Annie Lapierre

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Droits de scolarité: une réponse à Monsieur Marquez

Publication: 2/05/2012 00:53

Monsieur Marquez,

J'ai aimé votre texte « Le choc des valeurs » publié dans le Huffington Post Québec le 30 avril dernier. Je cherchais depuis longtemps un individu qui soit capable d'articuler une opinion cohérente en faveur de la hausse afin de lui soumettre mes objections et mes arguments, histoire de les mettre à l'épreuve.

Considérons donc d'abord la question des finances publiques et de la dette de notre province qui sont des enjeux importants qui, comme vous le dites si bien - et je suis d'accord avec vous, devraient préoccuper un citoyen individuellement responsable. Vous dites ne pas faire confiance aux chiffres, moi non plus, alors intéressons-nous à quelques faits qui sont trop passés sous silence depuis deux mois.

Le parti libéral a orchestré avec la firme Lavalin, dans les années soixante-dix, l'une des plus grandes affaires de corruption de notre histoire, celle de la construction du Parc olympique qui a coûté une fortune aux contribuables québécois. L'année passée, il y avait 35 ans que cet événement avait eu lieu et il est pratiquement impossible de lire dans les journaux un dossier sur cette question alors que les scandales liés au milieu de la construction et au dépassement de coûts éclatent un peu partout au Québec. Cette question est étrangement constamment occultée par les médias et surtout par M. Pratte, qu'on pourrait croire enragé contre les étudiants en ce moment, alors que l'Ingénieur Claude Phaneuf, témoin privilégié de toute cette aventure olympique, lui envoyait encore récemment des articles à publier sur la question et des idées de reportages et d'entrevues selon ce qu'on peut lire sur son site internet.

Ce gouvernement est aussi responsable de la vente, probablement illégale, de nos ressources énergétiques en pétrole sur l'île d'Anticosti, évaluées par la firme albertaine Sproule Associates Limited à 3000 G$ (de quoi rembourser notre dette plusieurs fois). Le Québec avait pourtant décidé de devenir propriétaire de ses ressources énergétiques au début des années 60, en portant au pouvoir Jean Lesage qui avait fait de la nationalisation de l'électricité et des ressources énergétiques, contre son propre caucus libéral, la question centrale des élections de 1962. En 2004, Jean Charest a démantelé la division Gaz et Pétrole d'Hydro-Québec et a cédé les droits d'exploitation des réserves de pétrole de l'ile d'Anticosti à des intérêts privés et étrangers. Il est en ce moment impossible de connaitre les modalités de cette transaction. Une plainte a été déposée à la sûreté du Québec par Daniel Breton, porte-parole du groupe Maîtres chez nous - 21e siècle,et les médias en ont très peu parlé encore une fois.

Vous dites aussi que cette hausse est raisonnable parce qu'elle n'est en fait qu'un rattrapage de ce qu'auraient dû payer les étudiants depuis 45 ans dans un monde où les couts de fonctionnement des universités ne font qu'augmenter. Moi, je vous réponds que cette hausse est déraisonnable parce qu'elle est imposée par un gouvernement corrompu, sans consultation de la population et sans qu'une évaluation précise des besoins des universités n'ait été menée. Alors que les recteurs des universités ont pratiquement carte blanche en ce moment, une hausse des frais de scolarité, sans réorganisation et vérification de la gestion des universités, est une porte ouverte à d'autres scandales et à d'autres gaspillages.

Ce que veulent les étudiants qui sont dans la rue en ce moment, ce n'est pas refiler la facture aux autres, à leursparents ou aux honnêtes travailleurs du comté de Line Beauchamp comme voudrait nous le faire croire la ministre, ce que veulent les étudiants, c'est une meilleure gestion de nos ressources et de nos institutions et une plus grande accessibilité aux études supérieures dans une province où l'éducation n'est pas vraiment valorisée (ce qui doit faire franchement l'affaire de Jean Charest en ce moment).

Ce que réclament les étudiants, dans la foulée des mouvements d'occupation qui ont remué les grandes métropolesl'automne dernier, dont Montréal et New York, c'est qu'on cesse le gaspillage denos ressources économiques au profit d'une élite. Je crois sincèrement que notre responsabilité individuelle, qui est une de vos valeurs indiscutables, doit nous conduire à une prise de conscience des enjeux importants de notre époque et se solder par une prise en charge de notre responsabilité collective. Moins de corruption, plus d'éducation et une meilleure gestion de nos institutions, voilà ce dont le Québec a réellement besoin.

 
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