Anne Sinclair

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D'une Convention à l'autre

Publication: 03/09/2012 15:35

La semaine qui vient de s'écouler aux Etats-Unis a commencé dans la crainte d'un ouragan imprévisible nommé Isaac, et s'est terminée dans un regret, avec la prestation déroutante de L'inspecteur Harry (1).

A quoi sert une Convention ? D'abord à rappeler aux électeurs qu'ils voteront dans deux mois, ce dont ils n'ont pas toujours pris conscience, malgré l'interminable campagne qui, aux Etats-Unis, entre les primaires et l'élection elle-même, s'étale au moins sur un an. La grand-messe d'une Convention a pour objet officiel de dévoiler le programme du candidat qu'elle intronise. Mais en réalité, c'est le moment où jamais pour modeler, voire modifier son image.
Ces gigantesques meetings, étalés sur plusieurs jours et dont on connaît bien les images des ballons qui s'envolent, les ardeurs de la foule et les ovations qui montent vers le héros de la fête, sont des shows calibrés - théoriquement - à la seconde près, qui ont pour but de mettre en lumière la personnalité d'un homme, plus encore que son programme de gouvernement. C'était l'objectif de Mitt Romney la semaine passée à Tampa, en Floride, avant que Barack Obama, à son tour, n'entre en scène dès mardi, à Charlotte, en Caroline du Nord.

J'ai assisté il y a quatre ans à la fin de la Convention Démocrate, le 28 août 2008, celle qui intronisa Obama. Elle reste, pour moi, un souvenir mémorable.

Il faisait une chaleur écrasante, et, à quelques-uns, nous avions décidé de nous rendre à Denver où avait lieu la Convention, munis seulement de deux précieuses invitations pour cinq personnes, ce qui était un peu hasardeux, tant la demande était forte et les contrôles - soi-disant - sévères.
Imaginez une longue, une très longue file de supporters serpentant sur deux ou trois kilomètres dans la banlieue de Denver. Alors que les grilles du stade restaient fermées, tout le monde est resté sur place quatre heures sans broncher, sous le soleil brûlant du Colorado, et sans une goutte d'eau à l'horizon.

Le soulagement quand, enfin, la foule se mit à bouger ; la débrouillardise un peu honteuse, pour parvenir à entrer à deux avec la carte d'invitation ; la combine, bien française, quand l'un de nous ressortait chercher un à un nos compagnons... Dans les foules américaines, la resquille, comme devant un cinéma du Quartier Latin, n'existe pas : personne ne proteste, tout le monde patiente, personne ne se faufile, "you just follow the rule", on applique la règle, non écrite mais convenue, de la bienséance, qui rend un peu confus des Français mal élevés, mais contents quand même d'être entrés dans le Saint des saints.

Oppressante, l'immensité du cirque, envahi par 85.000 personnes ! Un Stade de France en plus grand, avec une scène monumentale tendue de bleu, parsemée de colonnes égypto-gréco-romaines comme pour une représentation d'Aïda. Steevie Wonder pour faire patienter et faire rocker sagement les spectateurs, des célébrités à photographier comme Oprah Winfrey ou Al Gore, et des intervenants, tous choisis avec soin, anonymes ou célèbres, que ce soit la chanteuse pop Beyoncé, un animateur de quartier de Chicago, ou cette femme, ancien commandant d'une unité ayant sauté sur une mine en Afghanistan, et dont les deux jambes étaient remplacées par des prothèses, entrant sous les acclamations du public ému.

Tous, avaient la même minute et demie de temps de parole, écrite et lue sur prompteur, pour dire tout le bien qu'ils pensaient du candidat Démocrate. Les textes avaient été écrits bien sûr par le staff d'Obama, rien n'était improvisé. Certes, le son était médiocre, mais il était réglé non pas pour le confort de l'écoute dans le stade, mais pour être entendu des 40 millions de téléspectateurs qui suivaient la Convention en direct.

Les pancartes qui devaient ponctuer le discours des intervenants les plus marquants, comme Joe Biden, le colistier d'Obama, comme Hillary, ralliée avec panache à son rival de la primaire, ou comme Bill Clinton lui-même, étaient distribuées avec méthode par des centaines de militants, qui envahissaient les travées une minute avant que l'orateur ne prononce la phrase-slogan attendue et qu'on voulait voir soulignée.

C'est ainsi que l'on voit, lors des retransmissions télévisées de ces grandes célébrations américaines, les mots-clés préparés par l'équipe de communication du candidat, fleurir à la même seconde dans le stade, qui semble alors onduler sous l'effet d'une houle bleue, blanche ou rouge, faite, elle aussi pour l'image.

Enfin, dans cette scénographie très au point, vient le discours espéré par la foule et relayé par les énormes écrans tout autour de l'arène. Obama, élancé, gracieux, mais le menton légèrement levé de celui qui se sait le chef, s'est installé au pupitre. Pas un mot prononcé hors de ceux écrits sur le prompteur, pas un tremblement devant cette marée humaine, soignant même en péroraison, l'arrivée de Michelle, belle et triomphante pour l'ovation finale. Dans une Convention réussie, le discours du candidat intronisé doit être le point d'orgue de ces journées, le moment où l'orateur doit enflammer le stade, dont la clameur, espère-t-on, perdurera jusqu'au premier mardi de novembre, jour de l'élection du Président des Etats-Unis.

Obama, ce 28 août 2008, fit donc un grand et beau discours sur l'espoir - "Hope" - et le changement - "Change" - qui furent ses deux slogans de 2008. Celui de 2012 - "Forward" - veut donner l'impression de continuer de l'avant, et ne pas ralentir le mouvement. Il sera sûrement la ponctuation de la Convention de Charlotte, mais il est probable qu'il fera moins vibrer la foule inquiète des classes moyennes.

Au terme de ce discours d'il y a quatre ans, après l'image des couples Obama et Biden enlacés ; après la bénédiction du pasteur qui suivit - à la stupeur des étrangers habitués aux messes politiques laïques - la foule debout, silencieuse et recueillie, pria pour demander au Ciel ses faveurs pour le candidat, et tout le monde s'en fut. Sans bousculade, à travers un terrain vague, le long d'un petit goulot d'étranglement, entre deux rangées de barbelés, la foule s'écoula paisiblement en cette nuit de fin d'été, sûre de tenir sa victoire deux mois plus tard.

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