Annick Vigeant

RECEVEZ LES NOUVELLES DE Annick Vigeant
 

Infantilisation, juste part et nombrilisme

Publication: 21/03/2012 13:13

Voilà plusieurs jours que j'entends dire différentes choses qui me boguent sérieusement à propos de la grève étudiante. En voici trois.

D'abord, est-ce qu'on pourrait arrêter de prendre les étudiants pour des enfants? Quand ce n'est pas le maire Tremblay qui dit que les parents devront faire la leçon à leurs enfants, c'est la ministre Beauchamp qui les sermonne comme une maman en les priant de retourner en classe sous peine de sérieuses conséquences, ou le chroniqueur de circulation de Radio-Canada qui laisse entendre que ce seront les parents qui écoperont du paiement des contraventions encourues par les blocages. Les étudiants ont en grande majorité atteint l'âge adulte, parfois même avancé , et il serait temps qu'on commence à s'adresser à eux comme tel, comme des citoyens à part entière, ce qu'ils sont d'ailleurs.

Ensuite, l'argument de la «juste part» de la ministre Beauchamp, qui ne semble avoir aucune autre raison valable à mettre de l'avant pour justifier la hausse massive des frais de scolarité. Or, dans une société qui se veut ouverte et égalitaire, où l'on tient encore à la justice sociale, cet argument ne tient pas la route. Que dirions-nous si le gouvernement demandait aux aînés, aux malades, aux handicapés de payer «leur juste part», puisqu'ils utilisent abondamment les services de l'État? Ou aux chômeurs de rembourser une partie de leurs allocations une fois de retour sur le marché du travail? Les étudiants contribueront amplement à la société durant leur vie active, par l'entremise de l'impôt progressif, à la hauteur de leur capacité et de leur revenu. Et s'il est vrai que les universitaires gagnent majoritairement un si bon salaire, il ne devrait pas y avoir de souci à se faire sur la juste part qu'ils rembourseront grâce à l'impôt.

Finalement, je n'en peux plus d'entendre dire que les jeunes quémandent et ne pensent qu'à eux. Les étudiants ne manifestent pas pour eux personnellement; ils auront pour la plupart terminé leurs études dans cinq ans, quand la hausse atteindra son paroxysme. Ils le font pour un idéal, parce qu'ils croient qu'il est important de conserver l'accessibilité pour tous. Parce qu'ils veulent pouvoir envoyer leurs enfants à l'université. Parce qu'ils veulent que tout le monde puisse envoyer leurs enfants à l'université, qu'importent leurs moyens financiers et leurs antécédents familiaux. Parce qu'ils ne veulent pas d'une société de classes où les moins nantis le demeurent de génération en génération. Parce qu'ils veulent que les jeunes qui les suivront puissent encore faire le choix de s'endetter un peu pour devenir infirmiers, enseignants ou travailleurs sociaux, malgré le fait qu'ils pourraient faire un DEP en électricité et être beaucoup mieux payés à leur sortie de l'école. Parce que des infirmiers, des enseignants et des travailleurs sociaux, tout le monde en a besoin.

Et parce qu'ils croient avant tout en l'importance de l'éducation pour l'avancement de la société dans son ensemble. Au fait que l'éducation, ça contribue aussi à améliorer la santé. Au fait qu'une société éduquée, c'est une société concurrentielle. Ils sont même prêts à sacrifier une session, voire plus, pour défendre leurs idéaux. Ils sont prêts à perdre des deniers durement gagnés au service d'une cause drôlement plus grande qu'eux. Ils sont prêts à nuire à leurs intérêts personnels pour servir l'intérêt collectif. S'il y en a qui appellent ça penser juste à son nombril, c'est peut-être parce qu'ils pensent eux-mêmes juste au leur.

Vos commentaires sont les bienvenus!

Annick Vigeant, traductrice agréée., blogueuse et étudiante

 

Suivre Annick Vigeant sur Twitter: www.twitter.com/AnnickVigeant

Suivre Le HuffPost Québec