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Prévention du suicide ou aide au suicide?

08/02/2017 09:15 EST | Actualisé 08/02/2017 11:07 EST

Un homme de 41 ans, père de deux enfants, a décidé de mettre fin à ses jours parce qu'il souffrait d'une dépendance à l'alcool. Une jeune fille a choisi de mettre un terme à sa vie parce qu'elle souffrait d'avoir été violée durant son enfance. D'autres personnes ont mis fin à leur vie parce qu'elles étaient déprimées, fatiguées de vivre ou à cause d'une rupture amoureuse.

Tous ces cas douloureux de suicide - et bien d'autres encore - ont cependant un point extrêmement troublant en commun : ils ont été commis avec l'aide d'un médecin, par euthanasie ou par suicide assisté, selon les critères d'une loi cautionnée par leurs gouvernements respectifs.

Pourtant, ces cas ont été recensés dans des pays d'Europe (ici, ici, et) qui avaient d'abord, comme nous, permis l'euthanasie ou le suicide assisté avec des critères « serrés » : fin de vie, maladie incurable, etc. Mais la logique même du « droit à mourir » conduit inévitablement à un élargissement de ces critères, rapidement perçus comme étant discriminatoires, cruels et injustes. Le choix de la mort étant présenté comme une solution à la souffrance (et même comme un « soin »), l'évolution naturelle de ce principe amène donc immanquablement une multitude de gens à se sentir « exclus » de cette possibilité déguisée en compassion.

Ainsi, toujours selon la logique de l'euthanasie, la vraie question n'est pas tant de savoir pourquoi un médecin refuse de tuer son patient, mais plutôt de savoir pourquoi accorder la mort à une personne et la refuser à une autre... Et la réponse ne peut que nous mener aux mêmes cas que nous observons en Europe. Par conséquent, l'euthanasie vient seulement fournir un moyen technique à des personnes qui veulent se suicider, et ce, pour des raisons qui seront toujours plus nombreuses, finissant par nous faire accepter demain les raisons qu'hier encore nous rejetions. Un non-sens alors que nous sortons tout juste de la Semaine de prévention du suicide...

En légalisant « l'aide médicale à mourir », le gouvernement canadien a dû modifier son Code criminel pour accorder des exemptions aux professionnels de la santé pour « homicide coupable, administration de [poison] et aide au suicide ». Ainsi, « l'aide médicale à mourir » assure seulement le maquillage et le décorum pour permettre ce qui n'est rien d'autre qu'une approbation et une participation à un geste suicidaire, pourvu que les raisons soient socialement acceptables. Et l'expérience des pays européens nous montre que le niveau d'acceptation sociale augmente avec le temps.

La véritable tragédie derrière l'euthanasie et le suicide assisté vient justement du fait que nous enfermons la personne dans son problème.

La Semaine de prévention du suicide qui s'achève nous rappelle l'importance de soutenir les personnes qui souffrent en répondant à leur cri du cœur par la solidarité et l'entraide.

La véritable tragédie derrière l'euthanasie et le suicide assisté vient justement du fait que nous enfermons la personne dans son problème. Pire encore, nous cautionnons le désespoir qui la conduit à vouloir mourir en lui fournissant les moyens de le faire, au lieu de lui fournir les soins et le réconfort dont elle a besoin pour l'empêcher de se sentir « comme un fardeau ».

Bientôt, les discussions publiques commenceront pour étendre l'euthanasie et le suicide assisté au Canada, comme promis et prévu par la loi canadienne. Notre société se demandera alors s'il est socialement acceptable d'inclure les enfants, les personnes souffrant de maladies mentales (dépression, anxiété, bipolarité, etc.), ou encore de prévoir par directive anticipée le « soulagement » des personnes qui ne seront plus aptes à consentir.

Devant cette réalité, la question se pose : à long terme, est-ce que l'aide au suicide remplacera la prévention du suicide?

Êtes-vous dans une situation de crise? Besoin d'aide? Si vous êtes au Canada, trouvez des références web et des lignes téléphoniques ouvertes 24h par jour dans votre province en cliquant sur ce lien.

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