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Euthanasie et Alzheimer : un pas dans la mauvaise direction

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La machine euthanasique s'est à nouveau emballée à la suite du meurtre « par compassion » de cette dame atteinte de la maladie d'Alzheimer à un niveau avancé. Bien que les détails ne soient pas encore connus, il semble que son conjoint, épuisé, aurait « craqué ». Le désespoir dans lequel était plongé ce pauvre homme montre bien la dure réalité que peuvent vivre les aidants qui prennent soin d'un proche atteint de la maladie d'Alzheimer. Cependant, au lieu de questionner le soutien offert pour les personnes malades et leurs proches, le débat a immédiatement été canalisé vers l'euthanasie, commodément appelée « aide médicale à mourir ».

Ainsi, alors que la première année d'euthanasie vient tout juste de s'achever - avec 21 cas d'abus de la loi qui ne seront pas sanctionnés - voilà que les partisans de l'euthanasie réclament à grands cris l'élargissement de la loi qu'ils dénoncent comme étant cruelle parce qu'elle est trop restrictive. Ils espèrent que la Justice - qui aujourd'hui accuse cet homme de meurtre - revoie sa position pour qu'à l'avenir, un médecin puisse poser le même geste en toute impunité.

Par le fait même, ils confirment ainsi l'existence de la fameuse pente glissante qui ouvre toujours plus grand la porte des « raisons émotivement acceptables » pour élargir l'euthanasie. D'ailleurs, ce genre de raisonnement qui banalise des gestes graves a récemment abouti à un projet de loi aux Pays-Bas pour permettre l'euthanasie des personnes âgées en pleine santé qui auraient le sentiment d'avoir « accompli » leur vie.

Peu importe les contradictions inhérentes à cette logique empoisonnée - comme d'entendre dire, dans un même souffle, que le meurtre par compassion est un « acte inexcusable », mais que les gens devraient avoir accès à un « soin » qui leur permettrait de se suicider médicalement, le tableau émotif du drame qui a eu lieu lundi dans un CHSLD frappe assez fort l'imaginaire public pour que des voix demandent d'officialiser le mariage entre « amour » et « meurtre » par un certificat de consentement à l'avance.

Cependant, vouloir élargir la loi pour consentir d'avance à son propre suicide - au moyen d'une directive anticipée - soulève de nombreuses questions éthiques et morales. Ainsi, quel est le statut qu'on accorde aux personnes atteintes d'une forme de démence comme l'Alzheimer? Est-ce qu'on parle d'une sous-catégorie d'êtres humains qu'on pourrait éliminer si leur « ancienne personne » en avait fait la demande? Ou bien s'agit-il d'un groupe de personnes que la société juge dorénavant indigne, mais qu'on tolère s'il s'agit d'un choix personnel - comme le sous-entendent déjà nos lois sur l'euthanasie et le suicide assisté par rapport aux personnes souffrant d'un handicap? Existe-t-il donc des catégories de personnes « indignes »?

Est-ce vraiment ce regard condescendant que nous voulons porter sur ces personnes fragilisées par la maladie? Récemment, les Pays-Bas nous ont fourni un exemple concret de l'aboutissement d'une telle logique : une femme atteinte de démence a été euthanasiée contre sa volonté.

En effet, malgré sa démence, elle avait exprimé clairement qu'elle ne voulait plus mourir, mais elle était prisonnière de sa directive anticipée. Elle s'est même débattue pour résister au médecin qui voulait lui injecter le poison mortel, et ce dernier a finalement dû recourir à des membres de la famille de la dame pour la maintenir de force afin de s'assurer que soit respecté le verdict de son papier signé dans la fleur de l'âge. Son refus de mourir n'a jamais été pris en compte simplement à cause de son état mental, comme si cette femme se résumait seulement à sa maladie.

Il est encore temps de changer notre regard sur les personnes rendues vulnérables par la maladie, la vieillesse ou le handicap.

La tragédie qui fait les manchettes actuellement au Québec devrait être un signal d'alarme pour empêcher notre société de franchir un nouveau pas dans la mauvaise direction. Il est encore temps de changer notre regard sur les personnes rendues vulnérables par la maladie, la vieillesse ou le handicap.

Une personne de mon entourage s'est occupée de sa maman atteinte d'Alzheimer durant plusieurs années. Aucun doute, être accueilli par sa propre mère avec un « bonjour cher monsieur », doit avoir l'effet d'un poignard dans le cœur. Mais cet homme bon ne s'est pas arrêté au fait que sa mère ne le reconnaissait plus : il a plutôt continué d'honorer cette femme parce que lui, de son côté, se souvenait qu'il s'agissait de sa mère.

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