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Rwanda: l'escalade aux relents guerriers

06/07/2014 08:08 EDT | Actualisé 05/09/2014 05:12 EDT

En date du 5 juin 2014, devant les habitants du district de Nyabihu, dans le nord-ouest du Rwanda, le chef de l'État rwandais s'est dit prêt à « continuer d'arrêter et même à tuer en plein jour ceux qui menaceraient la sécurité du pays ». Ces propos faisaient suite aux inquiétudes formulées par Washington et Londres, très préoccupés par la vague d'arrestations et de disparitions au Rwanda depuis deux mois.

Au chapitre des discours aux accents revanchards et bellicistes, Paul Kagame est un multirécidiviste. Il nous souviendra que le 13 avril 2010, le président Kagame avait déclaré, sous les applaudissements nourris du Parlement (traduction libre du kinyarwanda): « Nous les avons trouvés là où ils étaient; nous avons fait rentrer ceux qui devaient rentrer et nous avons tué ceux qui devaient être tués ». Plus tôt cette année, il a averti ses opposants politiques, en faisant clairement allusion au sort de Patrick Karegeya, son ancien compagnon de lutte, trouvé mort par strangulation, en janvier dernier, dans une chambre d'hôtel à Johannesburg en Afrique du Sud, que « la trahison a des conséquences. Quiconque trahit notre cause ou souhaite du mal à notre peuple deviendra une victime. Reste seulement à savoir comment il deviendra une victime ».

Alors que de nombreuses voix s'élèvent pour dire que rien - sinon des manœuvres tactiques destinées à traquer ses adversaires -, n'a été fait par le gouvernement pour engager les Rwandais sur chemin de la réconciliation nationale, tout ce que ce président a trouvé à dire, c'est une propagande haineuse qui a provoqué une onde de choc terrifiante qui a fait tomber bien des masques. Une volonté manifeste de tuer, tuer encore davantage... C'est désolant. Ce discours incendiaire qui incite au meurtre et à la haine a résonné comme une bombe dans les oreilles des Rwandais.

Ce président, que d'aucuns qualifient de « pire criminel des temps modernes », sait très bien que la justice internationale est à ses trousses pour les soupçons de crimes contre l'humanité qui pèsent contre lui et son entourage immédiat.

Ce président sait très bien qu'une forte majorité de la population, toutes ethnies confondues, courbe l'échine sur les collines.

Ce président sait très bien que l'hégémonie qu'il a installée au sommet de l'exécutif rwandais fait grincer les dents même au sein de ses plus fidèles lieutenants.

Cette escalade aux relents guerriers que Paul Kagame appelle de ses vœux risque de raviver le feu de la haine et de la violence qui couve sous les cendres et qui, à la moindre étincelle, se rallumerait pour plonger à nouveau le Rwanda dans une autre catastrophe sans nom.

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