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L'islam, une religion violente?

05/03/2014 12:47 EST | Actualisé 04/05/2014 05:12 EDT

Dans le débat actuel sur le projet de loi 60, beaucoup de non-musulmans s'opposent aux arguments avancés par les pro-charte. Ce faisant, les musulmans qui sont contre cette charte n'apportent, en général, rien de spécifique au débat. Leur contribution reste cependant nécessaire, même si celle-ci demeure, en fin de compte, une participation citoyenne qui ne se distingue aucunement des autres prises de parole citoyennes.

Il y a pourtant un argument explicite, chez certains pro-Charte, qui interpelle plus directement les musulmans. Cet argument a notamment été formulé par l'avocat Jean Allard et repris par des chroniqueurs comme Normand Lester et Joseph Facal. Pour ces derniers, et pour bien d'autres qui soutiennent plus ou moins la même position sans l'exprimer aussi candidement, «l'islam est une religion violente». Selon eux, les sources scripturaires de l'islam, de même que l'histoire ancienne et contemporaine des peuples musulmans, le démontrent amplement.

Qu'en est-il dans les faits ?

Parce que nous sommes nés en terre d'islam, nous savons qu'il n'en est rien. En effet, nous avons grandi dans des sociétés à majorité musulmanes ouvertes à la pluralité. De Dakar à Jakarta, en passant par la grande majorité des États arabes du Maghreb et du Machrek, des minorités religieuses (juive, chrétienne, sabéenne, manichéenne, etc.) vivent en paix avec leurs voisins musulmans. «En paix» ne veut évidemment aucunement dire sans les moindres tensions inter-communautaires. Certes, celles-ci existent. Mais, malgré elles, il demeure que, dans presque tous les pays musulmans, des citoyens non-musulmans font partie des réalités socioculturelles et participent à la vie politique et économique de leur pays.

De même, quinze siècles durant, le monde de l'islam n'a ni inventé ni pratiqué les infâmes pogroms et autres « solutions finales » que l'on a connus en Occident. Au contraire, ce monde a légué à l'humanité certaines de ses plus belles expériences de vivre ensemble pluraliste. Que l'on pense à l'Andalousie et ses sept siècles de métissage ethnique et de concorde religieuse. Que l'on pense également à la Turquie ottomane et à son système des millets qui représentait, en son temps et en dépit de ses limites, un modèle exemplaire de tolérance confessionnelle. Ici aussi, personne ne prétend que le monde de l'islam a été un espace libéral à l'image des démocraties modernes. De même, la notion de citoyenneté n'a certes pas été une invention musulmane. Néanmoins, juger le passé de la civilisation islamique à l'aune d'un tel anachronisme serait tout aussi irrationnel qu'injuste.

Qu'en est-il maintenant des sources scripturaires de l'islam? Est-il vrai que le texte coranique promeut la violence?

S'il est vrai que certains passages du Coran invitent le musulman à la résistance et parfois même au combat armé, l'honnêteté intellectuelle exige de reconnaître également la présence de dizaines d'autres versets qui engagent les musulmans à respecter le pluralisme religieux. En voici quelques-uns:

Sourate 2 Verset 256 : « Point de contrainte en religion ».


Sourate 5 Verset 48 : « Si Dieu l'avait voulu il aurait fait de vous une seule communauté. Il ne l'a pas fait, afin de vous éclairer par vos différences. Concurrencez-vous dans les bonnes oeuvres, vers Dieu est votre retour à tous, alors il vous éclairera sur vos divergences ».


Sourate 8 verset 61 : « Et s'ils [tes ennemis] inclinent à la paix, incline vers celle-ci (toi aussi) et place ta confiance en Allah, car c'est Lui l'Audient, l'Omniscient ».

Souvent, devant ce genre de versets d'où transparaît clairement un idéal islamique pacifiste, certaines voix islamophobes se rabattent, pour les disqualifier, sur une notion des plus techniques de l'exégèse islamique, à savoir les concepts de l'abrogeant et de l'abrogé, que ces islamophobes comprennent par ailleurs très mal. Ces voix voudraient que la chronologie de la révélation permette de frapper tous les versets pacifistes du Coran, comme ceux que je viens de citer, de caducité. Selon cette islamologie superficielle, seuls les versets en apparence belliqueux refléteraient la véritable essence du message coranique.

Ce discours ne fait, en réalité, que reprendre à son compte les lectures des intégristes musulmans qui, pour justifier leur intolérance religieuse et parfois leur violence terroriste, biffent sans hésitation des dizaines de versets qui invalident leur regard sombre sur la vie et les vivants. Ce faisant, s'il est aujourd'hui des «idiots utiles» au service de cet intégrisme musulman, ce sont bien ceux et celles qui prétendent le combattre tout en s'attelant à propager sa grille de lecture et à créer, en stigmatisant leurs concitoyens musulmans, les conditions de son émergence et de son épanouissement au sein des communautés musulmanes d'Occident et d'ailleurs.

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