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Le gouvernement en fait-il assez en matière d’éducation sexuelle?

C'est à la société de s'interroger sur les raisons pour lesquelles des centaines de dénonciations de violence sexuelles fusent de part et d'autre depuis des années.

24/10/2017 09:00 EDT
Wavebreakmedia via Getty Images
Selon l'enquête ESSIMU publiée en 2016, 1 personne sur 3 a vécu au moins un épisode de violence sexuelle pendant son parcours à l'université.

Dans la foulée des récentes allégations de harcèlement et de violence sexuelle, si une vingtaine de personnes dénoncent trois personnalités publiques, nous sommes en droit de se dire qu'il s'agit uniquement de la pointe de l'iceberg et qu'ainsi plusieurs dénonciations pourront être faites sans que cela soit médiatisé. Par ailleurs, le SPVM a publié sur son compte Twitter qu'en seulement deux jours près d'une soixantaine de plaintes avaient été déposées après que le service de police ait mis en place une ligne téléphonique spéciale.

Ce que cela semble démontrer, c'est qu'au-delà du harcèlement et de la violence sexuelle, il y a un enjeu systémique. En effet, être victime de ce type d'agression ne consiste pas seulement en une malchance hasardeuse. Selon l'enquête ESSIMU publiée en 2016, 1 personne sur 3 a vécu au moins un épisode de violence sexuelle pendant son parcours à l'université. Une sur trois. Le tiers. Ça commence à faire beaucoup! Et c'est l'une des raisons pour lesquelles il est de mise de parler de problème systémique.

Or, il semble que l'éducation soit la base de l'apprentissage des comportements sociaux adéquats. En plus d'instruire et de qualifier, l'école québécoise a pour mission de socialiser. Pendant près de vingt ans, le cours de Formation personnelle et sociale avait notamment pour mission d'assumer l'éducation sexuelle aux adolescents de la province. Cependant, au cours des années 2000, ce cours a été aboli et ce pan éducatif a été relégué aux autres professionnels des écoles. Dans un contexte où les écoles se voient obligées de réduire le nombre d'heures des professionnels à cause des coupures en éducation, il importe de se questionner sur la capacité d'agir de ces derniers.

Prochainement, le ministère de l'Éducation prévoit aussi que les apprentissages liés à la sexualité soient dispensés à travers le contenu des cours actuels. Selon Maxime Vinet-Béland, enseignant, « Ce seront les enseignants volontaires, dans le cadre de leurs cours (français, science techno, etc.), sans aménagement supplémentaire, qui prendrons sur eux la tâche de couper sur leur matière (leur spécialité) pour enseigner un programme toujours en préparation sur les enjeux de la vie affective et amoureuse, la prévention des ITSS et des grossesses et, surtout, sur l'agir sexuel. »

Sans pour autant affirmer que les enseignantes et enseignants seront incapables d'entreprendre une telle tâche, il est évident qu'il y a lieu de se questionner quant à savoir si toutes les conditions seront réunies pour mener à bien un tel projet. Et ce, dans un contexte où la tâche enseignante ne cesse de s'alourdir en raison des difficultés scolaires que vivent déjà les élèves. Par ailleurs, l'Association des sexologues du Québec recommande que les sexologues dispensent la totalité des apprentissages en éducation à la sexualité, et ce, en considérant le savoir général et spécifique, le savoir-être et le savoir-faire de ces professionnels.

C'est à la société de s'interroger sur les raisons pour lesquelles des centaines de dénonciations de violence sexuelles fusent de part et d'autre depuis des années.

C'est à la société de s'interroger sur les raisons pour lesquelles des centaines de dénonciations de violence sexuelles fusent de part et d'autre depuis des années. Néanmoins, il semble flagrant qu'il faut commencer par éduquer convenablement les jeunes garçons et les jeunes filles et, comme le dit le ministère, les « amener [...] à réfléchir à l'importance de s'engager dans des comportements sexuels consentis et sécuritaires. » Suivant le contexte actuel, les engagements du ministre Proulx ainsi que de l'ensemble de gouvernements sont insuffisants et doivent être à la hauteur de la nature systémique du problème.