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<em>Ma vie rouge Kubrick</em>: l'éternel retour du mal

10/01/2015 10:26 EST | Actualisé 12/03/2015 05:12 EDT

Dans ce court essai, Simon Roy explore le chef-d'œuvre de Stanley Kubrick, The Shining, qui l'obsède depuis son enfance, pour le mettre en relation avec sa propre expérience : avec un drame familial datant de 1942, mais dont les répercussions se font sentir encore aujourd'hui. C'est l'occasion pour l'auteur de réfléchir sur la famille, les origines du « mal » et la fascination macabre qu'exerce la violence sur nos pauvres âmes.

Dès les premières pages, la succession de courts chapitres sans lien apparent entre eux m'a rappelé la trilogie 1984 d'Éric Plamondon, comparaison qui, au fil de la lecture, me semblait de plus en plus évidente. Y alternent anecdotes et réflexions personnelles, critiques et trivia sur The Shining, ainsi que les récits fragmentés des deux tentatives de suicide de la mère de l'auteur (dont la seconde se solde par sa mort) et celui du meurtre de sa grand-mère, tuée à coups de marteau par son mari, et ce, devant les yeux de leurs deux filles.

Impossible, aussi, de ne pas penser au documentaire Room 237, réalisé par Rodney Ascher, qui analyse le film selon cinq théories, dont la plus bizarre est la participation de Kubrick au canular d'Apollo 11 (selon cette théorie farfelue, Kubrick aurait filmé dans un studio de Hollywood les images diffusées soi-disant en direct lors de l'alunissage, et aurait révélé ce secret dans The Shining). Par contre, l'essai de Roy dépasse la simple analyse de l'œuvre pour l'utiliser comme tremplin vers des réflexions intéressantes sur la violence atavique dont l'être humain semble incapable de se départir.

Mettant en parallèle les crimes de Jack Torrance avec ceux de son grand-père (que l'on peut lier par la suite à ceux de Guy Turcotte ou de n'importe quel tireur fou ou en série), il cherche à comprendre ce qui fait basculer un individu, souvent considéré auparavant comme « normal », dans une folie meurtrière et autodestructrice qui le mènera à s'attaquer à ses proches, même à ses enfants. L'origine de ce mal se trouve-t-elle dans l'individu, fondamentalement faible et mauvais ? Ou celui-ci a-t-il été corrompu par une société malade et dégénérée ? Ou encore, existe-t-il, dans notre code génétique, une prédisposition héréditaire et mystérieuse faisant de chacun de nous un potentiel Jack Torrance ?

Tant que sa lecture du Shining apporte quelque chose à son propos, Roy réussit à nous captiver. Par contre, sa relation avec le film semble aller un peu trop loin : ainsi, la répétition du chiffre 42 dans le film de Kubrick rejoindrait, en un « curieux hasard », le crime de son grand-père, commis en 1942 (d'ailleurs, 42 est la réponse à la question du pourquoi de l'univers dans l'œuvre Hitchhiker's Guide to the Galaxy de Douglas Adams). Dans un autre chapitre, l'auteur raconte comment, enfant, il pouvait deviner, sans se tromper, les notes de ses camarades de classe ou les réponses à des questions qui n'avaient pas encore été posées. Ce « don » aurait disparu le jour de la première tentative de suicide de sa mère. Ces quelques éléments new age m'ont dérangé, comme si le surinvestissement émotif de l'auteur dans le film compromettait son analyse.

Reste que Ma vie rouge Kubrick, malgré ses quelques défauts, offre une lecture intéressante, à mi-chemin entre l'analyse, le témoignage et la réflexion essayistique.

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Simon Roy, Ma vie rouge Kubrick, Boréal, Montréal, 2014, 169 p.

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