. Ce faisant, il risque de produire à l'égard de ce dernier le même rejet qu'avait suscité le laïcisme autoritaire dans le monde musulman à l'encontre de la notion de la laïcité. C'est-à-dire qu'il risque au mieux de discréditer politiquement le libéralisme aux yeux des majorités musulmanes et, au pire, de pousser ces dernières à le frapper d'anathème religieux au nom de ce qu'elles considèrent être l'islam authentique. Dans les deux cas, il renforcerait parmi les musulmans du monde entier les lectures religieuses conservatrices et les crispations identitaires qu'il prétend pourtant vouloir réformer.

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