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Rire de tout

10/01/2015 10:25 EST | Actualisé 12/03/2015 05:12 EDT

«S'il est vrai que l'humour est la politesse du désespoir, s'il est vrai que le rire, sacrilège blasphématoire que les bigots de toutes les chapelles taxent de vulgarité et de mauvais goût, s'il est vrai que ce rire-là peut parfois désacraliser la bêtise, exorciser les chagrins véritables et fustiger les angoisses mortelles, alors, oui, on peut rire de tout, on doit rire de tout.»

Pierre Desproges, Tribunal des flagrants délires.

Mercredi, trois personnes armées, trois fous, trois monstres se sont introduits dans la rédaction d'un journal en plein Paris.

Mercredi, douze vies ont été perdues. Ils étaient dessinateurs, journalistes, policiers, personnel d'entretien, correcteur, psychanalyste, voyageur. Ils étaient avant tout des êtres humains.

Mercredi, trois individus abjects ont pensé que les armes étaient la meilleure façon de répondre à des dessins.

Mercredi, la Parisienne que je suis, celle élevée par des parents ayant fait Mai 68, celle a qui on a appris que l'opinion de chacun doit se nourrir des arguments contradictoires de différentes sources, celle qui croit en la liberté d'expression, en l'indépendance de la presse et des artistes, celle à qui on a enseigné que la violence n'est jamais une réponse, a été atterrée par cet acte barbare.

Mercredi, ils ont pensé avoir tué Charlie alors qu'ils ne l'ont rendu que plus fort.

Depuis, je lis ici et là que Charlie Hebdo propageait des idées racistes, islamophobiques, homophobiques, haineuses et je ne peux m'empêcher d'être désolée pour vous si c'est vraiment là ce que vous pensez. Si vous croyez, ne serait-ce qu'un instant, que la haine était le message de ce journal et des hommes derrière lui, alors vous n'avez jamais rien compris à son intention.

Aujourd'hui, nous vivons dans un monde où chacun mesure sans cesse ses paroles et ses actions. Afin de ne blesser aucune sensibilité, nous vivons dans une bulle politiquement correcte finalement pleine d'hypocrisie. Dans cet univers aseptisé, Charlie était (et est toujours) un journal qui ose utiliser l'humour pour traiter des thèmes sensibles. C'est ce que font les satires.

Charb, Cabu, Honoré, Wolinski et Tignous osaient faire rire sur des sujets tabous. Si vous y avez vu de la haine, regardez-les encore. Ce n'est pas de la haine, c'est une illustration de la bêtise humaine, une dénonciation des extrémismes en tout genre, un rejet du sectarisme et finalement et surtout l'expression d'un certain regard sur la société.

Aujourd'hui, Notre-Dame a sonné le glas pour ceux qui n'ont jamais hésité à se moquer de l'Église catholique. Aujourd'hui, les hommes politiques maintes fois caricaturés se sont dressés ensemble pour défendre la liberté d'expression.

Aujourd'hui, je présente mes excuses à tous les musulmans. Je suis désolée que votre religion ait été encore une fois salie par ses êtres qui l'utilisent comme justification à leurs actes insensés.

Je sais que l'islam ce n'est pas cela et j'espère que le monde le sait aussi.

Aujourd'hui, mes pensées accompagnent tous ceux qui ont perdu un compagnon, un mari, une femme, un parent, un enfant, un proche, un ami, un collègue dans l'attaque d'hier.

Aujourd'hui, j'ai dû expliquer à ma fille de 8 ans que des vies humaines ont été perdues pour des dessins. Il a fallu lui expliquer pourquoi dans notre pays, dans notre ville, des hommes sont morts pour avoir exprimé leurs idées. L'expliquer bien qu'il n'y ait pas de raison valable. Sans l'effrayer davantage.

Aujourd'hui, nous allons allumer une bougie.

Demain j'irai acheter Charlie Hebdo, comme je le fais régulièrement depuis des années.

Demain je vais espérer qu'une chose pareille n'arrive plus jamais.

Demain j'irai dans la rue pour dire avec mes semblables que nous n'avons pas peur, qu'ils n'ont pas tué Charlie et que nous sommes tous Charlie.

LIRE AUSSI SUR LES BLOGUES

- Pour Cabu, Charb, Wolinski et tous les autres... - l'hommage d'Anne Sinclair et la rédaction du HuffPost France

- Tuerie à Charlie Hebdo: soutien à mes collègues - Xavier Delucq

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- Le monde de Charlie - Yanick Barrette

- Pas si solitaires, les loups... - Yves-François Blanchet

- Nommer l'ennemi - Jacques Tarnero

- À fleur de peau - Caroline Dubois

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