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Dépasser les visions étriquées pour avancer

Nous n’avons d’autre choix que celui de cheminer ensemble vers l’avenir bien plus radieux offert par le monde durable, prospère et inclusif qui reste à notre portée.

15/11/2017 11:00 EST | Actualisé 15/11/2017 11:27 EST
Wolfgang Rattay / Reuters
Les actions en faveur du climat doivent impérativement se multiplier partout dans le monde.

« Les autorités nationales doivent montrer l'exemple tout en ayant conscience qu'elles participent à un effort mondial. » Dans une allocution prononcée la semaine dernière à la Munk School of Global Affairs de Toronto, le Secrétaire général de l'OCDE Angel Gurría a exhorté les pays à ne pas se retrancher derrière leurs frontières nationales dans la lutte contre le changement climatique. Ce domaine d'action ne saurait souffrir un repli intégral. C'est une évidence alors que la défense des intérêts nationaux à court terme s'invite de plus en plus dans les débats internationaux sur le sujet. Le risque est d'autant plus grand qu'un certain nombre de pays cherchent toujours à enrayer des cycles de croissance atone. Pour être efficace, la lutte contre le changement climatique doit s'accompagner d'objectifs ambitieux et d'initiatives d'envergure nationale aussi bien que mondiale.

Bonn accueille actuellement la COP23, la Conférence de l'ONU sur le changement climatique, dont l'ambition est de « viser plus loin, plus vite, et tous ensemble ». Deux ans après la signature historique de l'Accord de Paris à la COP21, des signes de progrès encourageants se font jour, mais la tâche à accomplir reste monumentale. Nous savons depuis quelque temps déjà que les engagements vis-à-vis des CPDN (contributions prévues déterminées au niveau national) pris au‑delà de 2020 dans le cadre de l'Accord ne suffiront pas pour maintenir la hausse des températures sous la barre des 2 degrés Celsius, et qu'il faudra se montrer plus ambitieux et prendre davantage de mesures. Avec l'Accord de Paris, nous avons un instrument juridique international à la mesure de l'ampleur et de l'urgence du problème climatique et dont les mécanismes peuvent renforcer les ambitions et les moyens mis en œuvre au fil du temps. À Bonn, les négociateurs s'attachent à en préciser et clarifier les règles pour y parvenir.

Chaque pays doit apporter sa contribution en mettant en œuvre ses propres plans de lutte contre le changement climatique à l'aide des divers leviers d'action disponibles.

Chaque pays doit apporter sa contribution en mettant en œuvre ses propres plans de lutte contre le changement climatique à l'aide des divers leviers d'action disponibles. Des considérations politiques viennent toutefois redoutablement entraver l'action aujourd'hui puisque certains pays inclinent au repli national. Pourtant, la lutte contre le changement climatique ne doit pas être perçue comme une menace pour la croissance. Au contraire, elle pose les jalons de notre bien‑être et de notre prospérité économique de demain. C'est un constat de plus en plus établi, comme en témoigne clairement le rapport 2017 de l'OCDE intitulé Investing in Climate, Investing in Growth. La seule façon de progresser est de considérer les politiques climatiques comme faisant partie intégrante de l'action publique, au même titre que la politique fiscale et les réformes structurelles.

Un certain nombre de pays ont ouvert la voie et montrent qu'une telle intégration est possible. Le Canada en est un exemple emblématique. Sortir de l'imbroglio du carbone est une gageure pour ce grand État de l'OCDE, qui doit en outre pallier le manque de progrès accomplis par la politique climatique des dix dernières années. Mais l'élection de M. Trudeau au poste de premier ministre en octobre 2015 et son programme d'action progressiste en faveur du climat ont entraîné un bouleversement politique qui a contribué à faire le succès de la COP21. Dans un récent entretien avec le Financial Times, la ministre de l'Environnement Catherine McKenna a donné la preuve que le Canada était résolument engagé à lutter contre le changement climatique et qu'il était en outre pleinement conscient des difficultés que le pays doit surmonter pour réussir la transition.

L'OCDE lancera dans quelques semaines son examen environnemental du Canada. Cet examen met en lumière les progrès accomplis par le pays en faveur du climat. Le programme du Canada en la matière repose avant tout sur des mécanismes de tarification du carbone déjà mis en place par quatre provinces, ainsi que sur le nouveau Cadre pancanadien sur la croissance propre et les changements climatiques, qui propose par exemple la mise en place d'une tarification du carbone à l'échelle du pays d'ici 2018.

Il faut néanmoins se garder de tout triomphalisme. Les actions en faveur du climat doivent impérativement se multiplier partout dans le monde. Sans la vision, l'ambition et la détermination démontrées par des pays comme le Canada, les rangs de ceux qui optent pour le repli national pourraient grossir, ce qui n'aiderait en rien à lutter contre le changement climatique et, au contraire, menacerait la sécurité humaine, budgétaire, financière et environnementale. Nous n'avons d'autre choix que celui de cheminer ensemble vers l'avenir bien plus radieux offert par le monde durable, prospère et inclusif qui reste à notre portée.

Références et liens

Lire l'allocution du Secrétaire général de l'OCDE sur l'action en faveur du climat : www.oecd.org/environment/munk-school-climate-action-time-for-implementation-canada-2017.htm.

Plus de renseignements sur le rapport Investing in Climate, Investing in Growth : www.oecd.org/fr/environnement/cc/g20-climat/.

Plus de renseignements sur les travaux de l'OCDE dans le domaine du changement climatique : www.oecd.org/environment/action-on-climate-change.

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