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La jeunesse n'est pas une proposition politique

03/05/2015 08:50 EDT | Actualisé 03/05/2016 05:12 EDT

«Jeunesse» et «renouveau», deux mots trop facilement mis côte à côte lorsqu'il est question de politique. Est-ce que la jeunesse est nécessairement synonyme de nouveauté? Synonyme de faire les choses autrement? Et, surtout, qu'est-ce que le renouveau?

S'afficher comme représentant de la politique « autrement », s'associer à des artistes en vogue, publier de nombreuses photographies de la vie quotidienne et familiale sur les réseaux sociaux, il n'y a pas à dire, certains politiciens embrassent sauvagement le côté marketing de la politique. Certains diront que c'est un mal nécessaire. Peut-être en partie. Cela dit, lorsque le « paraître » prend le dessus sur l' « être », lorsqu'il n'y a plus que le spectacle, difficile de croire que l'acteur principal saura faire autre chose que nous rejouer la même pièce vue maintes et maintes fois. Difficile d'aspirer au changement en ne présentant que des lieux communs, en ne sortant pas de sa propre zone de confort et en offrant comme proposition que son propre reflet.

Si on en croit plusieurs, la jeunesse est maintenant en soi une proposition politique. Une idée que l'on présente comme une garantie de changement, de renouvellement. Quelques « mains tendues », quelques « fenêtres ouvertes », de belles photographies, un slogan accrocheur, une application mobile (pourquoi pas?), une nouvelle façon de faire la même chose et le tour est joué. Or, le renouveau se caractérise par l'apparition de nouvelles formes plus riches. Et qu'est-ce que la richesse en politique? Ce sont les idées.

Est riche le politicien qui sait reconnaître les failles, les analyser avec justesse et proposer des solutions qui modifient profondément la donne. Parce que le problème se trouve rarement dans les décors de la pièce elle-même. Il prend racine dans chaque mot, dans l'émotion que l'artiste propose, dans le lien qu'il crée avec son public. Le spectateur n'aime pas les décors? Il y a fort à parier qu'il l'oubliera bien vite s'il est captivé par l'histoire, si les acteurs sont solides, intéressants et s'ils ont une certaine profondeur. Si on lui propose quelque chose de tangible à quoi il peut s'accrocher, qu'il peut aisément s'approprier. À l'opposé, difficile de lui faire oublier de manière permanente le manque de contenu même avec le plus beau costume à paillettes.

Si la fameuse « politique autrement » est essentiellement un concept marketing, c'est que, bien souvent, ceux qui ressentent le besoin de la ressortir à tout moment l'utilisent comme un masque. Un masque commode pour donner l'impression de faire les choses autrement, tout en répétant les mêmes scènes dans un autre décor, en arborant d'autres costumes. Un masque qui cache un vide. Alors que, pour être réellement un acteur de changement, il faut savoir se dépasser soi-même.

Est-ce que cela veut dire que la présence des jeunes n'est pas souhaitable en politique? Absolument pas, au contraire. Toutefois, être le jeune de service, comme être la femme de service, ne sert personne. Si nous avons besoin des jeunes, comme des femmes, en politique, c'est qu'ils ont, au même titre que tous les autres citoyens, des idées, un contenu à apporter; c'est pour ce qu'ils sont et non pour leur simple apparence, pour leur date de naissance ou pour leur sexe.

Quelqu'un qui porte le changement n'a pas besoin de le rappeler sans cesse, de même qu'un bon acteur n'a pas besoin de nommer l'émotion qu'il joue pour la faire ressentir à son public. Un politicien qui a dépassé sa propre personne sait très bien que le véritable changement ne se nomme pas, il s'incarne.

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