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Matin de guerre

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Les pensées se bousculent, se mélangent, confuses, personnelles, collectives.

- S'assurer qu'aucun enfant ou ami n'était dans les parages, et rassurer les amis qui appellent de partout, tant la planète est une, tant l'information n'a plus ni frontières, ni délai.

- Se réveiller dans un Paris en guerre. Ma génération a vécu, enfant, la guerre d'Algérie quand Michel Debré, Premier ministre, appelait les Parisiens à se rendre, "à pied, à cheval, en voiture" au devant des parachutistes de l'OAS, en 1961, lors de ce qu'on a appelé "le putsch des généraux". Hollande cette nuit était plus calme, mais plus grave et bouleversé, qu'on ne l'avait jamais vu.

- Regarder sans fin des images qui ne disent rien, sinon la détresse, le chaos, l'horreur de ces gens abattus comme des lièvres un jour de chasse, et écouter ces témoins à la voix blanche, qui étaient au café ou au Bataclan, et qui ont échappé à la mort, au massacre.

- S'interroger sur ce terrorisme qui franchit encore un nouveau stade: ni Prophète à venger, ni policiers, journalistes, militaires, ou juifs à éliminer, juste arroser de balles à l'aveugle des jeunes et moins jeunes qui cherchaient de l'insouciance, la musique, la gaieté par une trop douce et trompeuse soirée de novembre. Donc rien à comprendre, sinon vouloir terrifier les Français, empêcher la France de détruire les destructeurs, entamer son unité déjà bien ébranlée après la courte pause de l'après Charlie.

- Attendre les résultats de l'enquête bien sûr, mais s'affranchir de l'idée qu'il s'agit d'enfants perdus devenus meurtriers, et réaliser qu'il s'agit d'un commando militaire, très organisé. Il s'est déployé avec méthode, assassinant des gens à terre avec la pire des cruautés, connaissant fort bien les lieux, le Bataclan et les habitudes de la foule qui se presse dans les bars du quartier République/Oberkampf le vendredi soir.

- Serrer les rangs, pointer du doigt ceux qui, déjà, récupèrent sans la moindre décence, le FN bien sûr, mais pas qu'eux. Laurent Wauquiez par exemple n'hésite pas -au mépris de la loi- d'appeler à aller jusqu'au bout de l'état d'urgence en demandant dès à présent des centres de détention pour les personnes fichées "S", (particulièrement surveillées), alors que la loi sur l'état d'urgence mise en œuvre pendant la guerre d'Algérie précise qu'elle ne peut en aucun cas, permettre la création de centres d'internement!

- Ne pas céder un pouce de terrain sur la sécurité, mais rester justement dans la lettre de la loi, au risque de sortir -quel bonheur alors pour les terroristes!- du cadre de la démocratie.

- Imaginer, avec un soupçon d'optimisme, que peut-être les réticences de janvier qui ont anesthésié certains quartiers, ou détourné certains élèves d'une minute de silence pour les morts de Charlie et de l'Hyper Cacher, vont s'effacer. Que peut-être, comme au sortir de la guerre, il va y avoir, tous français confondus, une France dignement unie. Qui désormais peut "comprendre" des actes d'une infinie barbarie? Qui pourra se désolidariser d'une indignation nationale? Qui pourra dire encore une fois, comme certains l'ont fait, "ils l'ont bien cherché"?

Une goutte d'espoir infime dans une mare de sang.

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