LES BLOGUES

Polytechnique: nous sommes ici, nous sommes vivantes et nous sommes toujours debout

04/12/2015 02:37 EST | Actualisé 04/12/2016 05:12 EST

Je suis fatiguée de travailler si dur pour une paie injuste

Choquée par vos lois et verdicts compatissants

Dégoutée par le détournement de vos regards

Quand vous les voyez nous pousser

Autour de cette terre,

Nous sommes discriminées, vendues, battues, brûlées,

Nous sommes défigurées, mutilées, poignardées, et tuées

Nous sommes violées individuellement ou en masse

Par un individu ou par des gangs

En temps de paix et en temps de guerre

Nous sommes sans pouvoir

Ils ont tout et ils nous ont pardessus tout

Nous sommes les appauvries

Nous sommes souvent ramenées à notre profil racial

Nous sommes les stigmatisées

Nous sommes les soi-disant malades mentales

Quand nous contestons les distributions des rôles basés sur le genre

Je n'en crois pas mes yeux que vous vous en foutez

Je manque des mots quand vous ne vous montrez pas

Où êtes-vous quand vous nous entendez crier au secours?

Où êtes-vous quand vous nous voyez être frappées, brûlées?

Où êtes-vous quand nous sommes violées en temps de paix?

Où êtes-vous quand nous sommes violées en temps de guerre?

Où êtes-vous quand nous nous plaignons du harcèlement sexuel au travail?

Où êtes-vous quand nos filles subissent la violence pendant les sorties?

Où êtes-vous quand nos enfants nous sont arrachés?

Où êtes-vous quand ils sont acquittés et reviennent nous infliger plus grandes misères?

Où êtes-vous quand vos jugements sont bafoués?

Où êtes-vous quand l'une de nous finit dans une chaise roulante?

Où êtes-vous quand l'une de nous est tuée?

Sur le lieu du crime, vous n'amenez même pas une fleur, même pas une carte

Comme si nos vies ne comptaient pas

Quelle honte! Qu'elle soit sur vous!

Vous n'écrivez même pas à propos de nous des fois,

Oui, nous ne faisons pas souvent la première page

Spécialement quand nous sommes de couleur foncée

Et nous ne faisons pas la première page dans vos agendas politiques non plus

Une question pour vous: «Que va-t-il se passer désormais?»

Allons-nous vous laisser continuer à nous tuer?

Allez-vous accepter votre échec de nous protéger?

Allons-nous continuer à observer un silence complice?

Allons-nous continuer à être pliées par la honte pour toujours?

Je ne le pense pas! Ne comptez pas sur nous!

Non, je ne le pense pas!

Impliquez-vous!

Si vous ne condamnez pas la violence, vous l'approuvez.

Si vous ne dénoncez pas la violence, vous la renforcer.

Désormais, nous allons sortir de nos placards

Nous voici, nous les survivantes et les victimes actuelles

De toutes les formes de discriminations

Et violences faites contre les femmes

Désormais on va répliquer

Sans balles ou gilets-anti balles,

Sans armes ou muscles comme les vôtres

Nous nous battrons avec nos mots, nos chants,

Nos slogans, nos demandes pacifiques

Nous marcherons dans les rues,

Nous marcherons vers les collines de pouvoir

Réclamant nos droits, militant pour changer les lois

Nous allons reprendre les maisons, les rues, les ministères

Jusque-là invisibles, désormais vous nous remarquerez

Quand l'une de nous sera brutalisée

Nous organiserons autour de la terre

Des marches de millions de femmes

Nous serons dans les cours quand l'une de nous est jugée ou mal jugée

Partout au monde, nous allons partager le pouvoir

Le pouvoir dans nos maisons,

Le pouvoir dans nos écoles et académies,

Le pouvoir dans les manufactures, le pouvoir dans les corporations,

Le pouvoir dans les parlements, les pouvoirs dans les ministères

Comme chefs d'états, dans les églises, les clubs privés,

Partout

Nous voulons ce pouvoir

Nous étions muselées, les non écoutées,

Mais désormais, nous viendrons aux tables de négociations

Nous crierons plus fort si nécessaire

Nous cognerons aux portes

Nous cognerons à vos murs jusqu'à ce que vous appeliez le 911

Regardez-nous bien;

Nous ne sommes plus vos proies faciles

Nous sommes bien visibles; en dehors de nos placards

Nous sommes ici,

Nous avons survécu et nous sommes bien vivantes

Nous sommes ici, nous sommes des êtres humains,

Nous méritons le respect, la justice et un traitement égal

Nous sommes ici, nous sommes vivantes, nous sommes fortes

Et nous sommes toujours debout

Et nous partagerons ce pouvoir! À parts égales.

Extrait du livre Je peux témoigner, p. 107, Annie Kashamura Zawadi, 2007

À LIRE AUSSI SUR LE HUFFINGTON POST QUÉBEC

- BLOGUE Banaliser la misogynie, c'est dangereux - Marilyse Hamelin

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Ecole Polytechnique Ceremonies

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter