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Sam: la beauté du <em>pointless</em>

20/07/2014 08:20 EDT | Actualisé 19/09/2014 05:12 EDT

Après l'ambitieux et réussit La Classe de Madame Valérie, François Blais revient dans sa zone de confort et nous offre Sam, un roman tout à fait sympathique. Un jeune homme trouve par hasard, dans une boîte de livres usagés, les 142 pages imprimées du journal intime d'une certaine S***, qu'il baptise Sam. Celle-ci, comme la majorité des personnages de Blais, est une nobody - certains critiques vont même jusqu'à la qualifier de « pas de vie », ce qui me semble à la fois injuste et réducteur.

Sam nous annonce d'emblée que son journal est « infiniment boring » ; pourtant, le lecteur est immédiatement happé, fasciné par sa prose oralisée, parfois vulgaire, qui se mêle parfaitement à un vocabulaire recherché et à d'obscures références littéraires. Concrètement, il ne se passe rien : Sam lit, regarde la télé, écrit son journal, joue au frisbee avec son chien C*** et se promène dans les villages environnants, dont elle étudie préalablement la toponymie sur Internet. À la fin, son plus grand fait d'armes aura été de repousser un prétendant inintéressant. C'est l'écriture qui nous tient en haleine, ça et le récit du narrateur qui cherche désespérément à rencontrer Sam, dont il est tombé amoureux.

Comme celui-ci, le lecteur succombe au charme étrange de Sam, qui le séduit par ses réflexions toujours étonnantes (« comment font les aveugles pour savoir quand arrêter de s'essuyer après avoir chié ? ») et par son sens de l'humour très aiguisé, capable de rendre intéressant n'importe quel sujet, que ce soit les graines de tournesol ou les catégories de site porno. Le roman est composé en grande partie de réflexions comiques sur des sujets triviaux, d'un chialage virtuose, gratuit et délicieux, ainsi que du récit de ses journées passées à flâner sur le Web.

Sam a beau être une « pas de vie », comme l'on écrit certains critiques (elle a payé sa maison cash grâce à l'héritage de son père, ne travaille pas, ne voit personne à part sa famille et ne cherche absolument pas l'âme sœur), reste qu'elle nous fascine. J'ai longtemps cherché la raison de cette fascination, voici ma réponse : dans nos vies passées à travailler fort pour avoir une promotion, étudier pour occuper un bon emploi, s'entraîner pour rester en forme ou bien cuisiner pour être en santé, Sam incarne tous ces autres moments qui, à nos yeux, « ne comptent pas », sont de la « perte de temps », du « niaisage ». Ces moments non productifs, nous tentons généralement de les minimiser car, justement, ils ne servent à rien - sans oublier qu'il y a toujours un Lucien Bouchard pour nous culpabiliser, nous rappeler que l'on pourrait travailler plus.

Sam nous fait du bien et nous rappelle qu'il n'est pas « mal » de ne rien faire, de s'adonner à une activité tout ce qu'il y a de plus « pointless », comme elle le dit, car tout le monde, parallèlement à sa vie mondaine, professionnelle, familiale, a une autre vie, une vie cachée, anodine, quotidienne, triviale. Et Blais, dans Sam, célèbre la beauté de cette seconde vie : le journal de Sam est un vrai plaisir à lire; chaque page (ou à peu près) m'a fait éclater de rire, et soudain le monde m'a semblé moins menaçant, la vie moins stressante.

François Blais est, à mon avis, l'écrivain (au sens large, incluant humoristes, chroniqueurs et blogueurs) le plus comique du Québec. Sam vaut assurément le détour ; je vous garantis que vous passerez un bon moment et que vous ressortirez de cette lecture apaisé et de bonne humeur.

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François Blais, Sam, L'instant même, Québec, 2014, 190 p.

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