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  <title>Savignac</title>
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  <updated>2013-05-25T02:54:49-04:00</updated>
  <author>
    <name>Savignac</name>
  </author>
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  <rights>Copyright 2008, HuffingtonPost.com, Inc.</rights>
  <subtitle>HuffingtonPost Blogger Feed for Savignac</subtitle>
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    <title>Tu es trop belle jolie Maman</title>
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    <published>2013-05-12T01:09:23-04:00</published>
    <updated>2013-05-12T01:25:23-04:00</updated>
    <summary><![CDATA[En ce week-end de fête des mères, un texte de Louis-Simon Ferland circule abondemment sur les médias sociaux. Je suis très content de ne pas être une maman. Si chaque mois de mai donne lieu à un lyrisme fortement concentré sur deux jours à l'attention de nos mères chéries, je dois dire que rarement poésie aussi dégoulinante me fut offerte à déguster.]]></summary>
    <author>
        <name>Savignac</name>
        <uri>http://www.huffingtonpost.com/savignac/</uri>
    </author>
    <content type="html" xml:lang="en" xml:base="http://www.huffingtonpost.com/savignac/"><![CDATA[En ce week-end de f&ecirc;te des m&egrave;res, <a href="http://www.yoopa.ca/blogueurs/billet/les-mamans-vues-par...-un-papa" target="_hplink">un texte publi&eacute; sur le site de la cha&icirc;ne Yoopa</a>, &eacute;crit par Louis-Simon Ferland, circule abondemment sur les m&eacute;dias sociaux. Un hommage &agrave; toutes les jolies mamans.<br />
<br />
Un extrait:<br />
<br />
<blockquote>Vous avez le don de faire dispara&icirc;tre les bobos et appara&icirc;tre les sourires. Les bons mots pour consoler, l'&eacute;paule parfaite pour s'y r&eacute;fugier, les bras assez fort pour soutenir le poids du monde et assez tendres pour endormir un petit b&eacute;b&eacute; agit&eacute;.</blockquote><br />
<br />
Allez, un autre:<br />
<br />
<blockquote>Est-ce que la fleur perd tout son charme apr&egrave;s avoir &eacute;t&eacute; f&eacute;cond&eacute;e par l'abeille? Non. Elle se m&eacute;tamorphose en fruit. La fleur se laisse admirer, mais le fruit... on le savoure.</blockquote><br />
<br />
Oh, pis tiens, allez:<br />
<br />
<blockquote>Je vous admire, les mamans. Vous ne vous &ecirc;tes pas content&eacute;es de donner la vie. Vous avez choisi de la rendre plus belle chaque jour.</blockquote><br />
<br />
Non, franchement, ne boudez pas votre plaisir, c'est &agrave; lire.<br />
<br />
Je suis tr&egrave;s content de ne pas &ecirc;tre une maman, en g&eacute;n&eacute;ral, et particuli&egrave;rement ce matin. Si chaque mois de mai donne lieu &agrave; un lyrisme fortement concentr&eacute; sur deux jours &agrave; l'attention de nos m&egrave;res ch&eacute;ries, je dois dire que rarement po&eacute;sie aussi d&eacute;goulinante me fut offerte &agrave; d&eacute;guster.<br />
<br />
M&ecirc;me la Sainte Vierge est d&eacute;faillante &agrave; la lecture de ce ramassis de clich&eacute;s gluants de sensiblerie malhonn&ecirc;te. &Ecirc;tre une m&egrave;re et lire &ccedil;a, je sombrerais imm&eacute;diatement dans l'alcool, je me laisserais pousser le gras des cheveux, et j'arr&ecirc;terais de me faire le maillot.<br />
<br />
La perfection faite m&egrave;re de ce baratin invraisemblable, cette tricherie verbeuse, poisseuse &agrave; l'envi, autant d'insultes qui ne visent non pas &agrave; honorer, bullshit, mais &agrave; rappeler les attentes mesquines de la soci&eacute;t&eacute; des hommes pour garantir la p&eacute;rennit&eacute; de leur toute puissance.<br />
<br />
Je pr&eacute;f&egrave;re encore me faire garocher, en juin, une &eacute;ni&egrave;me perceuse, que de me faire cr&egrave;mer le genre avec autant d'arrogance.<br />
<br />
Pour finir, &agrave; ma m&egrave;re &agrave; moi: tu peux d&eacute;faillir n'importe quand, je serai l&agrave;.<br />
<br />
<strong>VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST</strong><br />
La bonne fleur pour le bon sentiment<br />
<br />
<center><HH--236SLIDEEXPAND--295836--HH></center>]]></content>
    <link href="http://i.huffpost.com/gen/1068160/thumbs/s-LETTERS-mini.jpg" type="image/jpeg" rel="enclosure"/>
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    <title>Mamy est tombée</title>
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    <id>tag:www.huffingtonpost.com,2013:/theblog//3.3226441</id>
    <published>2013-05-08T06:49:36-04:00</published>
    <updated>2013-05-08T06:49:45-04:00</updated>
    <summary><![CDATA[On l'a trouvée ce matin vers 9 h, dans la salle de bain. À bientôt 87 ans, Mamy est tombée, impuissante comme une tortue sur le dos. Mamy est tombée, pour nous dire une dernière fois combien elle existe encore, et combien elle a existé. Va-t'en Mamy, tu mérites mieux que Brel, tu mérites mieux que nous.]]></summary>
    <author>
        <name>Savignac</name>
        <uri>http://www.huffingtonpost.com/savignac/</uri>
    </author>
    <content type="html" xml:lang="en" xml:base="http://www.huffingtonpost.com/savignac/"><![CDATA[On l'a trouv&eacute;e ce matin vers 9 h, dans la salle de bain. &Agrave; bient&ocirc;t quatre-vingt-sept ans, Mamy est tomb&eacute;e, impuissante comme une tortue sur le dos. De ses doigts aussi frip&eacute;s que les pattes du reptile encaban&eacute;, elle a toutefois r&eacute;ussi &agrave; attraper un coin de serviette pour s'en faire un oreiller. Bancale, mais pas folle, Mamy.<br />
<br />
Mamy est tomb&eacute;e, sans Papy pour la redresser parce que, passionn&eacute; de jardinage, il a d&eacute;cid&eacute; il y a quelques ann&eacute;es, d'aller voir si c'est vrai que les pissenlits sont meilleurs par la racine. Et s'il para&icirc;t que oui, rien &agrave; faire, on ne le saura vraiment que quand sera venu le temps de partager enfin, avec Papy, la divine salade.<br />
<br />
Elle &eacute;tait tranquille Mamy quand on l'a trouv&eacute;e. On ne sait pas trop quand elle est tomb&eacute;e. Une heure plus t&ocirc;t, ou la veille, peut-&ecirc;tre. La famille est aux abois, priant les Dieux de l'instabilit&eacute; qu'elle ne soit pas rest&eacute;e toute la nuit les quatre fers en l'air, au prix d'une insupportable culpabilit&eacute; passag&egrave;re.<br />
<br />
Moi, j'ai pens&eacute; &agrave; Jacques Brel et &agrave; la pendule d'argent qui ronronne au salon, celle qui dit oui, qui dit non. Je n'ai rien dit, ce n'&eacute;tait pas convenable, mais je lui ai peut-&ecirc;tre souhait&eacute;, cette nuit sans pendule.<br />
<br />
Mamy, c'est pas fait pour elle, Jacques Brel. Mamy, du lit &agrave; la fen&ecirc;tre, puis du lit au fauteuil, et puis du lit au lit, je crois qu'elle s'ennuie, m&ecirc;me si &ccedil;a nous rassure. Et comme Mamy, on le sait maintenant, ne verra jamais les canaux d'Amsterdam, comment ne pas lui souhaiter d'avoir envoy&eacute; chier Brel et d'avoir, &agrave; la fen&ecirc;tre, au fauteuil, ou au lit, pr&eacute;f&eacute;r&eacute; la fantaisie d'une nuit dans un petit ailleurs? Aux baisers ti&egrave;des, pinc&eacute;s, et d&eacute;go&ucirc;t&eacute;s de la visite, comment ne pas avoir choisi, faute du vent des canaux, la fra&icirc;cheur de la c&eacute;ramique?<br />
<br />
Mamy n'est pas morte. Je suis un petit peu d&eacute;&ccedil;u, et d&egrave;s qu'elle aura repris ses esprits, je ne manquerai pas de lui faire savoir.<br />
<br />
Va-t'en Mamy, tu m&eacute;rites mieux que Brel et son infernal et interminable ronron. Qu'est-ce que tu fous encore l&agrave;? D'abord, disons-nous les vraies affaires; aussi vaillante puisses-tu avoir &eacute;t&eacute;, ce n'est pas pour te f&acirc;cher Mamy, mais il y a belle lurette que tu as quitt&eacute; la colonne des recettes pour celle des d&eacute;penses. Et pardon, mais c'est tr&egrave;s mal vu de nos jours, ce sont des colonnes essentielles, Mamy.<br />
<br />
Et puis Mamy, un enfant, &ccedil;a a dix ans, pas soixante-cinq. Va-t'en Mamy, m&ecirc;me tes enfants sont vieux.<br />
<br />
Mamy n'est pas morte, parce que Mamy ne veut pas mourir. D'abord, depuis que Papy jardine par en dessous, et comme, disons-le, il n'&eacute;tait pas de tout r&eacute;pit, il est des repos qui valent d'&ecirc;tre prolong&eacute;s.<br />
<br />
Mais surtout...<br />
<br />
Mamy est tomb&eacute;e, pour nous dire une derni&egrave;re fois combien elle existe encore, et combien elle a exist&eacute;. Mamy, elle sent le pipi, mais elle a gagn&eacute; la guerre. Mamy, elle a eu vingt ans, et des seins &agrave; faire perdre la raison. Mamy, dans ce monde devenu fou, elle tombe pour nous dire qu'aussi absurdes ou grandioses puissent &ecirc;tre nos r&ecirc;ves, minables ou luxueuses nos maisons, idiotes ou rentables nos pr&eacute;tentions, jamais, jamais tout cela n'aurait exist&eacute; sans elle. Et pour &ccedil;a, juste pour &ccedil;a, elle nous invite &agrave; venir faire un petit tour de temps en temps, histoire de voir si des fois, elle ne serait pas tomb&eacute;e.<br />
<br />
Mais comme on s'en crisse un peu et qu'on a de beaux projets, alors va-t'en Mamy, tu m&eacute;rites mieux que Brel, tu m&eacute;rites mieux que nous.<br />
<br />
<strong>VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST</strong><br />
<br />
<center><HH--236SLIDEEXPAND--288473--HH></center>]]></content>
    <link href="http://i.huffpost.com/gen/1094779/thumbs/s-CENTENAIRES-JAPON-mini.jpg" type="image/jpeg" rel="enclosure"/>
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    <title>C'est le printemps</title>
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    <id>tag:www.huffingtonpost.com,2013:/theblog//3.3182355</id>
    <published>2013-04-30T12:20:40-04:00</published>
    <updated>2013-04-30T12:20:41-04:00</updated>
    <summary><![CDATA[C'est le temps du renouveau, comme on dit, et tandis que le soleil tend à darder ses rayons hésitants et ambrés sur les gazons encore étourdis et hagards, la femelle, par trop longtemps retenue, entreprend sans attendre sa danse du blanc mollet, certes encore un peu ratatiné, mais plein de promesses. Le mâle, lui, s'accommodera sans rechigner de son appellation cromagnonesque. Mieux, il l'accueillera avec joie, dévirilisé par l'air du temps et un semestre sans cabanon. Et c'est aussi ratatiné que sa douce enfin épilée qu'il sortira de l'hiver, bedonnant, mais soulagé.]]></summary>
    <author>
        <name>Savignac</name>
        <uri>http://www.huffingtonpost.com/savignac/</uri>
    </author>
    <content type="html" xml:lang="en" xml:base="http://www.huffingtonpost.com/savignac/"><![CDATA[C'est pas pour me vanter, mais le mois d'avril ne devrait pas faire long feu. C'est le temps du renouveau, comme on dit, et tandis que le soleil tend &agrave; darder ses rayons h&eacute;sitants et ambr&eacute;s sur les gazons encore &eacute;tourdis et hagards, la femelle, par trop longtemps retenue, entreprend sans attendre sa danse du blanc mollet, certes encore un peu ratatin&eacute;, mais plein de promesses. Nous l'appellerons Monique. En effet, &agrave; la simple lecture du mot "femelle", la femelle a tendance &agrave; s'indigner avec vigueur, et d&eacute;sol&eacute;, mais il est hors de question qu'on passe un autre printemps &agrave; se faire taper le chaudron pass&eacute; huit heures, on a eu assez de mal &agrave; endormir le petit l'an dernier.<br />
<br />
Le m&acirc;le, lui, s'accommodera sans rechigner de son appellation cromagnonesque. Mieux, il l'accueillera avec joie, d&eacute;virilis&eacute; par l'air du temps et un semestre sans cabanon. Et c'est aussi ratatin&eacute; que sa douce enfin &eacute;pil&eacute;e qu'il sortira de l'hiver, bedonnant, mais soulag&eacute;. Car confin&eacute;, malheureux est le m&acirc;le. Contraint au dialogue, invit&eacute; &agrave; s'exprimer comme dans une pub d&eacute;bilisante de Desjardins, c'est affaibli qu'il arrivera en mai. Enfin dehors, il se ruera sur tout ce qui est &eacute;quip&eacute; d'un moteur et le frottera jusqu'&agrave; ce que brillance surgisse, tout en s'assurant de tacher ses pantalons neufs.<br />
<br />
Jambes &agrave; l'aff&ucirc;t, chromes &eacute;tincelants et ventres rentr&eacute;s, chacun s'en ira alors avec angoisse re-valider sa valeur sur le march&eacute;, juste pour se rassurer. Se rassurer, regarder, sentir. Sentir les champs du possible, tester son sourire, sa cambrure, sa voiture. D&eacute;fier l'ordinaire, d&eacute;fier le temps qui passe, r&ecirc;ver mieux, des fois qu'on pourrait avoir plus pour le m&ecirc;me prix.<br />
<br />
Si l'hiver a &eacute;t&eacute; cl&eacute;ment, c'est chez Rona qu'on retrouvera le couple survivant. Rona, la Venise du Qu&eacute;bec. Rona, o&ugrave; on retombe en amour. Une nouvelle salle de bain qui saura raviver la flamme de Monique, &eacute;merveill&eacute;e devant la virilit&eacute; indiscutable de son homme b&acirc;tisseur enfin sorti de sa torpeur et de son divan. Rona et ses all&eacute;es interminables de vis et d'&eacute;crous rutilants, Rona, la revanche du m&acirc;le ressuscit&eacute; sur le m&eacute;sadapt&eacute; de Desjardins.<br />
<br />
Mais si l'hiver a &eacute;t&eacute; rude, point de Rona, mais une pancarte rouge et bleue avec dessus une madame blonde d&eacute;color&eacute;e et v&eacute;nale &agrave; c&ocirc;t&eacute; de la mention "&Agrave; vendre" arborera le terrain. On ne repartira pas la piscine, et les enfants assisteront impuissants au curieux spectacle d'un parent maladroitement rajeuni, au chandail trop court et au sourire trop large, et de l'autre, p&acirc;le, ahuri et m&eacute;dicament&eacute;.<br />
<br />
C'est le printemps. Le temps du renouveau, comme on dit.<br />
<br />
<strong>VOIR AUSSI</strong><br />
<br />
<center><HH--236SLIDEEXPAND--238607--HH></center>]]></content>
    <link href="http://i.huffpost.com/gen/1069257/thumbs/s-DIY-IDEAS-mini.jpg" type="image/jpeg" rel="enclosure"/>
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    <title>C'était mieux avant</title>
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    <id>tag:www.huffingtonpost.com,2013:/theblog//3.3117728</id>
    <published>2013-04-19T15:07:58-04:00</published>
    <updated>2013-04-19T15:08:03-04:00</updated>
    <summary><![CDATA[Je ne sais pas si c'est parce qu'Aznavour allait me parler des lilas et que le printemps arrive, mais j'ai décidé de l'écouter. Et une émotion aussi inattendue que gênante m'a tout à coup envahi. À la fin du morceau, j'étais bouleversé, et fâché de l'être. Qu'y avait-il donc de si émouvant dans cette Bohème qui ne m'appartenait pas, dans cette ville qui ne fut jamais la mienne, venue d'une époque où je n'existais même pas? Ça ne pouvait donc pas être de la nostalgie!]]></summary>
    <author>
        <name>Savignac</name>
        <uri>http://www.huffingtonpost.com/savignac/</uri>
    </author>
    <content type="html" xml:lang="en" xml:base="http://www.huffingtonpost.com/savignac/"><![CDATA[<em>C'&eacute;tait mieux avant.</em> Ah oui? Quand la t&eacute;l&eacute; &eacute;tait en noir et blanc, quand on crevait de la tuberculose, quand ta m&egrave;re n'avait pas le droit de voter, ou quand il fallait aller dans la cabane au fond du jardin pour pisser?<br />
<br />
Les nostalgiques m'ont toujours exasp&eacute;r&eacute;, et je ne me suis jamais priv&eacute; de leur dire. Le monde va bien, c'est toi qui va mal. Il n'y a jamais eu autant de d&eacute;mocratie qu'aujourd'hui, il n'y a jamais eu aussi peu de guerres qu'aujourd'hui, l'humain n'a jamais &eacute;t&eacute; autant en sant&eacute; qu'aujourd'hui, etc, etc. C'est toi qui bandes mou. Le monde va bien, toi tu d&eacute;clines, voil&agrave; la v&eacute;rit&eacute;. Les cheveux que tu retrouves chaque jour un peu plus dans le fond du lavabo, ce ne sont pas les cheveux du monde, ce sont les tiens. Ma jeunesse vaut la tienne, et tes r&eacute;cits m&eacute;lancoliques de jadis n'&eacute;clairent qu'une seule trag&eacute;die: la tienne.<br />
<br />
C'est ainsi que je renvoyais &agrave; leurs mouchoirs en tissus tous ces ventripotents, tous ces grisonnants d'amertume, tous ces bavards inutiles. Jusqu'&agrave; ce matin.<br />
<br />
Je me suis mis en route vers 7h30, &eacute;couteurs sans-fil sur les oreilles. Je s&eacute;lectionnais sur mon t&eacute;l&eacute;phone intelligent la musique qui allait accompagner mon trajet, parmi les 1350 albums disponibles au creux de ma main. Je souriais malin en me disant qu'&agrave; peine quelques ann&eacute;es plus t&ocirc;t, &ccedil;a aurait pris trois brouettes et demie pour emmener avec soi toute cette musique. Ben oui, c'&eacute;tait mieux avant! Ind&eacute;cis et face &agrave; une telle abondance, j'ai fini par opter pour le mode "al&eacute;atoire" de mon <em>juke-box</em> portatif. Un mode qui comporte toutefois des risques puisque dans le plaisir jouissif de l'accumulation permise se sont forc&eacute;ment gliss&eacute;es quelques pi&egrave;ces sans int&eacute;r&ecirc;t. Et de fait: "Je vous parle d'un temps, que les moins de vingt ans, ne peuvent pas conna&icirc;tre". Bon! Une chanson du temps des brouettes, et qui nous parle avec nostalgie du temps d'avant les brouettes! <br />
<br />
Je ne sais pas si c'est parce qu'Aznavour allait me parler des lilas et que le printemps arrive, mais j'ai d&eacute;cid&eacute; de l'&eacute;couter. Et une &eacute;motion aussi inattendue que g&ecirc;nante m'a tout &agrave; coup envahi. &Agrave; la fin du morceau, j'&eacute;tais boulevers&eacute;, et f&acirc;ch&eacute; de l'&ecirc;tre. Qu'y avait-il donc de si &eacute;mouvant dans cette Boh&egrave;me qui ne m'appartenait pas, dans cette ville qui ne fut jamais la mienne, venue d'une &eacute;poque o&ugrave; je n'existais m&ecirc;me pas? &Ccedil;a ne pouvait donc pas &ecirc;tre de la nostalgie! J'avais accept&eacute;, je crois, le temps qui passe et qui emm&egrave;ne avec lui nos insouciances. Alors qu'est-ce qu'il m'est arriv&eacute; ce matin avec Aznavour puisque je suis si en paix avec mon sablier?<br />
<br />
"La boh&egrave;me, la boh&egrave;me, &ccedil;a ne veut plus rien dire du tout". C'est le dernier vers, c'est lui qui m'a d&eacute;criss&eacute;. La nostalgie qui dormait en moi, ce n'&eacute;tait pas celle du temps qui passe, c'&eacute;tait celle de l'inutile, de l'inutile qui s'en va, chaque jour un peu plus, pour c&eacute;der sa place &agrave; l'efficacit&eacute;, d&eacute;sormais unique instrument de mesure de nos vies. Bien s&ucirc;r je n'ai pas d&eacute;couvert &ccedil;a ce matin, mais j'en ai ressenti, un peu plus qu'un autre jour, la fatalit&eacute;.<br />
<br />
&Agrave; quoi &ccedil;a sert de r&eacute;citer des vers, group&eacute;s autour du po&ecirc;le, en attendant l'hiver? &Agrave; rien. &Agrave; rien du tout. &Ccedil;a ne rapporte rien, c'est inutile. Et l'inutile va dispara&icirc;tre au profit de l'efficacit&eacute; triomphante, il faut s'y r&eacute;soudre. Demain, des th&eacute;&acirc;tres, des biblioth&egrave;ques, des ateliers d'artistes fermeront parce qu'ils ne rapportent pas. Apr&egrave;s-demain, on soignera moins les vieux et les malades, c'est effectivement un bien mauvais placement. Un jour, on choisira nos amis comme &ccedil;a, sur le gain qu'on peut en attendre. Un jour, on n'aura plus d'amis, c'est juste du temps perdu, et il n'y aura bient&ocirc;t plus personne, group&eacute;s autour du po&ecirc;le, en attendant l'hiver.<br />
<br />
Me voil&agrave; donc du c&ocirc;t&eacute; des <em>c'&eacute;tait mieux avant</em>. Je suis le prochain vieux con, le prochain nostalgique. Je parlerai du temps perdu de l'inutile. Je parlerai d'un temps improductif que les moins de vingt ans ne peuvent pas conna&icirc;tre.]]></content>
    <link href="http://i.huffpost.com/gen/982557/thumbs/s-WALKMAN-mini.jpg" type="image/jpeg" rel="enclosure"/>
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<entry>
    <title>Cancer 2.0</title>
    <link rel="alternate" type="text/html" href="http://quebec.huffingtonpost.ca/savignac/cancer-20_b_3077069.html"/>
    <id>tag:www.huffingtonpost.com,2013:/theblog//3.3077069</id>
    <published>2013-04-13T15:33:42-04:00</published>
    <updated>2013-04-13T15:43:13-04:00</updated>
    <summary><![CDATA[Un malade du cancer a effectivement encore quelques rêves, dont celui que son entourage ne l'entoure pas avec ostentation, du moins jusqu'à ce qu'il l'enterre, où là il pourra s'en donner à coeur joie.]]></summary>
    <author>
        <name>Savignac</name>
        <uri>http://www.huffingtonpost.com/savignac/</uri>
    </author>
    <content type="html" xml:lang="en" xml:base="http://www.huffingtonpost.com/savignac/"><![CDATA[<img alt="2013-04-13-cancerFB.jpg" src="http://images.huffingtonpost.com/2013-04-13-cancerFB.jpg" width="640" height="271" border="1" /><br />
<br />
Un malade du cancer a effectivement encore quelques r&ecirc;ves, dont celui que son entourage ne l'entoure pas avec ostentation, du moins jusqu'&agrave; ce qu'il l'enterre, o&ugrave; l&agrave; il pourra s'en donner &agrave; coeur joie.<br />
<br />
D'ici l&agrave;, le malade en question sera heureux de ne pas &ecirc;tre l'otage des sensibleries un brin d&eacute;goulinantes de son entourage, lesquelles ne repr&eacute;sentent probablement que 3% d'empathie et 97% de mise en sc&egrave;ne auto promotionnelle et culpabilisante &agrave; vocation &eacute;lectronico sociale. S'il appr&eacute;cie n&eacute;anmoins ces &eacute;lans du coeur, il appr&eacute;ciera aussi une bonne ma&icirc;trise de la gluance.<br />
<br />
Enfin, le malade en question aime autant son entourage que son entourage l'aime. Et le voir ainsi d&eacute;fait, &ccedil;a l'affecte particuli&egrave;rement. Aussi, m&ecirc;me s'il est conscient que cela peut priver ledit entourage d'un certain rayonnement, il lui demandera, comme geste ultime de solidarit&eacute;, de ne pas mettre trop de cr&eacute;mage sur le g&acirc;teau trop cuit de l'amour, les naus&eacute;es du traitement &eacute;tant d&eacute;j&agrave; plus que suffisantes.<br />
<br />
C'est moins chic &agrave; coller sur un mur Facebook, j'en conviens.]]></content>
    <link href="http://i.huffpost.com/gen/1080560/thumbs/s-SMALL-BUSINESSES-FACEBOOK-ENGAGEMENT-mini.jpg" type="image/jpeg" rel="enclosure"/>
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    <title>Ce que j'apprécie par-dessus tout</title>
    <link rel="alternate" type="text/html" href="http://quebec.huffingtonpost.ca/savignac/ce-que-j-apprecie-par-dessus-tout_b_3049314.html"/>
    <id>tag:www.huffingtonpost.com,2013:/theblog//3.3049314</id>
    <published>2013-04-10T09:07:25-04:00</published>
    <updated>2013-04-10T09:07:30-04:00</updated>
    <summary><![CDATA[J'étais à me lamenter sur ces fléaux de notre existence, ces hypocrisies, ces faux-semblants qui pourrissent nos vies jour après jour, quand tout à coup le téléjournal vint me sortir de ma torpeur pour me donner, enfin, de vraies raisons d'espérer. La très respectable Banque Royale du Canada, la plus grande institution bancaire du pays, venait d'annoncer qu'elle mettait à pied plusieurs dizaines d'employés canadiens pour les remplacer par des travailleurs venus d'Inde.]]></summary>
    <author>
        <name>Savignac</name>
        <uri>http://www.huffingtonpost.com/savignac/</uri>
    </author>
    <content type="html" xml:lang="en" xml:base="http://www.huffingtonpost.com/savignac/"><![CDATA[S'il est quelque chose que j'appr&eacute;cie par-dessus tout, c'est qu'on ne se foute pas de ma gueule. C'est plus fort que moi, je ne m'y fais pas. J'aime qu'on me tienne un discours coh&eacute;rent et honn&ecirc;te. Je l'exige de mes amis, je l'exige de ma famille, je l'exige, je l'exige, bon. Fort de ce principe, j'exerce un tri tr&egrave;s s&eacute;lectif au sein de mon entourage proche, quitte &agrave; en r&eacute;duire sa masse volumique et par cons&eacute;quent &agrave; m'exposer &agrave; des dimanches de P&acirc;ques sans oeufs.<br />
<br />
Toutefois, si je r&eacute;ussis volontairement &agrave; r&eacute;duire la port&eacute;e des signaux que j'envoie, je m'avoue bien impuissant face &agrave; la quantit&eacute; de ceux que je re&ccedil;ois, et Dieu sait que j'en re&ccedil;ois. Et j'en re&ccedil;ois particuli&egrave;rement d'une tranche toute singuli&egrave;re de notre humanit&eacute;: les entreprises. Ces entit&eacute;s multiples et bavardes, anormalement soucieuses de mon bonheur en regard du respect que je leur porte, ont une pl&eacute;thore sid&eacute;rale de missives de toutes sortes &agrave; me communiquer. On dit que la publicit&eacute;, tous canaux confondus, nous expose pr&egrave;s de trois mille fois par jour aux marques diverses et vari&eacute;es qu'elle v&eacute;hicule. C'est beaucoup d'attention pour l'humble des mortels que je suis, mais c'est surtout qu'une fois encore &ccedil;a m'oblige &agrave; un tri rigoureux, et j'aimerais que ces trois mille corporations comprennent ma g&egrave;ne et re&ccedil;oive mes excuses les plus senties de ne pas r&eacute;pondre individuellement &agrave; chacune de leurs sollicitations.<br />
<br />
Certes leur grand nombre est un frein &agrave; la cr&eacute;ation d'intimit&eacute;, mais je me dois aussi de rappeler ce principe &eacute;nonc&eacute; il y a &agrave; peine quelques lignes: s'il est quelque chose que j'appr&eacute;cie par-dessus tout, c'est qu'on ne se foute pas de ma gueule. Et en tant que grognon peu fr&eacute;quentable et largement fuit par quiconque est moindrement sens&eacute;, il va de soi qu'&agrave; pr&egrave;s de trois mille d&eacute;clarations d'amour par jour, il se peut que le doute s'installe en moi sur les r&eacute;elles intentions d'une poign&eacute;e d'entre-elles, au moins.<br />
<br />
Par exemple: ma compagnie de t&eacute;l&eacute;phone cellulaire, qui m'aime beaucoup puisqu'elle m'envoie une facture par mois, m'a r&eacute;cemment fait une offre des plus all&eacute;chantes. Tandis que je pensais na&iuml;vement qu'elle n'avait de soucis que l'accumulation de profits, savez-vous ce qu'elle m'a propos&eacute;? Ni plus, ni moins que de sauver la plan&egrave;te. J'ai trouv&eacute; &ccedil;a formidable. D&eacute;sormais, la pr&eacute;cieuse facture ne me sera plus envoy&eacute;e par courrier postal, mais par courriel. Et vous savez quoi? Et bien, cela va lui permettre de r&eacute;duire son empreinte carbone, de prot&eacute;ger les for&ecirc;ts d'Amazone et des Laurentides, de reboucher la couche d'ozone, d'&eacute;radiquer le cancer, et de donner un avenir d&eacute;cent au truc de douze ans, l&agrave; juste en face de moi, en train de d&eacute;puceler une camarade de classe sur Facebook, avec des &eacute;couteurs sur les oreilles.<br />
<br />
Apr&egrave;s m&ucirc;re r&eacute;flexion, apr&egrave;s de nombreux voyages entre peine et esp&eacute;rance, je devais me rendre &agrave; l'&eacute;vidence; on me mentait, encore. Pas sur la plan&egrave;te, non, &ccedil;a c'est vrai, elle est <em>scrap </em>en tabarnak, mais sur l'intention. Ma compagnie de t&eacute;l&eacute;phone cellulaire, forte de ses deux millions d'abonn&eacute;s, n'avait pas soudainement vu la vierge, elle voulait simplement &eacute;conomiser deux millions de fois un timbre et une enveloppe, une fois par mois, douze fois par an.<br />
<br />
J'avais ferm&eacute; les yeux sur les esclaves chinois d'&acirc;ge mineur qui fabriquaient contre leur gr&eacute; mon t&eacute;l&eacute;phone pr&eacute;f&eacute;r&eacute; en attendant une pause de dix minutes pour aller se suicider, mais l&agrave; c'en &eacute;tait trop. L'image d'un Chinois &eacute;crapoutit en bas d'un pont, passe encore, mais le mensonge, je ne peux pas supporter, c'est plus fort que moi.<br />
<br />
J'&eacute;tais &agrave; me lamenter sur ces fl&eacute;aux de notre existence, ces hypocrisies, ces faux-semblants qui pourrissent nos vies jour apr&egrave;s jour, quand tout &agrave; coup le t&eacute;l&eacute;journal vint me sortir de ma torpeur pour me donner, enfin, de vraies raisons d'esp&eacute;rer: la <a href="http://www.radio-canada.ca/regions/colombie-britannique/2013/04/07/001-rbc-remplace-employes-canadiens-indiens.shtml" target="_hplink">tr&egrave;s respectable Banque Royale du Canada</a>, la plus grande institution bancaire du pays, venait d'annoncer qu'elle mettait &agrave; pied plusieurs dizaines d'employ&eacute;s canadiens pour les remplacer par des travailleurs venus d'Inde, par cons&eacute;quent moins co&ucirc;teux, et qu'il serait demand&eacute; aux futurs cong&eacute;di&eacute;s d'assurer la formation des nouvelles recrues. Apr&egrave;s mon histoire sordide de facture en ligne, &ccedil;a me prenait une bonne nouvelle, mais j'avoue que je n'en attendais pas autant. Pour une fois, une grande entreprise d&eacute;cidait clairement de cesser de se foutre de ma gueule. Pour une fois, une corporation d'envergure d&eacute;cidait de me parler en adulte, les yeux dans les yeux, dans la plus louable honn&ecirc;tet&eacute;, et je ne peux que saluer ce courage.<br />
<br />
<em>Le billet de Savignac se poursuit apr&egrave;s la galerie</em><br />
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<center><HH--236SLIDEEXPAND--291059--HH></center><br />
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Point de virage vert, point de bonheur improbable et t&eacute;l&eacute;vis&eacute;, mais enfin ces mots qui rassurent: je suis une entreprise, mon objectif principal est de faire du profit, et pour cela tous les moyens me sont bons. Je me fous de la plan&egrave;te et des peuples que j'affame en finan&ccedil;ant la sp&eacute;culation sur les mati&egrave;res premi&egrave;res essentielles. Je me fous de la condition des employ&eacute;s qui me font prosp&eacute;rer, car ils ne sont qu'un outil &agrave; mon dessein et, pour &ecirc;tre bien honn&ecirc;te, ils ne sont qu'un mal n&eacute;cessaire &agrave; mon projet. Ils envahissent la colonne de mes d&eacute;penses, que je me dois de faire baisser autant que possible afin de faire naturellement cro&icirc;tre celle des revenus, car je le rappelle, c'est pour cela que j'existe. Vous comprendrez donc ais&eacute;ment le bienfait d'une main d'oeuvre &agrave; bon march&eacute;, bien que le temps de sa gratuit&eacute; n'est pas sans nous rendre pensifs et nostalgiques. <br />
<br />
Quant &agrave; l'<a href="http://quebec.huffingtonpost.ca/2013/04/04/caimans-association-journalistes-devoile-liste-personnalites-cachent-argent_n_3015625.html" target="_hplink">&eacute;vasion fiscale</a>, n'y voyez rien d'autre qu'une &eacute;vidente n&eacute;cessit&eacute;. Attention, pas de raccourci f&acirc;cheux toutefois, je ne suis pas le monstre qu'on veut bien d&eacute;crire dans certains milieux, je rappelle simplement que la cr&eacute;ation de richesse est mon unique mandat, et que toute autre activit&eacute; qui n'irait pas dans ce sens serait fortuite et malhonn&ecirc;te. De ce fait, comprenez que je ne serais pas sinc&egrave;re si je devais pr&eacute;tendre &agrave; un quelconque int&eacute;r&ecirc;t au bien commun, non pas que ne trouve pas cela int&eacute;ressant ou sympathique, mais c'est fort peu rentable, ce qui d&eacute;roge &agrave; mes attributions. Enfin, au nom de tous les miens, je me permets de vous remercier pour votre contribution, quotidienne et irr&eacute;fl&eacute;chie, &agrave; l'accroissement de nos profits.<br />
<br />
Enfin! Depuis tant d'ann&eacute;es qu'on se fait entuber &agrave; coups de promesses de bonheur &agrave; acheter et de conscience citoyenne invent&eacute;e, &agrave; coup de 19,95 $ qui nous font croire que c'est moins que 20 $ et qu'on y croit, &agrave; coups de rubans roses, &agrave; coups de tout ce qui compte pour nous c'est vous, &agrave; coups m&ecirc;me de promesses d'amiti&eacute;s pharmaceutiques, enfin une grande organisation s'adresse &agrave; nous de fa&ccedil;on loyale et responsable en nous rappelant que nous ne sommes, non pas le dernier, mais le premier de ses soucis.<br />
<br />
Parce que s'il est quelque chose que j'appr&eacute;cie par-dessus tout, c'est qu'on ne se foute pas de ma gueule.<br />
<br />
<strong>VOIR AUSSI</strong><br />
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<center><HH--236SLIDEEXPAND--226719--HH></center>]]></content>
    <link href="http://i.huffpost.com/gen/834462/thumbs/s-RBC-LIBOR-mini.jpg" type="image/jpeg" rel="enclosure"/>
</entry>

<entry>
    <title>Oh putain la cata!</title>
    <link rel="alternate" type="text/html" href="http://quebec.huffingtonpost.ca/savignac/oh-putain-la-cata_b_2959790.html"/>
    <id>tag:www.huffingtonpost.com,2013:/theblog//3.2959790</id>
    <published>2013-03-27T10:21:47-04:00</published>
    <updated>2013-03-27T10:27:39-04:00</updated>
    <summary><![CDATA[Un sondage vient de révéler un fait pour le moins surprenant: les Français sont plus pessimistes pour l'année à venir que les Irakiens ou les Afghans... Comment se fait-il qu'une grande puissance millénaire comme la France, cette patrie éternelle des arts et des lettres, ce berceau du bien-vivre, certes actuellement fragilisée économiquement, mais protégée par un filet social confortable, comment se fait-il que son moral soit plus bas que celui d'un peuple bombardé?]]></summary>
    <author>
        <name>Savignac</name>
        <uri>http://www.huffingtonpost.com/savignac/</uri>
    </author>
    <content type="html" xml:lang="en" xml:base="http://www.huffingtonpost.com/savignac/"><![CDATA[Cette semaine, <em>The Guardian</em> se faisait l'&eacute;cho d'un sondage r&eacute;alis&eacute; par la compagnie <em>Win-Gallup</em>, sondage visant &agrave; &eacute;valuer le niveau d'optimisme des peuples de diff&eacute;rents pays de la plan&egrave;te. Et de r&eacute;v&eacute;ler ce fait pour le moins surprenant: les Fran&ccedil;ais sont plus pessimistes pour l'ann&eacute;e &agrave; venir que les Irakiens ou les Afghans...<br />
<br />
Alors, imm&eacute;diatement, tout le monde s'interroge sur ce ph&eacute;nom&egrave;ne tout de m&ecirc;me &eacute;tonnant: comment se fait-il qu'une grande puissance mill&eacute;naire comme la France, cette patrie &eacute;ternelle des arts et des lettres, ce berceau du bien-vivre, certes actuellement fragilis&eacute;e &eacute;conomiquement, mais prot&eacute;g&eacute;e par un filet social confortable, comment se fait-il que son moral soit plus bas qu'un peuple bombard&eacute;? Ce peuple justement qui s'est relev&eacute; de tant de guerres et d'invasions, comment se fait-il qu'il ne trouve pas le bonheur dans une Europe aujourd'hui en paix?<br />
<br />
Chacun y va de son explication, puisant notamment dans la culture complexe de la France, cherchant dans ses racines les plus profondes les causes de cette amertume b&eacute;ante.<br />
<br />
&Agrave; moins de surmenage, nous devrions voir Mathieu Bock-C&ocirc;t&eacute;, notre sp&eacute;cialiste local, s'y pencher prochainement.<br />
<br />
En tout cas une chose est s&ucirc;re et doit nous rassurer: il ne faut pas chercher dans la langue la cause de la d&eacute;tresse hexagonale. <a href="http://www.guardian.co.uk/world/2013/mar/24/french-taught-to-be-gloomy" target="_hplink">Claudia Senik</a>, de l'&Eacute;cole &eacute;conomique de Paris, l'affirme: puisqu'on parle fran&ccedil;ais en Suisse et au Canada, et qu'on n'y retrouve pas cette m&eacute;lancolie lancinante, cela d&eacute;montre qu'il ne faut pas chercher dans le langage les causes du naufrage psychique fran&ccedil;ais.<br />
<br />
En tant que pi&eacute;ton es Plateau Mont-Royal, permettez-moi toutefois quelques observations de type linguistique:<br />
<br />
Avez-vous d&eacute;j&agrave; parl&eacute; &agrave; un Fran&ccedil;ais? &Eacute;videmment, tout le monde est d&eacute;j&agrave; venu &agrave; Montr&eacute;al. Mais avez-vous d&eacute;j&agrave; parl&eacute; &agrave; un Fran&ccedil;ais pr&eacute;occup&eacute;? Non. Un Fran&ccedil;ais n'a pas de soucis. D'ailleurs il se tue &agrave; vous la r&eacute;p&eacute;ter, que vous lui disiez bonjour ou merci, il le dit: "pas de soucis". Et c'est vrai, un Fran&ccedil;ais c'est comme &ccedil;a. Un Fran&ccedil;ais, &ccedil;a n'a ni pr&eacute;occupation, ni probl&egrave;me, ni soucis. Un Fran&ccedil;ais, &ccedil;a vit des choses beaucoup plus graves. Par exemple, des catastrophes.  Quand il arrive quelque chose &agrave; un Fran&ccedil;ais, que ce soit une <a href="http://www.huffingtonpost.fr/2013/03/26/france-espagne-revivez-le-match-meilleur-pire-du-web_n_2956866.html?utm_hp_ref=france" target="_hplink">d&eacute;faite au soccer</a>, un peu <a href="http://quebec.huffingtonpost.ca/2013/01/25/infoman-froid-france_n_2553720.html" target="_hplink">trop de neige un matin</a>, ou une augmentation du prix du lait, c'est une catastrophe. Non, pire, c'est la catastrophe. La cata quoi. Depardieu. Oh putain la cata.<br />
<br />
Depardieu. Le pays s'est arr&ecirc;t&eacute; de vivre <a href="http://quebec.huffingtonpost.ca/tag/gerard-depardieu" target="_hplink">pendant deux mois</a> quand le com&eacute;dien incontinent s'est pouss&eacute; chez Vladimir. Plus un train de circulait, les gens faisaient des provisions. La nation &eacute;tait en p&eacute;ril, le pr&eacute;sident a d&ucirc; intervenir.<br />
<br />
Alors moi je veux bien qu'on se rassure des &eacute;tudes de Madame Senik, mais je note quand m&ecirc;me qu'on est &agrave; un mot de la catastrophe. Qu'il suffit qu'on adopte justement ce mot, influenc&eacute;s sournoisement par nos cousins du Plateau, pour que tout l'emporte sur son passage. On aura l'air fin quand une d&eacute;faite en s&eacute;ries laissera la ville dans le m&ecirc;me d&eacute;sordre que Port-au-Prince. Je te dis pas la cata.<br />
<br />
Tout est grave pour un Fran&ccedil;ais. Du moins c'est notre perception, aliment&eacute;e par son langage et un certain esprit <em>fin-du-mondiste</em> que je laisse aux experts le soin de d&eacute;cortiquer. Bref, il est malheureux.<br />
<br />
Et nous?<br />
<br />
Ben &ccedil;a va, &ccedil;a roule. On prend des coups de b&acirc;tons, on se fait fourrer autant comme autant, mais c'est pas une catastrophe.<br />
<br />
<br />
<strong>VOIR AUSSI</strong><br />
<br />
<HH--236SLIDEEXPAND--237988--HH>]]></content>
    <link href="http://i.huffpost.com/gen/660154/thumbs/s-EIFFEL-TOWER-SUICIDE-mini.jpg" type="image/jpeg" rel="enclosure"/>
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    <title>Remise d'itinéraire</title>
    <link rel="alternate" type="text/html" href="http://quebec.huffingtonpost.ca/savignac/remise-ditineraire_b_2943751.html"/>
    <id>tag:www.huffingtonpost.com,2013:/theblog//3.2943751</id>
    <published>2013-03-24T09:37:18-04:00</published>
    <updated>2013-05-24T05:12:01-04:00</updated>
    <summary><![CDATA[7:40
Départ de mon domicile.

7:40 - 7:45
Marche de 5 minutes vers la station de métro Jean Talon.

7:45
Métro Jean Talon, carte Opus tarif ordinaire, direction Côte Vertu, wagon de tête.]]></summary>
    <author>
        <name>Savignac</name>
        <uri>http://www.huffingtonpost.com/savignac/</uri>
    </author>
    <content type="html" xml:lang="en" xml:base="http://www.huffingtonpost.com/savignac/"><![CDATA[<strong>Lundi 25 mars au vendredi 29 mars:</strong><br />
<br />
7:40<br />
D&eacute;part de mon domicile.<br />
<br />
7:40 - 7:45<br />
Marche de 5 minutes vers la station de m&eacute;tro Jean Talon.<br />
<br />
7:45<br />
M&eacute;tro Jean Talon, carte Opus tarif ordinaire, direction C&ocirc;te Vertu, wagon de t&ecirc;te.<br />
<br />
7:45 - 8:00<br />
Sudoku.<br />
<br />
8:00<br />
Sortie du m&eacute;tro Square Victoria, marche de 3 minutes, direction Viger Ouest, trottoir sud.<br />
<br />
8:03 - 12:00<br />
6&egrave;me &eacute;tage, tour de verre, fichier Excel.<br />
<br />
12:03<br />
Macaroni au fromage, micro-onde de gauche, barre tendre, sudoku.<br />
<br />
13:00 - 17:00<br />
6&egrave;me &eacute;tage, tour de verre, fichier Excel.<br />
<br />
17:00<br />
Marche de 3 minutes vers M&eacute;tro Square Victoria, sur Viger Est, trottoir sud.<br />
<br />
17:03<br />
M&eacute;tro Square Victoria, carte Opus tarif ordinaire, direction Montmorency, wagon de t&ecirc;te.<br />
<br />
17:03 - 18:11<br />
Sudoku.<br />
<br />
18:12<br />
Sortie du m&eacute;tro Jean Talon, direction rue Drolet.<br />
<br />
18:17<br />
Arriv&eacute;e &agrave; mon domicile.<br />
<br />
<strong>Samedi 30 mars:</strong><br />
<br />
12:45<br />
Trajet en v&eacute;hicule (079 LQV) vers le commerce Costo, 2999 Autoroute 440 Ouest, Laval. H7P 5P4.<br />
<br />
16:00<br />
Trajet en v&eacute;hicule (079 LQV) en direction de mon domicile via Pont Papineau.<br />
<br />
16:45<br />
Arriv&eacute;e &agrave; mon domicile.<br />
<br />
<strong>Dimanche 31 mars:</strong><br />
<br />
12:45<br />
Trajet en v&eacute;hicule (079 LQV) vers le centre Carrefour Laval, 3035 boulevard le Carrefour, Laval. H7T 1C8.<br />
<br />
16:00<br />
Trajet en v&eacute;hicule (079 LQV) en direction de mon domicile via Pont Papineau.<br />
<br />
16:45<br />
Arriv&eacute;e &agrave; mon domicile.]]></content>
    <link href="http://i.huffpost.com/gen/613830/thumbs/s-MONTREAL-PROTEST-mini.jpg" type="image/jpeg" rel="enclosure"/>
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<entry>
    <title>Parce que je le vaux bien</title>
    <link rel="alternate" type="text/html" href="http://quebec.huffingtonpost.ca/savignac/parce-que-je-le-vaux-bien_b_2897504.html"/>
    <id>tag:www.huffingtonpost.com,2013:/theblog//3.2897504</id>
    <published>2013-03-17T17:47:00-04:00</published>
    <updated>2013-05-17T05:12:02-04:00</updated>
    <summary><![CDATA[Il fallait l'immaturité de sa jeune vingtaine pour sortir une pareille connerie, et l'opportunisme d'une marque prête à profiter de l'air du temps pour l'endosser. Il s'agissait donc, pour rompre «le fait de plaire aux hommes», de se pomponner et de se mettre jolie? Ah. Il me semble que si j'étais une femme et que je décidais, dans un élan de colère de ne plus satisfaire l'oeil lubrique de l'odieux mâle de la rue, ce serait à grands coups de cernes, de cols roulés, de poils aux pattes, et de repousses grisonnantes.]]></summary>
    <author>
        <name>Savignac</name>
        <uri>http://www.huffingtonpost.com/savignac/</uri>
    </author>
    <content type="html" xml:lang="en" xml:base="http://www.huffingtonpost.com/savignac/"><![CDATA[<em>Because I'm worth it</em>. Le slogan de la firme de ravalement de fa&ccedil;ade a plus de quarante ans, saviez-vous &ccedil;a? Quarante-deux ans exactement qu'une gamine de l'agence <em>McCann Erickson</em> a essay&eacute; de nous faire croire &agrave; un manifeste f&eacute;ministe alors qu'il ne s'agissait que de justifier les prix exorbitants de la marque de cosm&eacute;tiques. Sauf que &ccedil;a a march&eacute;.<br />
<br />
<blockquote>Mon &eacute;tat d'esprit quand j'ai &eacute;crit ce slogan? J'&eacute;tais r&eacute;volt&eacute;e par la vision traditionnelle de la femme v&eacute;hicul&eacute;e par les pubs, et je refusais d'&eacute;crire un &eacute;ni&egrave;me spot sur le fait de plaire aux hommes. J'ai simplement pens&eacute;: Allez vous faire foutre. Et j'ai r&eacute;dig&eacute; le texte en cinq minutes. J'&eacute;tais en col&egrave;re et c'&eacute;tait tr&egrave;s personnel.</blockquote><br />
<br />
Il fallait l'immaturit&eacute; de sa jeune vingtaine pour sortir une pareille connerie, et l'opportunisme d'une marque pr&ecirc;te &agrave; profiter de l'air du temps pour l'endosser. Il s'agissait donc, pour rompre &laquo;le fait de plaire aux hommes&raquo;, de se pomponner et de se mettre jolie? Ah. Il me semble que si j'&eacute;tais une femme et que je d&eacute;cidais, dans un &eacute;lan de col&egrave;re - allez vous faire foutre - de ne plus satisfaire l'oeil lubrique de l'odieux m&acirc;le de la rue, ce serait &agrave; grands coups de cernes, de cols roul&eacute;s, de poils aux pattes, et de repousses grisonnantes que j'atteindrais mon but, le temps de le dire.<br />
<br />
Acceptons donc simplement que cette d&eacute;pendance &agrave; la s&eacute;duction qui justifie tout ce fard est, comme dit mon ami Gareau, une faiblesse bien injuste, identique en tous points &agrave; celle qui, quelque soit notre niveau d'&eacute;ducation et de biens&eacute;ance, d&eacute;place irr&eacute;m&eacute;diablement &agrave; votre passage, nos yeux vers vos derri&egrave;res.<br />
<br />
<em>Parce que je le vaux bien</em>. Outre le slogan et les petites taquineries ci-dessus, c'est cette notion de m&eacute;rite - je le vaux bien - qui me fait souvent sursauter, parce que l'id&eacute;e a fait son chemin, bien au del&agrave; de la beaut&eacute; f&eacute;minine, et qu'elle s'est impos&eacute;e comme autant de justifications &agrave; nombre de nos &eacute;tats d'&acirc;me.<br />
<br />
Comme le v&ocirc;tre j'imagine, mon fil Facebook est plein de tous ces m&eacute;rites, plein de tous ces <em>je le vaux bien</em>. Du petite verre de vin du vendredi soir au s&eacute;jour annonc&eacute; au ski, de l'achat d&eacute;raisonnable et superflu aux vacances dans le sud qui s'en viennent, que de plaisirs ainsi sertis du sceau du m&eacute;rite.<br />
<br />
Notre &eacute;poque nous invite &agrave; nous f&eacute;liciter avec un peu trop d'aisance. La v&eacute;rit&eacute; c'est que nous sommes bien n&eacute;s. Au bon moment, au bon endroit, et que nous en avons de moins en moins conscience. &Eacute;videmment il ne s'agit pas de le d&eacute;plorer ni de s'inventer une quelconque culpabilit&eacute;, qui serait par ailleurs bien inutile.<br />
<br />
Cependant, alors qu'ailleurs d'aucuns creusent des terres arides sans fin pour trois haricots, et que ce n'est pas parce qu'ils le valent bien, il est de la d&eacute;cence, je crois, de reconsid&eacute;rer nos m&eacute;rites, de se rappeler du privil&egrave;ge, de la chance inou&iuml;e d'&ecirc;tre juste n&eacute; ici.]]></content>
    <link href="http://i.huffpost.com/gen/723651/thumbs/s-LOREAL-mini.jpg" type="image/jpeg" rel="enclosure"/>
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<entry>
    <title>iPhone 5</title>
    <link rel="alternate" type="text/html" href="http://quebec.huffingtonpost.ca/savignac/iphone-5_b_2866182.html"/>
    <id>tag:www.huffingtonpost.com,2013:/theblog//3.2866182</id>
    <published>2013-03-13T10:01:16-04:00</published>
    <updated>2013-05-13T05:12:01-04:00</updated>
    <summary><![CDATA[Avec l'ami Martin, on en a vidé des pichets tièdes à refaire le monde. Au cours de nos soirées sans fin, nous avions trois projets: être aimé des femmes sans abandonner notre pilosité, donner un sens à notre vie, puis communiquer le tout à l'humanité. Le premier est toujours en chantier, mais nous avons trouvé comment donner un sens à notre vie. 

Bon, on n'est pas complètement certain que l'idée soit neuve, mais comme on l'a eue à la bière, et sans Google, on se l'attribue.]]></summary>
    <author>
        <name>Savignac</name>
        <uri>http://www.huffingtonpost.com/savignac/</uri>
    </author>
    <content type="html" xml:lang="en" xml:base="http://www.huffingtonpost.com/savignac/"><![CDATA[La pluie &eacute;tait fourbe aujourd'hui. Une esp&egrave;ce de bruine de mars, londonienne et invisible, juste assez salope pour te faire oublier ton parapluie. Je propose d'ailleurs qu'on l'ajoute aux saisons, elle nous emmerde assez pour qu'on l'ignore. D&eacute;sormais donc, l'ann&eacute;e se d&eacute;roulera comme suit: l'hiver, la salope anglaise, le printemps, l'&eacute;t&eacute;, l'automne.<br />
<br />
Je l'aime bien Fred, il est fragile et passionn&eacute;. Le temps lui joue des tours, il a le cheveu grisonnant, mais ses joues ont dix ans, et s&ucirc;rement pour toujours. Il travaille, une <em>job steady</em>. Pas la grosse affaire, mais assez pour le faire arriver, et quelques miettes pour le faire r&ecirc;ver. Lui, c'est la musique. Avec le temps, il s'est bien &eacute;quip&eacute;. C'est un sensible, un artiste.<br />
<br />
Avec l'ami Martin, on en a vid&eacute; des pichets ti&egrave;des &agrave; refaire le monde. &Ccedil;a a &eacute;t&eacute; utile. Au cours de nos soir&eacute;es sans fin, nous avions trois projets: &ecirc;tre aim&eacute; des femmes sans abandonner notre pilosit&eacute;, donner un sens &agrave; notre vie, puis communiquer le tout &agrave; l'humanit&eacute;. Le premier est toujours en chantier, mais nous avons toutefois trouv&eacute; comment donner un sens &agrave; notre vie, ce qui en soi n'est pas une mince affaire. Bon, on n'est pas compl&egrave;tement certain que l'id&eacute;e soit neuve, mais comme on l'a eue &agrave; la bi&egrave;re, et sans Google, on se l'attribue. Et si notre premi&egrave;re &eacute;nigme reste &agrave; r&eacute;soudre, voici, en attendant, le fruit de nos recherches sur les myst&egrave;res de l'existence.<br />
<br />
Au cours de nos beuveries, nous avons vite identifi&eacute; que faire du ski, prendre une hypoth&egrave;que, boire des ap&eacute;ros, regarder <em>La Voix</em>, travailler cinq jours par semaine, changer de divan, lire Richard Martineau, encourager le Canadien, partir dans le Sud, r&eacute;nover la salle de bain, avoir un micro-ondes, re-changer de divan, &eacute;couter le 98.5 FM et f&ecirc;ter la Saint-Valentin c'&eacute;tait bien, mais insuffisant.<br />
<br />
Pour arriver &agrave; cette conclusion, des plus &eacute;videntes, des plus s&eacute;rieuses. Pour ne pas laisser la Terre dans l'&eacute;tat exact dans lequel nous l'avons trouv&eacute;e, ce qui rendrait notre passage ici absurde et inutile, seuls deux chemins s'illuminent: nous reproduire, ou cr&eacute;er une oeuvre d'art; deux gestes qui nous survivront. Dans l'hypoth&egrave;se o&ugrave; ni l'un ni l'autre n'aboutiraient, sauver une vie s'av&egrave;re une alternative de choix, car comme il &eacute;tait &eacute;crit sur la bague de Schindler, qui sauve une vie sauve l'humanit&eacute; tout enti&egrave;re.<br />
<br />
Se reproduire. Une petite saillie, m&ecirc;me triste, m&ecirc;me sans cris, suffit &agrave; justifier notre pr&eacute;sence ici, et &agrave; l'apaiser. &Agrave; notre m&eacute;diocrit&eacute; survivra peut-&ecirc;tre le miracle. Ou non. Et peu importe. L'enfant en pleurs devant notre cadavre, m&ecirc;me s'il n'&eacute;crira pas Guerre et Paix, &eacute;clairera notre passage.<br />
<br />
L'art est plus difficile. Cadeau divin, mais empoisonn&eacute;, il peut nous survivre, mais il nous m&egrave;nera la vie dure. Si la joie de voir na&icirc;tre l'enfant est imm&eacute;diate, sublime, et r&egrave;gle une fois pour toutes notre angoisse de l'existence, celle de l'artiste est rare et souvent am&egrave;re.<br />
<br />
Parce que l'art est d&eacute;sormais risible, et que c'est la faillite de notre humanit&eacute;. Le temps est au comparable, le temps est &agrave; l'efficace, le temps est &agrave; l'argent. Il faut rapporter pour exister. Surtout ne pas co&ucirc;ter. Les artistes, les rats, les subventionn&eacute;s. Si tout va bien, ils devraient disparaitre bient&ocirc;t, &Eacute;ric.<br />
<br />
Fred, le fragile, le passionn&eacute;, il n'aura pas d'enfant. En d&eacute;pit de ses joues neuves, je vois bien que ses cheveux gris l'&eacute;loignent de &ccedil;a. Lui, c'est la musique. Avec le temps, il s'est bien &eacute;quip&eacute;. C'est un artiste, un sensible. Mais attention, il a une <em>job, steady</em>. Une bonne job, qui l'occupe toute la semaine. Un artiste, un artiste qui ne co&ucirc;te rien, comme tu les aimes, &Eacute;ric.<br />
<br />
J'ai vu Fred tant&ocirc;t, il d&eacute;goulinait. Il venait de traverser la ville sous la pluie fourbe, la petite salope anglaise, celle qu'on n'accepte qu'avec une crisse de bonne raison. Ses yeux brillaient comme rarement, son sourire &eacute;tait inhabituel. J'ai pens&eacute; qu'il venait dans l'embrun m'annoncer une m&eacute;lodie rare, un refrain parfait, quelque chose pour la suite.<br />
<br />
Non. Il revenait du magasin. Il avait travers&eacute; la ville, sans parapluie, pour le nouvel iPhone 5.<br />
<br />
Il s'en vient &Eacute;ric, il s'en vient. Il s'en vient ton monde sans lendemain.<br />
<br />
<strong>VOIR AUSSI</strong><br />
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    <title>La liseuse</title>
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    <published>2013-03-05T16:01:07-05:00</published>
    <updated>2013-05-05T05:12:01-04:00</updated>
    <summary><![CDATA[Il n'y a que deux choses à faire dans le métro: lire et tomber amoureux. Les deux me sont incompatibles, car je perds la concentration dès qu'un sein s'écrase sur mon omoplate. Je l'imagine parfait, décorant de l'avant la plus douce de toutes. Pas besoin de me retourner, je sais que c'est Vénus. Alors je l'aime pour trois stations, comme on aime une fille déjà prise; en silence et avec mélancolie. Quand les portes s'ouvrent et que le sportif sort, je souris à son sac à dos et je reprends ma lecture.]]></summary>
    <author>
        <name>Savignac</name>
        <uri>http://www.huffingtonpost.com/savignac/</uri>
    </author>
    <content type="html" xml:lang="en" xml:base="http://www.huffingtonpost.com/savignac/"><![CDATA[Il n'y a que deux choses &agrave; faire dans le m&eacute;tro: lire et tomber amoureux. Les deux me sont incompatibles, car je perds la concentration d&egrave;s qu'un sein s'&eacute;crase sur mon omoplate. Je l'imagine parfait, d&eacute;corant de l'avant la plus douce de toutes. Pas besoin de me retourner, je sais que c'est V&eacute;nus. Alors je l'aime pour trois stations, comme on aime une fille d&eacute;j&agrave; prise; en silence et avec m&eacute;lancolie. Quand les portes s'ouvrent et que le sportif sort, je souris &agrave; son sac &agrave; dos et je reprends ma lecture.<br />
<br />
Quand ce n'est pas d'un sein imaginaire, je tombe amoureux d'une lectrice. Celle-l&agrave; qui lit Kundera ne peut &ecirc;tre que merveilleuse, et si jamais elle rel&egrave;ve la t&ecirc;te et s'aper&ccedil;oit que je lis Kerouac, c'est parti, c'est le frein d'arr&ecirc;t d'urgence, la lumi&egrave;re au bout du tunnel, des confettis partout, une &eacute;treinte sur la route de Berri-Uqam.<br />
<br />
Si le sportif repr&eacute;sente un obstacle &agrave; mes r&ecirc;ves souterrains, il en est un autre, bien plus nuisible: la liseuse num&eacute;rique. Mille livres dans une poche, mais plus une seule pochette &agrave; voir. Que lis-tu? Le gadget &eacute;lectronique n'est donc plus l'apanage du m&acirc;le Nintendo? D&eacute;j&agrave; que l'hiver et ses gros cotons me privent de toi une interminable moiti&eacute; de ma vie, pourquoi faut-il que la seule couverture que j'aimais, celle qui me parlait encore de toi, celle de ton livre, disparaisse? V&eacute;nus, qu'est-ce que tu fous, tu ne rel&egrave;ves m&ecirc;me plus la t&ecirc;te?<br />
<br />
Je le sais ce que tu fais. Je sais pourquoi tu ne partages plus tes lectures, j'ai bien compris. Tu n'es pas soudainement tomb&eacute;e en amour avec une Gameboy, ne me raconte pas d'histoires. La couverture que tu caches, c'est un noeud de cravate en gros plan, n'est-ce pas? On faisait pareil au coll&egrave;ge, on mettait un Playboy dans le livre de maths.<br />
<br />
Des si&egrave;cles d'erreurs &agrave; chercher les cinquante nuances qui devaient mener jusqu'&agrave; toi, des nuits blanches &agrave; imaginer les lunes &agrave; te d&eacute;crocher, pour finalement te perdre dans les mains d'un qui t'attache? Les amours du m&eacute;tro sont mortes. Toutes les V&eacute;nus de la ville effleurent &agrave; peine le bouton de leur appareil et tournent les pages de ce livre sans visage qui se lit en cachette et d'une seule main.<br />
<br />
Quand un incident cause un ralentissement de service sur la ligne orange en direction C&ocirc;te Vertu, et que d'autres messages suivront, hier tu pestais, aujourd'hui tu souris et tu remercies le suicid&eacute; de t'offrir quelques chapitres suppl&eacute;mentaires, tandis qu'il vient de clore son dernier.<br />
<br />
Reprendre Kerouac.<br />
<br />
Lire, privil&egrave;ge ultime du transport&eacute; en commun dans la fosse commune de nos solitudes.<br />
<br />
<br />
<br />
<br />
<strong>&Agrave; VOIR AUSSI</strong><br />
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    <title>Début de sa &quot;tournée de la victoire&quot;, Yoani Sánchez quitte Cuba</title>
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    <published>2013-02-17T13:45:40-05:00</published>
    <updated>2013-04-19T05:12:02-04:00</updated>
    <summary><![CDATA[Après cinq ans de lutte et plus de vingt refus du régime castriste, Yoani Sánchez quitte enfin Cuba aujourd'hui, pour une "tournée de la victoire" qui l'emmènera vers au moins douze pays pendant trois mois, tournée pendant laquelle elle pourra enfin recevoir les différents prix littéraires qui ont honoré son combat.]]></summary>
    <author>
        <name>Savignac</name>
        <uri>http://www.huffingtonpost.com/savignac/</uri>
    </author>
    <content type="html" xml:lang="en" xml:base="http://www.huffingtonpost.com/savignac/"><![CDATA[<img alt="2013-02-17-yoani_douanes.jpg" src="http://images.huffingtonpost.com/2013-02-17-yoani_douanes.jpg" width="620" height="465" /><br />
<br />
Apr&egrave;s cinq ans de lutte et plus de vingt refus du r&eacute;gime castriste, Yoani S&aacute;nchez quitte enfin Cuba aujourd'hui, pour une "tourn&eacute;e de la victoire" qui l'emm&egrave;nera vers au moins douze pays pendant trois mois, tourn&eacute;e pendant laquelle elle pourra enfin recevoir les diff&eacute;rents prix litt&eacute;raires qui ont honor&eacute; son combat.<br />
<br />
En octobre dernier, &agrave; la suite de l'annonce par le gouvernement cubain de l'assouplissement des r&egrave;gles de sortie du pays, je me demandais si nous allions vraiment revoir Yoani. C'est une bonne nouvelle pour la blogueuse dissidente, mais c'est aussi une bonne nouvelle pour la libert&eacute; d'expression &agrave; Cuba.<br />
<br />
Ma chronique du 16 octobre dernier:<br />
<br />
<blockquote><strong>Revoir Yoani S&aacute;nchez</strong><br />
<br />
Mardi, Cuba a annonc&eacute; une tr&egrave;s attendue r&eacute;forme migratoire qui comprend l'abolition du permis de sortie obligatoire, ce qui signifie que d&eacute;sormais, th&eacute;oriquement, un simple passeport devrait &ecirc;tre suffisant aux Cubains pour se rendre &agrave; l'&eacute;tranger. La mesure doit entrer en vigueur le 14 janvier 2013.<br />
<br />
Je pense &agrave; Yoani S&aacute;nchez, la blogueuse dissidente cubaine qui, depuis 2007, au p&eacute;ril de sa libert&eacute;, d&eacute;nonce le r&eacute;gime castriste sur son blogue Generaci&ograve;n Y. On retrouve aussi l'essentiel de ses textes &eacute;crits de 2007 &agrave; d&eacute;but 2010 dans son livre Cuba Libre. Pour le courage de son action dissidente et la force documentaire de ses r&eacute;cits, Yoani a &eacute;t&eacute; nomm&eacute;e parmi les cent personnalit&eacute;s les plus influentes au monde par le magazine Times en 2008, et elle a obtenu de nombreux prix et distinctions qu'elle n'a jamais pu venir recevoir, essuyant plus de vingt refus &agrave; ce jour &agrave; ses demande de sortie du territoire cubain.<br />
<br />
Ce matin, Yoani S&aacute;nchez r&eacute;agissait sur Twitter (&agrave; l'aide d'un SMS envoy&eacute; vers un num&eacute;ro international depuis son t&eacute;l&eacute;phone portable): &laquo;Mes amis me disent de ne pas me faire d'illusion, que je suis sur la "liste noire", mais j'essaierai&raquo;.<br />
<br />
L'annonce de cette r&eacute;forme peut sembler une bonne nouvelle, mais au pays o&ugrave; le salaire mensuel oscille entre trente et cinquante dollars, et o&ugrave; il faut trois mois de salaire pour se payer un ouvre-bo&icirc;te, cette nouvelle &laquo;libert&eacute;&raquo; risque de demeurer bien th&eacute;orique pour la majeure partie des Cubains. Par ailleurs, la r&eacute;forme s'accompagne d'obscures restrictions d'attribution des passeports telles que &laquo;des raisons de d&eacute;fense et de s&eacute;curit&eacute; nationale&raquo;.<br />
<br />
On comprend alors la m&eacute;fiance de Yoani, famili&egrave;re de l'hypocrisie du pouvoir, mais surtout consciente d'&ecirc;tre toujours dans sa ligne de mire. Conscience toute fond&eacute;e puisque le 4 octobre dernier, il y a donc moins de deux semaines, elle &eacute;tait arr&ecirc;t&eacute;e &agrave; Bayamo par la police cubaine au cours d'une intervention d'intimidation, alors qu'elle s'appr&ecirc;tait &agrave; assister &agrave; un proc&egrave;s pour lequel elle voulait faire une couverture journalistique. Elle fut finalement transf&eacute;r&eacute;e &agrave; La Havane, puis lib&eacute;r&eacute;e le surlendemain. Yoani a publi&eacute; le r&eacute;cit de sa d&eacute;tention sur le Huffington Post la semaine derni&egrave;re.<br />
<br />
En pr&eacute;ambule de Cuba Libre, Yoani S&aacute;nchez nous disait: &laquo;Chaque personne qui me lit me prot&egrave;ge&raquo;.<br />
<br />
En 2010, dans une de ses chroniques, elle raconte qu'un de ses amis dissidents a dans son t&eacute;l&eacute;phone, dans le r&eacute;pertoire des brouillons, &laquo;pour le prot&eacute;ger des ombres qui l'attendaient en bas de chez moi&raquo;, un SMS d&eacute;j&agrave; r&eacute;dig&eacute; afin d'avertir en cas d'arrestation. J'ai remont&eacute; le fil Twitter de Yoani S&aacute;nchez jusqu'au d&eacute;but d'octobre, et le 4, je n'ai pas vu de message d'elle signalant son arrestation. Elle n'en a sans doute pas eu le temps.<br />
<br />
En lisant Cuba Libre, j'ai compris que le r&eacute;gime de Castro r&eacute;forme avec lenteur et cynisme. S'il faut prendre acte des avanc&eacute;es qu'on nous communique, il faut surtout tenter d'en mesurer la part d'illusion, et l'arrestation r&eacute;cente de la blogueuse t&eacute;moigne qu'au del&agrave; de ces annonces au monde, la libert&eacute; d'opinion demeure confisqu&eacute;e &agrave; Cuba. Aussi nous devons continuer &agrave; faire part de beaucoup de vigilance et &agrave; ne pas nous laisser endormir par les signaux faibles envoy&eacute;s par le r&eacute;gime de Raul Castro. En attendant que les actes se conforment aux promesses, pour revoir Yoani, continuons sans rel&acirc;che de la lire, et donc de la prot&eacute;ger.</blockquote>]]></content>
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    <title>Gloire à toi, barbu du Plateau</title>
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    <published>2013-02-13T11:15:16-05:00</published>
    <updated>2013-04-15T05:12:01-04:00</updated>
    <summary><![CDATA[Des barbus. J'en avais bien croisés quelques-uns sur le Plateau, ou aux abords des agences de pub, munis d'une chemise à carreaux, d'une fille à toupet et des lunettes d'Elvis Costello, mais j'étais loin de m'imaginer que c'était une génération tout entière qui était en train, sous mes yeux sans voix, de se rebûcheronner l'élégance. 

Barbu du Plateau, grâce à toi, notre tête se redresse, les toupets vont s'allonger, et les filles vont redevenir jolies.]]></summary>
    <author>
        <name>Savignac</name>
        <uri>http://www.huffingtonpost.com/savignac/</uri>
    </author>
    <content type="html" xml:lang="en" xml:base="http://www.huffingtonpost.com/savignac/"><![CDATA[J'&eacute;tais vendredi dernier &agrave; l'&eacute;glise Saint-Jean-Baptiste &agrave; Montr&eacute;al au spectacle tant attendu d'<a href="http://quebec.huffingtonpost.ca/2013/02/09/avec-pas-dcasque-philippe-b_n_2653354.html" target="_hplink">Avec pas d'casque et de Philippe B</a>. Moi non plus je n'avais pas d'casque, et apr&egrave;s m'&ecirc;tre gel&eacute; les oreilles et les joyeuses pendant pr&egrave;s d'une heure dans un vent glacial, moi qui croyais que les &eacute;glises accueillaient jour et nuit l'humanit&eacute; tout enti&egrave;re quelque soit sa condition, j'ai cependant pass&eacute; une agr&eacute;able soir&eacute;e, que vous me permettrez de ne pas vous raconter, vous n'aviez qu'&agrave; y aller. Par contre, je veux bien vous parler du monde que j'y ai vu l&agrave;.<br />
<br />
D'abord, j'ai fait pipi avec Pierre Lapointe, &agrave; l'entracte, au sous-sol. Quel homme accessible.<br />
<br />
Sur le chemin du retour, tandis que Chouchou, dans le blizzard, me faisait part des &eacute;motions po&eacute;tico-mystiques qui l'avaient p&eacute;n&eacute;tr&eacute;e jusqu'&agrave; l'intime et &agrave; deux doigts du sacr&eacute;, j'&eacute;coutais d'une oreille distraite et les narines coll&eacute;es, ne pensant qu'&agrave; mon statut Facebook o&ugrave; j'allais raconter cette minute unique &agrave; l'urinoir, deux par deux rassembl&eacute;s.<br />
<br />
Alors que j'aurais d&ucirc; n'avoir en t&ecirc;te que les refrains m&eacute;lodieux et m&eacute;lancoliques d'<em>Astronomie</em>, je me surprenais &agrave; fredonner <em>Le lion imberbe</em> en attendant le m&eacute;tro. Et c'est &agrave; ce moment-l&agrave; que j'ai chang&eacute; d'id&eacute;e. Je ne raconterais pas mon aventure urino-eccl&eacute;siastique sur Facebook, mais plut&ocirc;t ce ph&eacute;nom&egrave;ne &eacute;trange que j'avais observ&eacute; plus t&ocirc;t, et &ccedil;a donnerait ce statut, lumineux, vous me connaissez:<br />
<br />
<blockquote>&Agrave; l'&eacute;glise St-Jean Baptiste, au spectacle de Avec pas d'casque, il n'y avait que moi et Pierre Lapointe avec pas de barbe.</blockquote><br />
<br />
C'&eacute;tait d'une douce subtilit&eacute;, c'&eacute;tait moins g&ecirc;nant pour le chanteur, mais surtout c'&eacute;tait vrai. 1 500 personnes &eacute;taient venues applaudir les artistes, et cette foule sympathique &eacute;tait exactement compos&eacute;e comme ceci: sept-cent-cinquante filles avec le toupet tr&egrave;s court et tr&egrave;s droit, et sept-cent-cinquante barbus, enfin sept-cent-quarante-huit puisque Pierrot et moi &eacute;tions les deux seuls lions imberbes de la chapelle. Barbus, lions imberbes, Pierre Lapointe, &ccedil;a va? Je fais de gros efforts pour que tout cela se recoupe et pour faciliter votre compr&eacute;hension, j'esp&egrave;re que vous l'appr&eacute;ciez.<br />
<br />
Des barbus. J'en avais bien crois&eacute;s quelques-uns sur le Plateau, ou aux abords des agences de pub, munis d'une chemise &agrave; carreaux, d'une fille &agrave; toupet et des lunettes d'Elvis Costello, mais j'&eacute;tais loin de m'imaginer que c'&eacute;tait une g&eacute;n&eacute;ration tout enti&egrave;re qui &eacute;tait en train, sous mes yeux sans voix, de se reb&ucirc;cheronner l'&eacute;l&eacute;gance.<br />
<br />
Mais ne croyez pas que &ccedil;a m'a d&eacute;rang&eacute;, bien au contraire. C'est m&ecirc;me avec un regard tendre et envieux, moi qui viens de heurter la quarantaine contre mon gr&eacute;, que j'ai regard&eacute; d&eacute;filer dans l'&eacute;glise cette nouvelle race d'hommes que je n'attendais plus.<br />
<br />
Ma g&eacute;n&eacute;ration, d&eacute;balanc&eacute;e par nos tantes, avait vu na&icirc;tre de bien curieuses cr&eacute;atures, peu flatteuses, en qu&ecirc;te d'accommodements, et pour tout dire assez ridicules. Et si nos tantes en &eacute;taient fi&egrave;res, nous cousines &eacute;taient bien d&eacute;courag&eacute;es, &agrave; s'en saccager le toupet. Les plus virils &eacute;taient devenus des machos inf&acirc;mes, les plus sensibles manquaient cruellement de virilit&eacute;, et les plus intelligents &eacute;taient forc&eacute;ment puceaux et boutonneux. <br />
<br />
Apr&egrave;s quatre trop longues d&eacute;cennies &agrave; se demander, jour et nuit, comment passer l'aspirateur tout en ayant l'air de David Beckham et Mathieu Bock-C&ocirc;t&eacute; r&eacute;unis, la lumi&egrave;re est enfin apparue, ce vendredi soir l&agrave;, en l'&eacute;glise Saint-Jean-Baptiste de Montr&eacute;al, irisant le sourire assum&eacute; et velu du sauveur carott&eacute;.<br />
<br />
Barbu du Plateau, beau, jeune, intelligent, sensible, cultiv&eacute; et &agrave; la virilit&eacute; enfin retrouv&eacute;e, je veux te dire merci. Tu mets fin &agrave; quarante ann&eacute;es de disgr&acirc;ce, d'errements, de honte... Mon esp&egrave;ce a souffert, mais gr&acirc;ce &agrave; toi, notre t&ecirc;te se redresse, les toupets vont s'allonger, et les filles vont redevenir jolies.<br />
<br />
<HH--236SLIDEEXPAND--279817--HH>]]></content>
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    <title>Tout inclus cette année encore?</title>
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    <id>tag:www.huffingtonpost.com,2013:/theblog//3.2642809</id>
    <published>2013-02-08T00:33:40-05:00</published>
    <updated>2013-04-09T05:12:01-04:00</updated>
    <summary><![CDATA[Parce que le froid et la neige commencent franchement à nous épuiser et qu'un petit tour au soleil serait plus que bienvenu, mais surtout pour saluer le premier anniversaire du Huffington Post Québec, voici le premier texte que j'ai publié ici l'an dernier. Bon voyage!]]></summary>
    <author>
        <name>Savignac</name>
        <uri>http://www.huffingtonpost.com/savignac/</uri>
    </author>
    <content type="html" xml:lang="en" xml:base="http://www.huffingtonpost.com/savignac/"><![CDATA[Parce que le froid et la neige commencent franchement &agrave; nous &eacute;puiser et qu'un petit tour au soleil serait plus que bienvenu, mais surtout pour saluer le premier anniversaire du <em>Huffington Post Qu&eacute;bec</em>, voici le premier texte que j'ai publi&eacute; ici l'an dernier. Bon voyage!<br />
<br />
<blockquote>Un pays pauvre mais chaud, le bikini frais fait, des crayons du Dollarama pour la femme de chambre, le Termos de dix litres, tout ventre dehors: mille dollars, tout-inclus. Tout. Le s&eacute;jour tout-inclus est un voyage dans le temps. Gr&acirc;ce &agrave; R&eacute;gression Airlines, retour au temps chaud, humide et perdu de notre petite enfance.<br />
<br />
Le vrai objet du voyage, c'est la d&eacute;-responsabilisation, au sens psychanalytique du terme. Pendant une semaine, le vacancier va abandonner tout ce qui caract&eacute;rise sa vie d'adulte: il ne travaillera pas, on le transportera, on fera son lit, on le fera jouer, son d&eacute;jeuner sera pr&ecirc;t, toujours pr&ecirc;t. Comme le nouveau n&eacute;, il est identifi&eacute; par un petit bracelet de couleur. Il n'aura d'horaire autre que celui de ses d&eacute;sirs primitifs.<br />
<br />
Ses d&eacute;sirs de bouche d'abord. La t&eacute;t&eacute;e est au coeur de la vie de notre nourrisson baln&eacute;aire. C'est le stade oral. Pendant sa semaine chaude, il trottine un biberon &agrave; la main en permanence. En sept jours, il boit plus que son corps n'en r&eacute;clame. Comme quand il avait cinq mois, sa bouche est redevenue &eacute;rog&egrave;ne: il t&egrave;te. Son sein est le bar, arrondi.<br />
<br />
Tr&egrave;s vite, l'angoisse du huiti&egrave;me mois. &Agrave; l'instar du nourrisson, les visages familiers lui d&eacute;clenchent de beaux sourires, et les visages &eacute;trangers des r&eacute;actions de m&eacute;fiance. Aussi, il &eacute;vitera de sortir de son h&ocirc;tel, au risque de croiser des indig&egrave;nes hostiles, et il restera tout pr&egrave;s du bar (le sein), certain d'y retrouver ses semblables, voire son voisin. Au besoin, il demandera au serveur de mettre la t&eacute;l&eacute;vision au 32. Sur TVA.<br />
<br />
Le nourrisson bronz&eacute; vit aussi, comme tous les nourrissons, ce qu'on appelle le clivage de l'objet. L'objet vis&eacute; par les pulsions primaires (la m&egrave;re, le lait, le sein) est divis&eacute; en deux parties: une bonne et une mauvaise. Par exemple, le clivage entre le bon lait et le mauvais lait, qui construira plus tard la symbolique de l'&eacute;lixir et du poison, fait que notre r&eacute;sident en couches aura une forte propension &agrave; d&eacute;nigrer le buffet de l'h&ocirc;tel.<br />
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Enfin, tout au long de son s&eacute;jour, le r&eacute;gress&eacute; estival aura &agrave; coeur de marquer son affirmation de soi. C'est le stade anal. Dans la n&eacute;cessit&eacute; d'affirmer sa toute puissance dans une relation ambivalente d'amour-haine, l'enfant d&eacute;cide de donner ou de ne pas donner ses mati&egrave;res f&eacute;cales. Le visiteur en gougounes en fait autant, avec le pourboire. La r&eacute;tention anale est l'arme de pouvoir absolue dans les mers du sud.<br />
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Le dernier jour de son voyage, sur le chemin du retour, le d&eacute;g&eacute;n&eacute;r&eacute; rassasi&eacute; retrouve peu &agrave; peu son autonomie, voire le langage. Toutefois cette phase peut-&ecirc;tre plus ou moins progressive, et il n'est pas rare de le retrouver &agrave; Dorval, par moins dix degr&eacute;s, en shorts, le cul en l'air, en train de chercher les cl&eacute;s de sa voiture dans le fond de sa valise. &Agrave; ce moment l&agrave;, le sacre constitue le premier retour au langage normatif. Dans cette ultime &eacute;tape de re-responsabilisation, il est donc &agrave; noter que l'&eacute;l&eacute;gance n'est pas la facult&eacute; qui se r&eacute;cup&egrave;re la plus vite. Et selon plusieurs observations, dans de nombreux cas, elle ne se r&eacute;cup&egrave;re jamais.</blockquote><br />
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    <title>Bobos</title>
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    <published>2013-02-03T15:45:53-05:00</published>
    <updated>2013-04-05T05:12:01-04:00</updated>
    <summary><![CDATA[Trop d'indignation tue l'indignation. Être de gauche n'est pas un métier, c'est une pensée collective, de plus en plus difficile à articuler tant le propos de la droite populaire est séduisant de simplicité réconfortante. La course au profit s'accélère et un monde inquiétant l'accompagne. Les forces de l'argent glorifient l'individu chaque jour un peu plus, et laissent toujours plus de monde sur le bord de la route. Le temps est à la vigilance, et seul un propos crédible pourra être entendu.]]></summary>
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        <name>Savignac</name>
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    <content type="html" xml:lang="en" xml:base="http://www.huffingtonpost.com/savignac/"><![CDATA[Bonjour, je suis de gauche. J'aime me pr&eacute;senter comme &ccedil;a quand je rencontre quelqu'un, d'abord parce qu'il faut bien dire quelque chose, et puis dire "enchant&eacute;" me parait fortement pr&eacute;matur&eacute;. &Ccedil;a me prend beaucoup plus qu'un nouveau visage et une poign&eacute;e de main pour que j'atteigne l'enchantement; j'ai l'enchantement exigeant, j'ai le sourire dispendieux, je suis une joie &agrave; conqu&eacute;rir. Et puis surtout c'est vrai, je suis de gauche. Pas par fantaisie, pas par opportunisme, mais parce que je n'ai pas encore trouv&eacute; mieux.<br />
<br />
J'ai tent&eacute; quelques exp&eacute;riences, de l'autre bord de mes convictions, mais sans succ&egrave;s. Je me suis associ&eacute; bri&egrave;vement aux pr&eacute;occupations de mes patrons, j'ai &eacute;valu&eacute; les vertus de l'ordre, du m&eacute;rite et de la tradition, j'ai essay&eacute; de faire fructifier mon argent parce que je le vaux bien, j'ai caress&eacute; l'id&eacute;e du luxe et favoris&eacute; mon moi, je me suis r&eacute;duit l'empathie et j'ai arr&ecirc;t&eacute; d'acheter l'Itin&eacute;raire, et je suis m&ecirc;me all&eacute; au spa. En vain. Je suis de gauche comme deux et deux font quatre mais pas tout le temps, je suis de gauche parce que je crois aux forces de l'inutile, je suis de gauche parce que mes r&ecirc;ves ne sont pas sur les tablettes chez Walmart.<br />
<br />
J'ai dans mon entourage de vraies personnalit&eacute;s de gauche, tr&egrave;s complexantes. &Agrave; c&ocirc;t&eacute;, je l'avoue, je ne suis qu'une merde, un gauchiste &agrave; temps partiel, un Che Guevara du dimanche. Occupy Wall Street, Printemps &Eacute;rable, Idle no more, Communauto, Commensal, Pierre Lapointe, commerce de proximit&eacute;, v&eacute;lo d'hiver, 1%, Les Inrockuptibles, la pollution, le Mont-Royal, la for&ecirc;t amazonienne, le Bixi, le Tibet, le gaz de Schiste, la guerre, Jorane, la marche &agrave; pied, la po&eacute;sie ... ils sont de gauche, jour et nuit, m&ecirc;me le vendredi soir, m&ecirc;me &agrave; No&euml;l.<br />
<br />
Pour quiconque a d&eacute;j&agrave; eu la chance inou&iuml;e et aujourd'hui encore sous-estim&eacute;e de me lire ici ou ailleurs, d'aucuns diront que j'ai, plus souvent qu'&agrave; mon tour, embrass&eacute; tant&ocirc;t l'une de ces causes, tant&ocirc;t l'autre de ces col&egrave;res, et que je me trouve bien mal plac&eacute; tout d'un coup. Ce &agrave; quoi je vous r&eacute;pondrai: vous avez raison. Mais j'essaie de varier les plaisirs.<br />
<br />
Oui il y a un lien id&eacute;ologique entre le Tibet, les frais de scolarit&eacute;, et le Bixi. Oui, sans aucun doute. Mais faut-il mettre tout cela dans la m&ecirc;me bouche, dans la m&ecirc;me id&eacute;e, toujours, tout le temps?<br />
<br />
Les gens de gauche nous nuisent, &agrave; nous, gens de gauche. Comme le plaisir devient douleur quand il a par trop longtemps dur&eacute;, l'indignation fait long feu quand elle est martel&eacute;e sans fin, et elle prend le trait grossier de la caricature. Je les invite &agrave; l&acirc;cher prise de temps en temps. Je les invite &agrave; me sacrer patience quand je prends mon auto. Je les invite &agrave; se relayer dans les manifestations pour &eacute;viter de montrer &agrave; rire toujours les m&ecirc;mes gueules r&eacute;volt&eacute;es trop faciles &agrave; parodier.<br />
<br />
Trop d'indignation tue l'indignation. &Ecirc;tre de gauche n'est pas un m&eacute;tier, c'est une pens&eacute;e collective, de plus en plus difficile &agrave; articuler tant le propos de la droite populaire est s&eacute;duisant de simplicit&eacute; r&eacute;confortante. La course au profit s'acc&eacute;l&egrave;re et un monde inqui&eacute;tant l'accompagne. Les forces de l'argent glorifient l'individu chaque jour un peu plus, et laissent toujours plus de monde sur le bord de la route. Le temps est &agrave; la vigilance, et seul un propos cr&eacute;dible pourra &ecirc;tre entendu.<br />
<br />
J'invite mes amis de gauche &agrave; bouffer du tofu et &agrave; p&eacute;daler au bio-diesel si &ccedil;a leur chante, mais discr&egrave;tement, s'il vous plait. j'invite mes amis de gauche &agrave; donner &agrave; r&eacute;fl&eacute;chir, pas &agrave; rire. Ce message m'est aussi adress&eacute;.]]></content>
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