Anne Sinclair

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Four more years!

Publication: 07/11/2012 00:53

Ce fut le slogan des supporters d'Obama toute la nuit, avant une victoire plus nette que prévu et à l'heure où l'on écrit, acquise certainement par les grands électeurs, pas forcément par le vote populaire.
Mais on peut déjà tirer des leçons et de la victoire d'Obama et de la campagne interminable qui s'achève.

La première leçon à tirer, c'est que la crise n'est pas une fatalité.
Il est le seul dirigeant occidental confronté à la grande débâcle économique et financière de ce début de siècle qui ait résisté. Souvenez-vous des premiers G8 ou G20 de l'ère Obama : Sarkozy, Zapatero, Berlusconi, Gordon Brown étaient autour de la table. Le seul qui se maintienne hors de l'eau, c'est Obama. Et cela amplifie encore sa victoire. Superman sort abîmé, quelques habits en lambeaux, mais vainqueur.

La deuxième leçon qui découle de celle-là, c'est que son bilan n'était finalement pas si mauvais : il n'a pas endigué la crise, mais il l'a maîtrisée ; il a fait la couverture santé pour 30 millions d'Américains qui ne l'avaient pas ; il a sauvé le secteur automobile dont Romney disait qu'il n'était pas la peine d'y rajouter un cent ; il a entamé une régulation du système bancaire.

Alors, certes, une action imparfaite, surtout en politique étrangère, qui pourrait bien être le secteur où il concentrera ses efforts lors de son second mandat, si le Congrès, via la Chambre des représentants continue à lui mener la vie dure sur le plan intérieur.

La troisième leçon est que l'Amérique est très divisée. Le parti Républicain en a dégoûté plus d'un en se portant très à droite, mais le racisme réel envers les minorités, l'antagonisme entre les partisans du moins d'Etat et ceux d'un Etat fort, la conviction qu'il faut baisser ou augmenter les impôts, et le souci des emplois à retrouver fracture les Etats-Unis.

Il va falloir au Président élu beaucoup de doigté pour piloter une Amérique si blessée. Et ce n'est pas le système américain qui va le lui permettre spontanément. Un système qui a été fait pour empêcher tout pouvoir réel, je dirais presque un système créé par les Pères Fondateurs pour empêcher l'une ou l'autre des lieux de pouvoir d'être en mesure de gouverner.

Le congrès reste divisé, le Sénat reste démocrate et la Chambre des Représentants, républicaine. Si les dirigeants du Parti Républicain ne prennent pas eux aussi la mesure de la fracture et n'agissent pas en hommes d'Etat, le pays va continuer cahin-caha.

Quant aux leçons à tirer de la campagne, quelles sont-elles ? Qu'elle fut longue, dégoulinante d'argent et floue. Ce système paraît insupportable quand on voit les déluges d'argent qui ne sont pas forcément allés aux candidats eux-mêmes, mais qui, pour la première fois de manière plus sournoise via ce qu'on appelle les "super Pacs", ont permis à des groupes anonymes, oeuvrant pour tel ou tel en sous-main, de recueillir des sommes gigantesques pour des publicités négatives, pour des "robocalls" ou - ce qui a avantagé les Démocrates - pour "get out the votes", aller faire voter les électeurs par tous les moyens.

Mais au-delà de l'image de la petite fille en pleurs qui n'en pouvait plus de cette campagne, c'est toute une Amérique lassée des appels téléphoniques automatiques et des attaques les plus sordides et mensongères, qui s'est demandée où passait tout cet argent indécemment dépensé.

D'autant plus que ce qui est rassurant au contraire, c'est que ce sont des éléments traditionnels qui ont fait bouger les lignes, pas forcément les "négative ads", ces publicités faites pour discréditer l'autre camp et prouver qu'il a menti : les débats télévisés ont eu un rôle inédit depuis longtemps. Ils ont montré un Romney combatif d'entrée, un Obama endormi. Puis, piqué au vif, le Président s'est réveillé et a porté des coups à son tour. Ce ne fut pas déterminant, mais au moins aussi efficace que les milliards qui ont coulé à flots.

Et n'oublions pas le hasard- qui en l'occurrence s'appelle Sandy - qui a montré un Chef au combat tel que l'Amérique les adore, battle-dress, menton volontaire et volonté de rassembler dans le drame une Amérique divisée.

Quelques incertitudes écartées aussi dans cette chaude nuit. Madeleine Albright disait hier matin sur France Inter à Patrick Cohen qu'elle ne comprenait pas qu'une seule femme puisse voter Romney après les propos conservateurs de ce dernier et surtout ceux scandaleusement rétrogrades de ses compagnons. Elle a été entendue puisque la sénatrice démocrate Claire McCaskill a conservé son siège dans le Missouri, où son rival républicain Todd Akin avait fait polémique avec une déclaration sur le "viol véritable".

Mais surtout, l'incertitude principale portait sur le candidat républicain lui-même : qui était donc Mitt Romney ? L'homme était largement inconnu dans ses motivations, dans ses positions, dans ses décisions : gouverneur modéré du Massachussets, il s'est révélé un candidat extrémiste pour séduire la droite du parti républicain, avant de se recentrer pour rendre les lignes du débat plus floues.

Qu'aurait-il fait en politique étrangère ? Nul ne le sait. Qu'aurait-il fait en matière de politique de santé ? Garder l'Obamacare, ou s'en débarrasser ? Qu'aurait-il fait en matière de relance économique, lui dont l'argument principal fut longtemps : je suis un businessman qui a gagné de l'argent, j'en ferai donc gagner à mon pays.

Alors oui, les Américains ont préféré donner à Obama quatre ans de plus pour finir de les convaincre que le premier président noir de l'histoire des Etats-Unis, un des plus charismatiques que l'Amérique ait connu pouvait leur apporter non seulement du rêve, mais un peu plus d'optimisme sur leur futur.

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  • Soirée électorale aux États-Unis

    Lorsque l'on a annoncé la réélection de Barack Obama... (AFP)

  • Soirée électorale aux États-Unis

    Lorsque l'on a annoncé la réélection de Barack Obama... (AFP)

  • Soirée électorale aux États-Unis

    Empire State Building, bleu pour Obama... (AFP)

  • Soirée électorale aux États-Unis

    Empire State Building, bleu pour Obama... (AFP)

  • Soirée électorale aux États-Unis

    Lorsque l'on a annoncé la réélection de Barack Obama... (AFP)

  • Soirée électorale aux États-Unis

    Empire State Building, bleu pour Obama... (AFP)

  • Soirée électorale aux États-Unis

    Lorsque l'on a annoncé la réélection de Barack Obama... (AFP)

  • Soirée électorale aux États-Unis

    Lorsque l'on a annoncé la réélection de Barack Obama... (AFP)

  • Soirée électorale aux États-Unis

    Lorsque l'on a annoncé la réélection de Barack Obama...et la défaite de Romney. (AFP)

  • Soirée électorale aux États-Unis

    New York (MEHDI TAAMALLAH/AFP/Getty Images)

  • Soirée électorale aux États-Unis

    New York (MEHDI TAAMALLAH/AFP/Getty Images)

  • Soirée électorale aux États-Unis

    (ROBYN BECK/AFP/Getty Images)

  • Soirée électorale aux États-Unis

    (ROBYN BECK/AFP/Getty Images)

  • Soirée électorale aux États-Unis

    Chicago (ROBYN BECK/AFP/Getty Images)

  • Soirée électorale aux États-Unis

    Chicago (ROBYN BECK/AFP/Getty Images)

  • Soirée électorale aux États-Unis

    (AFP)

  • Soirée électorale aux États-Unis

    (AFP)

  • Soirée électorale aux États-Unis

    (AFP)

  • Soirée électorale aux États-Unis

    (AFP)

  • Soirée électorale aux États-Unis

    (AFP)

  • Soirée électorale aux États-Unis

    (AFP)

  • Soirée électorale aux États-Unis

    (AFP)

  • Soirée électorale aux États-Unis

    (AFP)

  • Soirée électorale aux États-Unis

    (AFP)

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  • Clint Eastwood

  • Ann Romney

  • George W. Bush s'est fait discret pendant la campagne...

  • Le "meme" Skeptical African Kid

  • Mitt Romney

  • Paul Ryan

  • Joe Biden

  • Hugh Hefner

  • Big Bird

  • Pauvre Big Bird...

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  • Obama "not bad"

    Cette photo du couple présidentiel prise en mai 2011 lors d'un voyage officiel au Royaume Uni a donné naissance à un nouveau personnage dans la série des "<a href="http://www.ragecomic.fr/description-des-rage-comics/">rage faces</a>" (les visages rageux en français). Ce type de dessins très basiques sont généralement utilisés sur Internet pour raconter des anecdotes de la vie quotidienne, et évidemment Obama en a inspiré plusieurs. (voir diapositive suivante).

  • Obama "not bad"

    Sur Internet, ce dessin s'utilise généralement pour décrire une situation du type "finalement, ça c'est mieux passé que prévu", soit "not bad".

  • Le certificat de naissance

    Le mouvement des "birthers" fait référence à tous ceux qui pensent que Barack Obama n'est pas né sur le sol américain et ne peut donc être président des Etats-Unis. Après plusieurs mois de polémique, en juin 2008, l'équipe de campagne d'Obama a publié une photo du fameux certificat de naissance. Cet épisode du certificat de naissance a resurgi tout au long du mandat d'Obama, et il en va de même sur internet, comme l'illustre cette image faisant le lien entre la mort de Ben Laden et ce running gag.

  • Le poster "Hope"

    Le poster de campagne de Barack Obama fait partie des grands classiques. L'œuvre de l'artiste de rue Shepard Fairey réalisée durant la campagne de 2008 fait sans doute partie des images les plus revisitées de ces dix dernières années et le Web n'est pas étranger au phénomène.

  • Obama sur un skateboard

    Le titre dit tout ce qu'il faut savoir sur ce délicieux montage.

  • Obama VS. Zombie McCain

    Cette photo prise lors de lu dernier débat présidentiel de 2008 continue d'être reprise sur Internet. On y voit John McCain dans une étrange position, langue dehors, rappelant la démarche d'un zombie...

  • Après Abraham Lincoln chasseur de vampires, Barack Obama chasseur de zombies?

    Bof... il est au dessus de ça. <em>* "assez cool pour ignorer royalement les zombies"</em>

  • La Situation Room

    La photo de Barack Obama, Hilary Clinton, Joe Biden et les membres du Conseil national de sécurité dans la Situation Room de la Maison Blanche fait partie des images fortes du mandat. Prise le jour de la capture et de la mort de Ben Laden, le 1er mai 2011, l'image est bien assez forte pour inspirer des centaines de parodies.

  • Obama le mage

    Cette photo de campagne, datée du 13 août dernier, a été prise sous le bon angle et donne l'impression qu'Obama tient une boule de feu entre ses mains. On imagine directement le potentiel de cette photo non?

  • Allo c'est Obama

    A quelques jours du scrutin, les candidats levaient des fonds par téléphone pour la dernière ligne droite. Voici comment le 28 octobre dernier cette photo a fait son apparition sur Internet. Selon ABC, Obama venait de réaliser qu'il avait fait un faux numéro...

  • Obama et les batailles de boules de neige

    Fin janvier 2009, les photos d'une bataille de boules de neige entre le président et un enfant apparaissent sur le site <a href="http://www.superpoop.com/archives/2009/Jan/">Superpoop.com</a> … une succession d'images si prometteuse que les rieurs n'ont pas résisté à produire <a href="http://knowyourmeme.com/memes/obama-snowball">des centaines de détournements</a>.

  • Le sourire

    En 2009, Eric Spiegelman met bout à bout 130 photos d'Obama prise la même soirée... et ouvre les yeux au monde: Obama a toujours le même sourire.

  • Le canon à guimauves

    Les images d'Obama<a href="http://www.francetvinfo.fr/obama-teste-la-mitraillette-a-chamallows-a-la-maison-blanche_59967.html"> essayant un canon à guimauves pour la fête de la science à la Maison Blanche</a> (en février dernier) ont également inspiré des centaines d'images légendées et des Gifs parmi lesquels celui-ci.

  • BONUS

    via @romain_herreros sur Twitter.

 

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