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Ces produits français qui nous manquent tant au Québec

Le Français est-il chauvin au point de commander en ligne son sel « La Baleine » ?

21/11/2017 08:30 EST | Actualisé 21/11/2017 13:42 EST
Darren Coleshill

Vraisemblablement, avant d'ouvrir cet article et en en lisant seulement le titre, nombreux sont ceux qui ont dû répondre dans leur tête : « En France, criss. » Eh bien oui, criss, on ne vit pas à l'étranger pour manger comme chez soi ! Sinon, restons chez nous, on est bien d'accord.

Ceci étant dit, il va falloir reconnaître qu'une bonne Rillette du Mans avec une baguette bien fraiche, cela peut redonner le goût de vivre à un Français en temps de crise.

Marcel Proust l'a écrit bien mieux que moi et bien avant moi, en évoquant la madeleine de son enfance : « quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles, mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir. »

Bref, la bouffe de notre enfance est porteuse d'un message important, celui de « l'édifice immense du souvenir ». CQFD.

Cette parenthèse littéraire mise à part, revenons-en à nos moutons et à notre Rillette de Proust. Où la trouver, cette rillette, lorsque 5.408 km séparent Montréal du Mans ? « Sur le Plateau ! », me diriez-vous. Et tandis que certains chercheront avec désespoir aux rayons charcuterie de toutes les épiceries qui se situent de l'avenue du Parc à la rue d'Iberville, et de Sherbrooke à des Carrières, d'autres pleureront Pim's, Dinosaurus, Pitch, Chocapic, purée Mousline et « bouteilles de coca » surettes Haribo. Parce que si l'on trouve, dans la plupart des épiceries, les légendaires paquets de bonbons Haribo, pourquoi diable les « bouteilles de coca » surettes n'ont-elles pas passé les douanes canadiennes ?

Les épiceries montréalaises ont bien compris qu'il y avait un marché tannant, mais néanmoins intéressant à satisfaire, avec le nombre grandissant de Français errant dans les rues de la ville, à la recherche, tourmentés et accablés, de lait concentré Nestlé et de galettes pur beurre St-Michel. C'est ainsi que rapidement, la réputation des Oscar, Gourmet Laurier, de La Vieille Europe ou autres Young's Bros Fruit Store n'étaient plus à faire.

Sur Facebook, il existe même un groupe qui s'appelle « Si tu es un expat' gourmand à Montréal et que tu cherches... » permettant aux amoureux de Petits Suisses Gervais ou de Ravioles du Dauphiné d'appeler à l'aide. Et 80% du temps, la réponse arrive positive, avec une adresse d'épicerie très précise en plus de ça. La fraternité et l'entraide y sont stupéfiantes.

Julie, Française à Montréal depuis 10 ans (et désormais Canadienne), est la créatrice de cette page. Elle explique : « La page n'est pas uniquement consacrée aux produits français, mais aux produits étrangers en règle générale. Évidemment, 95% des membres sont Français (de Métropole), mais nous avons aussi des membres venant des départements et territoires d'outre-mer, d'Afrique et d'Asie ! ».

Julie agit en véritable arbitre sur la page Facebook, empêchant les débordements qui pourraient très vite arriver lorsqu'il s'agit d'invoquer le plus incontrôlable de nos cinq sens.

Évidemment, on ne se le cachera pas, il faut être sacrément nostalgique pour accepter d'acheter du sirop Tesseire à 10$ la bouteille. Heureusement pour nos finances, des alternatives existent pour éviter de s'endetter sur quatre générations pour des produits raffinés qui sont en plus mauvais pour la santé – diantre, que l'Homme est compliqué... - et ces alternatives s'appellent : les produits québécois !

Il y a plus de 400 fromages d'ici, il faudrait être de mauvaise foi pour dire que le Québec n'a pas de bons fromages !

Julie l'explique en citant l'exemple des fromages : « Le Champfleury ou le Sir Laurier d'Arthabaska pour la Tartiflette, ça marche très bien ! Pour l'aligot, on choisira plutôt un cheddar frais ou de la Tomme de Grosse-Île ». D'après Julie, les trois types de produits les plus demandés par les Français sont indéniablement le fromage, les charcuteries et les biscuits/bonbons, évoqués plus haut dans cet article comme étant nos fameuses madeleines de Proust. Au sujet du fromage, elle ajoute : « Il y a plus de 400 fromages d'ici, il faudrait être de mauvaise foi pour dire que le Québec n'a pas de bons fromages ! »

L'hiver arrivant, Julie devra encore faire face à quelques interrogations fromagères et charcutières : « Parmi nos produits les plus demandés ces temps-ci, nous avons la fameuse tomme fraiche (pour l'aligot), la saucisse de Morteau, la cancoillotte, et nous passerons bientôt à la tartiflette et la raclette. D'ailleurs, pour cela, on oublie les lardons pré-emballés et découpés, on oublie le bacon de l'épicerie, et on va tester le lard double fumé de William-Walter (même leur bacon régulier est délicieux), on leur fait couper des tranches de 1 demi-centimètre d'épaisseur et on fait nos lardons nous-même ! »

Qui prend plaisir à nous faire courir entre Côte-des-Neiges et les Halles d'Anjou pour satisfaire nos bas instincts de Français en quête de l'émotion que suscitent des Barquettes à la fraise ?

Une interrogation perdure cependant ; qui décide de quel produit se retrouve dans quel Métro ou IGA ? Comment peut-on décemment importer des Prince de Lu dans l'un, et des Petits cœurs au chocolat dans un autre ? Qui prend plaisir à nous faire courir entre Côte-des-Neiges et les Halles d'Anjou pour satisfaire nos bas instincts de Français en quête de l'émotion que suscitent des Barquettes à la fraise ?

Le magasin de surgelés Cool & Simple a cependant sauvé plusieurs vies françaises, depuis que ces dernières avaient cru devoir faire le deuil de leur Picard national ; on y trouve de la pâte feuilletée et des fondants au chocolat. Qu'on se le tienne pour dit.

Certains petits malins du web titillent notre corde sensible en proposant, en ligne, des paniers, non pas de légumes bio, ...mais de produits français. Oui, oui ! Chez Délices de France, par exemple, le panier « goûter d'hiver » comprend du chocolat en poudre Poulain, un pain d'épices bio, de la pâte de fruits, des sablés au beurre de la Mère Poulard, et des caramels au beurre salé, et ce, pour la modique somme de 40$. Dans le même ordre d'idée, French Foods Market joue la carte de l'épicerie fine en ligne, avec ses foies gras et terrines. Plus effrayant encore, on peut y trouver de la Maizena, du thé Lipton, et des pâtes Lustucru.

Le Français est-il chauvin au point de commander en ligne son sel « La Baleine » ?

Heureusement, l'inverse existe ailleurs. En France, des épiceries permettent aux Nord-américains déracinés de retrouver leur Jello de Proust. Ça marche aussi pour le Kraft Dinner, le Cheese Whiz, et la canne de sirop d'érable pour laquelle il faudra débourser en toute légèreté 18,90 € (quasiment 29 $)... Mais là, on doit dire la vérité aux Québécois : personne ne vous suggérera l'équivalence française pour le sirop d'érable. Sur ce sujet-là, indéniablement, you win.

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