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Merci la Wallonie!

26/10/2016 08:22 EDT | Actualisé 26/10/2016 08:22 EDT

Nous apprenions dernièrement que la signature du Traité de libre-échange entre les 28 pays membres de l'UE et le Canada (Ceta) est bloquée par la Belgique qui en raison de sa constitution doit obtenir l'aval de ses sept parlements, dont celui de Wallonie qui refuse toujours de donner son accord.

Ma première réaction a été «un autre modèle que nous gagnerions à copier de l'Europe!»

Si nous vivions ici aussi dans un État avec une constitution plus démocratique, chaque province pourrait donner son aval à des traités qui affectent la vie de chacun de ses citoyens.

Parce que, comme l'a démontré la Wallonie, une région francophone de Belgique de seulement 3,6 millions d'habitants; plus une région est petite, plus il y a de chances qu'elle se soucie vraiment de ses citoyens...

Je suis tombé sur cette vidéo où son ministre-président, Paul Magnette, explique les raisons du refus de la Wallonie d'avaliser le CETA.

Si vous voulez voir ce que la politique pourrait être. Devrait être! Soit dédiée à la protection des droits et intérêts de ses citoyens et pas seulement vendue à la grande entreprise: vous devez absolument écouter cette allocution.

Je me suis dit, à une époque où le nivellement politique se fait de plus en plus vers le bas, que cet homme était rafraîchissant, brillant, engagé, articulé, incarné! Un parlement près des réalités et des préoccupations de la société civile.

Ici, nos politiciens sont incapables de tenir un discours sans le lire ou à tout le moins sans se référer constamment à leur texte. Ils arrivent rarement à inspirer quoi que ce soit d'autre que de l'ennui.

La politique pourrait ressembler à cela, ici aussi, si nous décidions de nous doter de politiciens ayant quelque grandeur, quelques principes, quelque vision, quelque intelligence.

Comment des gouvernements peuvent-ils accepter de signer des ententes économiques où ils accordent de plein gré le droit à des entreprises de les poursuivre?

En ce moment, des politiciens de cette stature, de ce courage, on n'en a pas au Canada. Cela est dû, principalement, à l'érosion de notre système d'éducation qui à sa suite entraîne l'érosion de la stature du citoyen qui, formaté à ne pas bien réfléchir, se choisira de petits politiciens qui accepteront bien docilement d'avaler n'importe quelle couleuvre.

Nos politiciens ici laissent faire les spécialistes qu'ils nomment pour négocier ces accords. La seule consigne qu'ils reçoivent est de faire en sorte que nos multinationales soient les plus avantagées possible par ces traités. Le reste, on s'en lave les mains. C'est ainsi que derrière des portes closes, sous la pression constante des lobbies de la grande entreprise, on s'arrange.

On nous arrange, devrais-je dire.

Comment des gouvernements peuvent-ils accepter de signer des ententes économiques où ils accordent de plein gré le droit à des entreprises de les poursuivre (possiblement devant un tribunal privé!) pour des législations (votées par leur parlement au bénéfice de l'environnement et des citoyens) qui nuisent aux bénéfices de ces mêmes entreprises.

C'est de perte de souveraineté nationale dont on parle.

Vous pensez que ces accords n'ont pas d'impacts sur vos vies. Que ça se passe quelque part dans la stratosphère à quelques kilomètres au-dessus de nos têtes?

Combien de bons emplois ont été perdus au Canada depuis les accords de libre-échange en Amérique? Ententes qui facilitèrent la sous-traitance sans conséquences tarifaires vers des pays où la main d'oeuvre est moins chère? Combien d'assouplissements à nos réglementations en matière de santé publique, d'alimentation, d'environnement? Combien de poursuites ont été intentées par des entreprises contre nos gouvernements aux frais des contribuables?

Ces accords économiques ne visent qu'une chose: éliminer les entraves à l'enrichissement des déjà très riches actionnaires en mettant la grande entreprise à l'abri des contraintes et réglementations des États.

C'est de cela dont on parle...

Ces accords économiques ne visent qu'une chose: éliminer les entraves à l'enrichissement des déjà très riches actionnaires en mettant la grande entreprise à l'abri des contraintes et réglementations des États.

Peu importe si ces traités appauvrissent la grande majorité des citoyens des pays signataires. Ici personne ne réfléchit à ces questions difficiles comme l'a fait le parlement Wallon parce qu'ici nous élisons des gestionnaires. Comme si la politique n'était qu'un travail de comptabilité. La plus grande réussite de ces mêmes gestionnaires à la petite semaine a été de nous convaincre que la politique n'est que ça...

L'objectif de la vraie politique est de se rêver l'avenir ensemble. Et pour ça, il faut se choisir des leaders qui ont les moyens de rêver. De nous proposer de l'autrement.

Le même jour où je prenais connaissance de cette vidéo, j'apprenais que le député Steven Blaney se présentait à la course à la chefferie du Parti conservateur du Canada. Cet homme pense qu'il a assez d'envergure intellectuelle pour aspirer à devenir éventuellement le premier ministre du Canada. Ça en dit beaucoup sur nous tout de même...

Comparez le discours de M. Magnette qui cite Kant et Einstein à n'importe quel discours de M. Trudeau et dites-moi que vous n'avez pas envie de pleurer...

Monsieur Magnette possède certainement autant de charme et de charisme que M. Trudeau. Toutefois, même si ça ne nuit certainement pas à l'ascension politique, les Wallons ne l'auraient jamais choisi comme ministre-président que pour ces raisons.

La prochaine fois que nous nous retrouverons dans l'isoloir, nous devrions nous souvenir de M. Magnette. Si ce qu'on nous propose comme choix de leader n'est pas à la hauteur de ce que nous souhaitons, nous devrions annuler notre vote. Y'a ben quelqu'un un moment donné qui va finir par allumer quelque part.

Je vous le concède ce type de personne est plus rare au Canada qu'en Europe. Pourquoi? Un choix politique, encore une fois: l'abandon de notre système d'éducation par des politiciens de petite envergure. Il n'est désormais perçu que comme une machine à fabriquer des travailleurs. C'est plus sûr aussi que de former des citoyens comme en Wallonie.

Le plus bel exemple de cette dégringolade? Trudeau père était un brillant intellectuel. Trudeau, fils, certainement pas. Il a tout de même hérité du charisme et du charme de son père. Ici, cela aura été suffisant pour qu'il devienne premier ministre...

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