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Comment Maria Mourani pourrait se battre contre la Charte des valeurs

14/11/2013 01:27 EST | Actualisé 17/01/2014 05:12 EST

Maria Mourani est appuyée par les souverainistes et les non-souverainistes pour sa prise de position contre le projet de loi du PQ, communément appelé la Charte des valeurs québécoises. Depuis la conférence de presse du 13 septembre 2013 adressant son renvoi du caucus du Bloc québécois, le fait est que le moyen le plus efficace pour Maria Mourani de poursuivre son combat souverainiste serait à titre de membre de Québec solidaire.

Une telle conclusion est la décision la plus raisonnable qu'elle pourrait prendre pour plusieurs raisons. Tout d'abord, Maria Mourani n'est pas étrangère à la politique provinciale. Sa première tentative en politique fut à titre de candidate dans la circonscription d'Acadie avec le Parti québécois lors des élections provinciales de 2003. Elle avait alors terminé deuxième, derrière le candidat du Parti libéral, Yvan Bordeleau. Sa tentative suivante, dans sa carrière politique, fut à titre de membre du Bloc québécois, au niveau fédéral, où elle a, depuis 2006, gardé sa place dans la circonscription.

De plus, si Maria Mourani décide de quitter son poste actuel en tant que députée fédérale, elle aura droit à un parachute doré des contribuables canadiens. Les réformes des pensions, introduites par le gouvernement Harper plus tôt cette année, ne modifient pas les règles d'admissibilité des députés présentement en poste. Ces réformes modifient, entre autres, les règles de qualification au régime de retraite et stipulent que les députés doivent avoir servi six années de mandat. Entrant dans sa huitième année de service, le souverainiste MP sera en droit de recevoir une pension estimée à plus de 2 500 000 dollars (calculé d'après l'espérance de vie moyenne des députés dans le régime de retraite, qui est de 90 ans selon les actuaires du gouvernement)(1).

En outre, il serait raisonnable pour Maria Mourani d'envisager de redémarrer sa carrière politique en se lançant de nouveau dans la politique provinciale. Après sa défaite de la course à la chefferie du Bloc québécois, remportée par Daniel Paillé le 11 décembre 2011, son record de vote à la Chambre des communes semble avoir été gravement touché. Le 18 février 2013, l'Ottawa Citizen a publié le blogue suivant intitulé MP voting records: The best and the not-to-best, qui démontre la présence au vote des députés depuis le 2 mai 2011. Il a été constaté que le MP avec la pire présence au vote était Romeo Saganash, du NPD, qui, malheureusement, a dû demander une absence de la Chambre des communes en octobre 2012 pour combattre ses problèmes d'alcoolisme et qui n'est pas retourné depuis. Le prochain MP avec la pire présence au vote était Maria Mourani, participant à moins de 50% des votes qui ont eu lieu à la Chambre des communes. C'était la pire présence au vote de tous les MP actifs et le seul député actif avec une présence de vote inférieur à 50%. Comme le défunt Jack Layton a déclaré lors de la campagne électorale fédérale 2011: «Vous savez, la plupart des Canadiens, s'ils ne se présentent pas au travail, ils ne reçoivent pas une promotion!»

Dans le cas de Maria Mourani, non seulement n'a-t-elle pas reçu une promotion pour devenir la chef du Bloc québécois, mais elle est maintenant une députée indépendante qui est limitée à poser quelques questions chaque semaine pendant la période de questions. De plus, elle n'est pas autorisée à participer en tant que membre du vote à tous comités parlementaires.

Pour une souverainiste et politicienne de carrière comme Maria Mourani, ses choix idéologiques sont limités à Québec solidaire, le seul parti souverainiste avec une représentation à l'Assemblée nationale autre que le PQ. Françoise David, co-porte-parole actuelle de Québec solidaire, a publiquement soutenu la position de Maria Mourani contre la Charte des valeurs québécoises et l'a encouragée à rester et à continuer de lutter en tant que voix féministe et souverainiste dans la politique québécoise.

Stratégiquement, il est assez concevable que Maria Mourani devienne élue sous la bannière de Québec solidaire. Le centre de gravité de Québec solidaire est le segment de la ligne orange du métro de Montréal qui part de la rue Saint-Denis et qui traverse la circonscription électorale fédérale d'Ahuntsic, représentée par Maria Mourani.

En partant de la rue Rachel, le premier membre élu de Québec solidaire, Amir Kadir, représente la circonscription électorale provinciale de Mercier. Continuant vers le nord de la rue Saint-Denis, nous entrons dans la circonscription électorale provinciale de Gouin, où Françoise David a été élue. Après Gouin, la circonscription électorale provinciale adjacente est Laurier-Dorion où le candidat de Québec solidaire Andrés Fontecilla est arrivé en troisième place. Il est important de noter que depuis le 5 mai 2013, Andrés Fontecilla est devenu le nouveau président et co-porte-parole de Québec solidaire en fournissant au parti une exposition accrue dans la circonscription de Laurier-Dorion. Enfin, au nord, le long de la rue Saint-Denis, se trouve la circonscription électorale provinciale de Crémazie. Il s'agit de la circonscription qui serait la mieux adaptée pour Maria Mourani puisque ses délimitations chevauchent la circonscription d'Ahuntsic, sa circonscription fédérale actuelle.

Après 10 ans d'engagement politique, la notoriété de Maria Mourani dans la circonscription d'Ahuntsic peut l'aider à lisser sa transition en politique provinciale. Avec le dépôt du projet de loi sur la Charte des valeurs québécoises, qui redevient le centre de nombreuses discussions, Maria Mourani peut utiliser cette occasion pour séduire son électorat courant.

L'idée que Maria Mourani, députée volubile et provocatrice, restera une députée fédérale indépendante et souverainiste est peu probable étant donné que sa capacité d'influencer la politique efficacement a été considérablement réduite. Il serait préférable pour elle et les résidents d'Ahuntsic qu'elle considère sérieusement une transition politique sans heurts dans la politique provinciale; une arène plus propice pour débattre des idées souverainistes.

(1) La rente annuelle moyenne de 2011-2012 était de $58,051 dollars pour les anciens députés. Les réformes qui ont été apportées par le gouvernement Harper en 2013, stipule qu'en date du 19 octobre, 2015, soit la date des prochaines élections fédérales, les députés devront attendre jusqu'à l'âge de 65 ans pour commencer à bénéficier de leur retraite à taux plein, au lieu de l'âge actuel de 55 ans. En outre, les règles d'éligibilité concernant les députés de qualification pour les régimes de retraite après avoir servi six (6) ans au pouvoir n'ont pas changé. $58,051 x 35 ans (90 ans - 55 ans) = $2,031,785 et cela ne prend pas en considération le fait que la rente sera indexée à l'inflation qui porte le montant à plus de $2,500,000.

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