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Accident pétrolier: le Canada n'est pas prêt

08/02/2013 10:07 EST | Actualisé 10/04/2013 05:12 EDT
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silhouettes of oil pumps placed ...

Tout le monde se souvient de la crise écologique majeure survenue il y a bientôt trois ans dans le golfe du Mexique après l'explosion de la plate-forme pétrolière Deepwater Horizon. Cet événement tragique - onze travailleurs ont perdu la vie et des centaines de millions de litres de pétrole se sont déversés dans la mer - aurait dû être une sonnette d'alarme pour le gouvernement canadien.

Or, un rapport dévastateur du Commissaire à l'environnement vient de confirmer ce que plusieurs soupçonnaient: le fédéral n'est absolument pas prêt à gérer les conséquences d'un tel accident, dans le golfe du Saint-Laurent, sur la côte Est ou dans le Nord canadien. Quand on sait que plus de 600 grands projets d'exploitation des ressources naturelles auront lieu d'ici dix ans, il y a de quoi être préoccupé, d'autant plus que 70% des projets de combustibles fossiles dans le Nord ne sont pas inspectés par le gouvernement fédéral.

Non seulement le gouvernement n'est pas prêt, il n'exerce pas non plus de pression sur les entreprises pour les inciter à prévoir des plans de contingence en cas d'urgence.

En effet, les garanties financières exigées aux entreprises pétrolières sont largement inférieures à ce qu'il en coûterait réellement en cas de déversement. Ce n'est pas seulement moralement inacceptable, c'est aussi économiquement stupide. En effet, s'il y a des profits, l'entreprise encaisse et ne verse pas un sou en dehors des impôts réguliers. S'il y a des pertes ou un accident, la société nettoie et paie la note.

C'est illogique et irresponsable, surtout quand le premier ministre lui-même affirme en Chambre qu'il est d'accord avec le principe de pollueur-payeur...

Alors que l'exploitation du pétrole dans le golfe du St-Laurent est de plus en plus probable, notamment celui du gisement Old Harry, il est crucial de prendre au sérieux les responsabilités qui nous incombent. On ne peut exploiter les ressources naturelles à la petite journée, sans plan global ni protection.

Un autre aspect inquiétant du rapport du commissaire concerne les gaz de schiste. Selon lui, Environnement Canada n'a aucune idée de la composition des substances chimiques utilisées dans l'extraction de cette ressource. Cela revient à dire que le gouvernement ne sait pas si l'opération d'extraction des gaz est dangereuse ou non pour la population. Comment peut-on prendre des décisions sans ce genre d'informations cruciales?

Enfin, le gouvernement fédéral ne parviendra pas à atteindre l'objectif de protection des aires marines qu'il s'était jadis fixé, selon le rapport du commissaire. Le Canada s'était en effet engagé à protéger 10% des aires marines d'ici 2020. Or, après quinze ans d'efforts, cette proportion n'est que de 1%. On est donc loin, très loin du compte, et il est raisonnable de croire que l'objectif ne pourra être atteint d'ici sept ans. En plus des conséquences écologiques qu'on imagine, ce manque de leadership fera du mal à l'économie. En Australie, par exemple, le fait que 35% des aires sont protégés aide à générer 5 milliards $ annuellement en activités touristiques. Au Saguenay, de telles activités autour des aires protégées rapportent 160 millions $ chaque année. Ce n'est pas rien!

Les conservateurs ont déjà abrogé de multiples règlements environnementaux destinés à prévenir les accidents, comme on l'a vu avec les deux projets de loi C-38 et C-45. Maintenant, on apprend qu'ils ne sont pas davantage parés à affronter un désastre de grande ampleur.

Il est grand temps qu'ils revoient leurs priorités et qu'ils agissent pour le bien de l'ensemble des citoyens. Tirons une leçon des tristes événements survenus dans le golfe du Mexique et développons nos ressources de façon intelligente: nous en sortirons tous gagnants.