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La crise du PQ

23/09/2013 12:16 EDT | Actualisé 23/11/2013 05:12 EST

Cela fait presqu'un mois déjà que le débat sur les «valeurs québécoises» a été lancé d'abord par une fuite, confirmée par la suite. Depuis, on est confronté à une suite de monologues là où le PQ voulait un débat et un projet rassembleur.

L'opinion de la «majorité silencieuse»

D'abord, il y a cette idée qu'il y a une majorité silencieuse dont l'opinion s'affirmerait principalement par le biais de sondages, sur Internet, même sur des sujets aussi cruciaux que celui de l'identité nationale et des droits fondamentaux. Un premier sondage a été réalisé le printemps dernier. Étonnamment, toutes les affirmations sur lesquelles il fallait exprimer son accord ou désaccord étaient orientées vers la vision du PQ sur la question des accommodements religieux. «Les accommodements religieux coûtent cher aux contribuables» en est un exemple. Moins d'une semaine après la «fuite », un second sondage est lancé, avec quelques questions similaires au premier; mais en plus d'autres sur, par exemple, le parti à qui les Québécois font le plus confiance sur le dossier des accommodements religieux. C'est là-dessus donc que le PQ s'appuie pour dire ce que les Québécois-es « veulent » et surtout ce qu'ils ou elles « ne veulent pas » quant aux pratiques religieuses des groupes minoritaires ; et ainsi pouvoir établir des lois en conséquence. Ces mêmes sondages révélaient par contre que la majorité des répondant-e-s (57%) refusait le droit de retrait aux villes et aux municipalités ; et surtout que seulement 28% des participant-e-s croyaient que la Charte allait « régler les problèmes d'accommodements religieux » ! À quel moment arrête-t-on donc d'écouter la population ?

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L'égalité femmes-hommes à deux vitesses

Tous les esprits qui chauffent pour la Charte scandent qu'au Québec l'égalité hommes-femmes, c'est sacré ! J'en suis bien soulagée ; et surtout bien contente de son existence dans la Charte québécoise des droits et libertés (CQDL) depuis 1975. En 2008, le PLQ avait également jugé, pour calmer les esprits, qu'il fallait réaffirmer la sacralité de cette valeur si chère, en la citant en plus dans le préambule de la CQDL. Aujourd'hui, le PQ s'apprête lui aussi à régler « sa » crise en ajoutant à la CQDL une autre mention de l'égalité femmes-hommes. Si jamais la CAQ gagne à une future élection, il ne faut pas s'étonner de voir cette même valeur en filigrane ou encore sur l'en-tête de toutes les pages de la CQDL. Instrumentalisation ?

Je me demande alors, avec toutes les mentions précédentes, comment se fait-il qu'il subsiste encore au Québec des problèmes fondamentaux d'inégalité entre les sexes ? Les femmes sont plus victimes de précarité économique, de violence, d'inéquité salariale, d'exploitation sexuelle, et j'en passe. S'est-on jamais demandé à propos de la définition ou du mode d'expression que chacun-e donne à ce principe d'égalité ? Comment la Charte compte-t-elle la définir ? La « baliser » ? L'hypersexualisation des filles observée depuis les dernières années pourrait-elle dorénavant être déclarée illégale en raison des fondements sexistes sur lesquels elle est basée ? Un Oui à cette question m'étonnerait malheureusement. Mais alors, lorsqu'une femme dit qu'elle se sent tout à fait égale à l'homme, bien qu'elle soit habillée différemment et qu'elle porte un foulard. L'État a-t-il le droit de lui dire que selon « sa » perception à lui, elle ne l'est pas ; et statuer ainsi qu'elle contrevient à un principe de la Charte. Une telle attitude s'inscrirait invariablement dans une vision infantilisante des femmes à qui on refuserait ce pour quoi des centaines de milliers de femmes ont lutté et continuent à lutter jusqu'aujourd'hui : l'autodétermination.

Cette double vitesse sur une valeur aussi sacrée révèle une réalité bien triste. En fait, lorsqu'il s'agit de problèmes sociaux vécus par le groupe majoritaire d'origine canadienne-française, on parle d'abord de sensibilisation et de campagnes d'éducation ; alors que l'on semble privilégier davantage la légifération et la contrainte pour l'Autre minoritaire. Cette attitude également infantilisante rappelle les propos de l'avocate Caroline Beauchamp dans le cadre d'une conférence où elle défendait une laïcité restrictive et où avec une assurance paternaliste, elle dit : « Comment on éduque un enfant, un jeune enfant ? [...] un moment donné, il faut interdire pour que l'enfant comprenne [...] c'est pédagogique, l'interdiction. »

Ce que le « Je » veut !

La Charte proposée par le PQ n'a pas été rejetée par toutes et tous en bloc. D'aucuns sont d'accord avec l'idée de préciser dans la charte de 1975 la neutralité de l'État, ainsi que le caractère laïc de ses institutions. Tant mieux. La rupture commence toutefois lorsqu'il s'agit de définir ces deux concepts ; et surtout concernant la clause qui imposerait à tout le personnel des secteurs publics et parapublics d'adopter une apparence areligieuse. M. Drainville répète et signe que cette interdiction est là « par respect pour les convictions de tous les citoyens. » Cette affirmation me rappelle ce qui est répété ad nauseam dans de nombreuses tribunes : « Quand je vais à la SAAQ, je n'ai pas besoin (ou je n'ai pas envie) de savoir la religion de la personne qui me sert. » Il s'agirait donc de ce que le « Je » « désire voir » ou « a besoin de voir ». Ce « Je », dont l'auteur-e est toujours un-e Québécois-e d'origine canadienne-française, se donne donc le « privilège » et la légitimité de régir la vie et l'identité de l'Autre ; et définir en conséquence ce qui devrait constituer le paysage visuel du « Nous ». Le crucifix du Salon bleu ne représente donc pas de contradiction avec la neutralité, si on parle à partir de cette posture du « Je » tout-puissant, ou du « Nous » exclusif ; ou encore, comme le chef de la CAQ affirmait, la prière prononcée par le maire de Saguenay au début des séances du conseil municipal pourrait être considérée comme faisant partie du « patrimoine historique oral du Québec » ! C'est ainsi que ce « Je » trouve tout à fait légitime que ses préférences et désirs se traduisent en normes et en lois.

Si seulement les deux millions de dollars que le gouvernement a mis sur la promotion de sa Charte étaient destinés à créer des espaces de rencontres et de dialogue entre les citoyen-ne-s, il n'y aurait alors qu'un Nous ; et il serait inclusif.

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