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Aide médicale à mourir: tout le monde à bord!

29/09/2016 08:15 EDT | Actualisé 29/09/2016 08:15 EDT

Tout le monde doit pousser dans la même direction. Voilà comment on développe un consensus au Québec. Ce qui compte, c'est que l'idée fasse son chemin.

Ainsi, moins d'un an après la mise en place de la loi sur «l'aide médicale à mourir», les partisans de l'euthanasie-sur-demande s'attaquent déjà à la Commission chargée d'en surveiller l'application. Ils s'en prennent à l'une des principales balises que le gouvernement avait mise en place pour réduire les dérapages et les abus potentiels.

La raison? Elle serait trop curieuse, elle demanderait trop d'informations, trop d'explications à la suite du décès d'une personne humaine - provoqué médicalement par un médecin. Et comment dompter la Commission? En attaquant, comme toujours, les personnes qui n'ont pas prêté une allégeance sans borne à cette nouvelle conception de la fin de vie.

La rhétorique est toujours la même : ceux qui prônent l'euthanasie ont à cœur le sort des personnes en fin de vie, tandis que ceux qui s'y opposent sont cruels, égoïstes et dogmatiques.

On devrait plutôt s'inquiéter de ce laxisme qui ne filtre aucune demande, qui juge recevables toutes les raisons de vouloir mourir.

Bien entendu, attaquer les personnes qui n'épousent pas «corps et âme» le nouveau précepte social des élites n'est qu'un prétexte. En réalité, on cherche à faire passer un message clair à l'intention des futurs candidats qui accepteront de siéger à cette Commission: «Tenez-vous tranquilles et laissez les médecins faire leurs euthanasies sans être embêtés ».

Rien de rassurant quand on pense que la Commission a pour mandat de protéger les personnes en fin de vie contre les excès de zèle que pourraient avoir certains médecins. D'ailleurs, il est impossible de ne pas noter l'ironie de la situation : toute cette colère a commencé par la plainte de médecins qui œuvrent dans une région où aucune demande d'euthanasie n'a été refusée selon le dernier rapport provincial, rendu public en juin dernier.

On devrait plutôt s'inquiéter de ce laxisme qui ne filtre aucune demande, qui juge recevables toutes les raisons de vouloir mourir. Mais au lieu de cela, on préfère taper sur les mêmes têtes pour enfoncer le même clou.

Les propos de quelques membres de la Commission qui déchaînent certaines élites n'ont pourtant rien de choquants. Par exemple, on s'insurge contre la présidente qui ne fait que rappeler que les dérives non seulement sont possibles, mais qu'elles sont bien réelles quand on examine ce qui se passe dans les pays où l'euthanasie est légale. Elles sont même documentées - ou, pour ainsi dire, scientifiquement prouvées.

Qui plus est, tout ce vacarme se poursuit sans que personne n'ait connaissance des faits, puisque les dossiers et les rapports internes de la Commission sont confidentiels. Toute cette montée de lait se base donc sur du vent, des rumeurs, des ouï-dire, des opinions.

Bien triste situation de voir que le soi-disant bien-être des patients est toujours à sens unique et se résume à leur dire: «Nous vous donnerons tout le soutien nécessaire... si vous souhaitez l'euthanasie».

Quand verrons-nous autant d'enthousiasme et d'efforts pour améliorer les conditions de vie dans les CHSLD, pour élargir l'accès aux soins palliatifs, pour donner une meilleure formation aux médecins en contrôle de la douleur, pour réduire le temps d'attente dans les urgences, pour accompagner les personnes seules, pour faciliter la vie des personnes avec un handicap...?

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