Anne Minh Thu Quach

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Combattre le cynisme par l'engagement

Publication: 25/05/2013 02:18

Les citoyens se désintéressent de plus en plus de la politique. Un phénomène qui perdure depuis des années et qui ne semble pas être près de se résorber.

Qui pourrait leur en vouloir?

C'est devenu de plus en plus facile de se pencher uniquement sur les choses négatives, sur les controverses qui nous frustrent tous. Les médias en parlent tous les jours. Les scandales s'accumulent. La réaction toute naturelle d'un citoyen à cette atmosphère parfois viciée et décevante est de se retirer tranquillement du débat politique.

Mais ce désengagement atteint maintenant des niveaux inquiétants. En fait, aux dernières élections fédérales, en 2011, seulement 61% des Canadiens se sont rendus aux urnes, l'un des pires taux de participation de l'histoire canadienne.

Tranquillement, notre cynisme politique érode nos institutions. Il s'agit d'un cercle vicieux: moins on s'implique, moins le gouvernement nous ressemble, moins on s'y identifie, moins on s'implique, et ainsi de suite.

Certains politiciens et gouvernements ont amplement mérité le mépris que la population leur porte. C'est un fait indéniable. Mais en nous concentrant uniquement sur ces cas, nous négligeons le fondement de notre société: la démocratie.

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  • La réforme de l’assurance-emploi

    Le gouvernement de Stephen Harper a adopté, à la fin de 2012, sa réforme de l’assurance-emploi afin d’intensifier les efforts de recherche d’un travail chez les prestataires. Les conservateurs ont minimisé les critiques disant que ces changements mèneraient des travailleurs qualifiés à accepter des emplois loin de leurs compétences ou… de leur maison. La grogne contre Ottawa n’a fait que s’intensifier à ce sujet depuis le début de 2013.

  • Idle No More

    C’est à la fin de 2012, après l’adoption du projet de loi C-45, qui viole des traités ancestraux selon les autochtones, que les Premières Nations débutent le mouvement de protestation Idle No More. Le 11 décembre 2012, la chef crie Theresa Spence entreprend une grève de la faim, souhaitant une rencontre avec le premier ministre Harper. Le silence et l’inaction du gouvernement sont décriés par plusieurs, d’autant plus que, pendant ce temps, le premier ministre reçoit à son bureau les gagnants de la téléréalité Occupation double. Les Premières Nations réclament toujours un vaste chantier sur leurs conditions et leurs droits.

  • Le débat sur l’avortement refait surface

    En septembre 2012, un député conservateur d’arrière-ban lance un pavé dans la mare en déposant une motion sur le statut du fœtus. La motion est rejetée, mais l’appui de 91 députés, dont la ministre de la Condition féminine Rona Ambrose, inquiète certaines personnes qui craignent la réouverture du débat sur l’avortement. Le premier ministre balaie cette possibilité en réaffirmant la légalité de l’avortement au pays.

  • Le registre des armes d’épaule aboli

    Arguant qu’il était désuet et coûteux et qu’il faisait passer les «chasseurs pour des criminels», les conservateurs ont profité de leur majorité pour voter un projet qu’il leur était cher depuis longtemps : l’abolition du registre des armes d’épaule et de ses données. Les réactions ont été vives, surtout au Québec et chez les groupes de victimes de crimes armés. Québec a demandé le rapatriement des données pour créer son propre registre.

  • La reine au goût du jour

    En juillet 2011, le ministre John Baird remplace des tableaux d’Alfred Pellan par un portrait de la reine, aux bureaux du ministère des Affaires étrangères. Au cours de la même année, plusieurs gestes sont posés pour remettre la royauté au goût du jour. La Défense appose le mot «royale» à la marine et à la force aérienne du Canada et les ambassades canadiennes sont sommées d’ajouter un portrait d’Élisabeth II à leurs murs.

  • Des statistiques moins précises

    En 2010, le gouvernement a décidé de mettre fin à l’obligation pour les Canadiens de remplir le formulaire long lors du recensement, qui se fait tous les cinq ans. Cette politique était en vigueur lors du dernier coup de sonde, en 2011, privant ainsi les statisticiens de nombreuses données précieuses.

  • Le G20 à Toronto

    Les coûts pour la sécurité ont atteint près d’un milliard de dollars. Le choix de tenir le sommet du G20 au centre-ville de Toronto avait été vertement critiqué. Des dépenses extravagantes à Huntsville, pour le sommet du G8 qui avait précédé, avaient aussi été décriées. Mais ce sont les quelque 1100 arrestations massives, les plus importantes de l’histoire du pays, qui ont marqué l’imaginaire collectif.

  • Le fiasco des F35

    En 2010, le gouvernement conservateur annonce l’intention de remplacer ses vieux jets CF18 en faisant l’acquisition de 65 nouveaux F35. Coût de l’opération : 16 G$. Après de nombreux débats aux Communes et un rapport indiquant que les coûts s’élèveraient plutôt à 45 G$, les conservateurs ont choisi de freiner le projet et de revenir à la case départ. Pour le moment, on prévoit débloquer des fonds pour maintenir la flotte de CF-18 en opération jusqu’en 2020.

  • Le dossier Omar Khadr

    Le Canada a été montré du doigt pour avoir tardé à rapatrier au pays Omar Khadr, emprisonné à Guantanamo depuis 2002 et reconnu coupable, en 2010, de crimes de guerre qu’il a commis à l’âge de 15 ans. Khadr était le dernier ressortissant d’un pays occidental prisonnier à Guantanamo. Lors de son retour au Canada, en septembre 2012, il s’était écoulé un an depuis le moment où son rapatriement avait été permis.

  • Des journalistes contrôlés?

    Depuis son arrivée au pouvoir, Stephen Harper ne s’est pas fait d’amis auprès des journalistes. Dès ses premières conférences de presse, le premier ministre est critiqué sur le nombre de questions auxquelles il répond. Les professionnels de la presse condamnent aussi les difficiles demandes d’accès à l’information et le fait que certaines personnes, comme les ministres ou les fonctionnaires scientifiques, soient difficiles à rejoindre.

  • Le retrait de Kyoto

    Stephen Harper a déjà indiqué que le protocole de Kyoto était un complot socialiste qui visait à soutirer de l’argent aux pays riches. Pas surprenant, donc, qu’en décembre 2011, après avoir ignoré maintes fois ses cibles, le Canada se retire officiellement de Kyoto. Dans les grandes réunions environnementales, le Canada s’attire la foudre de la communauté internationale et rafle bon nombre de prix fossiles.

  • Durcissement des lois

    La position des conservateurs sur les jeunes contrevenants et sur les questions carcérales a divisé les Canadiens. Si plusieurs se réjouissent que le parti de Stephen Harper ait tenu ses promesses en durcissant certaines lois, d’autres croient que l’on devrait investir dans des programmes sociaux et des mesures de prévention. Le projet de loi C-10, adopté début 2012 et qui durcit les peines de certains crimes en plus de rendre le pardon plus difficile, a été vivement critiqué. Le projet C-30 sur la surveillance Internet a pour sa part été abandonné en février 2013, après plus d’un an de débats et de controverses.

  • Nominations unilingues

    En octobre 2011, Stephen Harper nomme Michael Moldaver, un juge unilingue anglophone, à la Cour suprême du Canada. En 2006, alors qu’il est au pouvoir que depuis un mois, le premier ministre avait posé un geste similaire. La nomination de Michael Ferguson, aussi unilingue anglophone, au poste de vérificateur général, en novembre 2011, avait ajouté l’insulte à l’injure et rouvert le débat sur le bilinguisme.

  • Les artistes en colère

    Les artistes n’ont jamais été de fervents défenseurs des politiques des conservateurs. Dès 2008, des chanteurs, acteurs et autres artistes se liguent et présente la vidéo <a href="http://www.youtube.com/watch?v=n3HVFsIQ5M4" target="_blank">Culture en péril</a>. Ils dénoncent les coupures dans le milieu de la culture et, plus tard, les politiques qui nuisent aux droits d’auteur. Les coupes dans les budgets de nombreux organismes, dont Radio-Canada, mettent également le feu aux poudres.

  • La prorogation

    Fin 2009, le premier ministre Harper choisit de fermer la Parlement. Résultat? Les députés ne siégeront pas pendant 63 jours. On veut reprendre les travaux une fois les Jeux de Vancouver passés. Mais plusieurs indiquent que les conservateurs souhaitent faire tomber la poussière sur le transfert de détenus afghans. Fin 2008, Harper avait également demandé la prorogation – qu’il obtint – à la gouverneure générale Michaëlle Jean, alors que son gouvernement minoritaire est menacé par une coalition formée par les libéraux de Stéphane Dion et les néo-démocrates de Jack Layton et appuyée par les bloquistes de Gilles Duceppe.


Vivre la démocratie

Au cœur de tout régime démocratique réside le citoyen. Dans une démocratie représentative comme la nôtre, les citoyens ont la tâche de voter pour des candidats dans des élections libres et justes pour les représenter dans leurs institutions politiques.

Soyons francs: la démocratie canadienne n'est pas parfaite. Mais on pourrait fouiller aux quatre coins du monde et ne jamais trouver une démocratie idéale.

Mais cela ne change pas le fait que la santé de nos institutions, la capacité de nos élus de bien refléter les besoins et les priorités des citoyens, relève directement de l'implication citoyenne dans la vie politique.

Un gouvernement pour tous

Un gouvernement démocratique, cela appartient à chacun d'entre nous.

La démocratie, c'est bien plus que se rendre dans l'isoloir une fois par quatre ans pour cocher une case sur un bulletin de vote.

C'est aussi de communiquer avec ses représentants. C'est de participer aux débats publics pour alimenter les discussions politiques d'une manière constructive. C'est envoyer des messages clairs aux élus sur les valeurs et les enjeux qui nous tiennent à coeur par des lettres, des pétitions ou à travers les médias.

C'est aussi crier haut et fort quand nous sommes en désaccord avec les choix du gouvernement, comme plusieurs personnes l'ont fait avec les manifestations contre la réforme de l'assurance-emploi. C'est sensibiliser notre famille, nos voisins, nos collègues de travail sur la détresse que vivent nos concitoyens et les solutions à apporter.

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Combattre le cynisme

Malgré les tentations, j'ai toujours refusé de sombrer dans le pessimisme. En tant que députée, mon travail est guidé par la profonde conviction qu'il est possible de changer les choses pour le mieux.

Et quand je vois des jeunes s'impliquer, je sais que j'ai raison de garder espoir. Pensons aux jeunes Cris qui sont partis du Nord du Québec pour marcher plus de 1500 kilomètres jusqu'à Ottawa pour sensibiliser la population canadienne non seulement à l'importance des enjeux autochtones, mais aussi aux enjeux collectifs tels que la protection de l'environnement et le respect des consultations publiques. Leur geste a été vu par des millions de personnes. Impossible d'ignorer leur sincérité et les enjeux qui leur tiennent à coeur.

Des solutions concrètes

Il faut se doter non seulement d'institutions solides, mais aussi d'une culture politique qui protège et défend nos valeurs. La seule façon d'assurer ces éléments essentiels est de s'engager civiquement. Que les voix de nos femmes, de nos jeunes, de nos aînés, de nos communautés culturelles résonnent jusqu'au Parlement.

N'hésitez pas à contacter vos députés si vous avez un enjeu qui vous tient à coeur. Écrivez des courriels. Prenez rendez-vous à leur bureau de circonscription. Signez des pétitions. Joignez-vous à des organismes communautaires. Militez!

Tout citoyen a le droit et le devoir de se faire entendre. Ensemble, nous pouvons changer le pays. Parce que nous méritons mieux.

 

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