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Les premiers seront toujours les premiers

24/04/2014 12:29 EDT | Actualisé 23/06/2014 05:12 EDT

À l'époque où je faisais des tournées avec mon premier spectacle d'humour, je suis entre autres allée donner un spectacle dans la ville natale de mon premier. Vous savez, le premier comme dans... «le premier de», «le premier qui» ...

Peu importe l'âge que j'avais et qui c'était (non mais tsé, au cas où ça prenne à quelqu'un de demander), c'était mon premier et le premier on ne l'oublie jamais. D'autant plus qu'il avait été le meilleur premier que je pouvais espérer. Vraiment ! Et là, je ne parle pas de performance, parce que tsé avec le premier, t'as comme pas de référence. La barre après lui n'est ni haute ni basse, elle vient juste d'apparaître.

Il a été le meilleur dans le sens où il ne m'a pas mis de pression, ne m'a pas fait de chantage émotif du genre «Si tu m'aimais, tu le ferais», et il a attendu que ce soit moi qui veuille vraiment. Il a pris son temps, il a été doux, il a fait de ma première fois une expérience tout sauf traumatisante, il m'a même donné envie d'une deuxième fois (avec lui, ben oui). Alors oui, il méritait son titre de premier.

Je l'avais rencontré durant l'été, pendant un voyage familial quelque part dans la belle province, et on était rapidement tombé en amour comme seul on sait le faire à cet âge-là : immensément, profondément, aveuglément, tellement-tellement et un peu gnangnan en passant.

À cet âge-là, tu tombes en amour version chute libre. On a passé deux semaines à se voir en catimini et à se donner des bisous en cachette, tout ça entrecoupé de câlins de plus en plus coquins. Les hormones dans le tapis, ça sentait de plus en plus le third base comme disent les Anglos. C'était la première fois que j'avais autant de fun en vacances d'été, j'étais complètement gaga de lui. Imaginez : un beau grand gars véliplanchiste, 6'2'', 200 livres, que du muscle, un sportif coupé au couteau avec un accent presque digne de la Sagouine. La jeune moi avait été charmée. J'ai d'ailleurs toujours ce faible pour les accents et les grands. Mais ils ne sont pas obligés de faire de la planche à voile.

Comme dans mon film préféré de l'époque, on s'est quitté sur la plage en se promettant de se revoir, mais à ma grande surprise et contrairement à Danny Zuko, lui, il le pensait vraiment !

En effet, deux semaines après mon retour dans la grand-ville, il est parti de sa péninsule, sur le pouce, pour venir me visiter à mon chalet, une heure plus loin que Montréal. L'équivalent de près de 14 heures de route! Tsé , quand tu dis qu'un gars voulait, ben le gars voulait et me voulait. Pas pour rien qu'aujourd'hui j'ai envie qu'on me fasse sentir spéciale, on m'y a habitué bien trop tôt! Ce qui fait que quand un gars calcule, c'est où le milieu entre chez lui et chez nous pour qu'on se rencontre, bien qu'il en ait le droit, mettons que je pousse un soupir intérieur...

Tout ça pour dire qu'il y a quelques années, alors que j'étais dans son patelin, je me suis informée sur lui, histoire de savoir s'il habitait toujours le coin. Vous le savez, une fille, c'est constitué à 65% d'eau et à au moins 25% de curiosité. J'ai donc rapidement demandé en me disant que dans les petits endroits comme celui qu'il habitait, tout le monde se connaît ou presque. Pour simplifier, appelons mon premier, Martin. «Martin premier.» Tsé ça fait hot. Comme quand je dis «Miss De Marde». Ça donne de la gloire à ce qui n'en a pas vraiment.

Donc, après un de mes shows, je m'informe, probablement auprès d'un gars du son. Ils sont généralement fort sympathiques, allez savoir pourquoi :

«Dis donc, Martin Premier, ça te dis quelque chose?

- Ben oui! Tout le monde connaît Martin!

- Ah bon? Il habite toujours ici?

- Ben non, ça fait un bout qu'yé parti!»

Je l'avoue j'ai été déçu, mais je n'ai pas eu le temps de commencer à faire une baboune qu'il rajoute :

«Mais y'a déménagé à St-Machin-Chouette, c'est juste à 15 minutes d'ici.

- Ah bon? Et... et il va bien?

- Ben certain! Marié, 4 enfants, un maudit bon gars Martin! Il tient le magasin de Patentes & Gogosses à St-Machin-Chouette sur le boulevard GrandRue. Va le voir! Il va être content!»

J'ai remercié Monsieur Son et je suis rentrée à ma chambre en faisant semblant de ne pas y penser. Mais le lendemain, ça a été plus fort que moi, je me suis rendue à la place en question.

J'ai passé au moins 20 minutes assise dans ma voiture devant le magasin à me dire «ira, ira pas». À faire le saut chaque fois que la porte ouvrait. J'avais envie de le voir mais en même temps... ben non. Pour quoi faire au juste?

Plus de 20 ans et 650 kilomètres nous séparaient. Dans mon souvenir, c'était un beau grand gars de 18 ans bâti comme une armoire à glace. Quand j'y pensais, j'avais encore de grands frissons. Est-ce que j'avais réellement envie de remplacer ça par un homme de 45 ans, peut être cute, mais tout aussi probablement bedonnant et chauve? Et pour lui dire quoi?

Et lui, est-ce qu'il avait envie de me revoir? Peut-être pas! Et sa femme encore moins probablement! La grande blonde de Montréal avec ses shows puis sa grande gueule, ça fait peur à des femmes du 514, pas convaincue que ça soir bien différent dans le 1-418. Une ex de toute façon, c'est une ex, on n'aime pas ou peu, d'office. Bien bien rare que la femme actuelle dise : «Oh c'est ben l'fun que tu la revoies mon chéri, invite-la à souper!» Je ne voudrais pas mettre qui que ce soit dans l'embarras ou déterrer des malaises des décennies plus tard.

Finalement, j'ai décidé de partir et de laisser mon souvenir intact. Martin Premier aura 18 ans, un accent à couper à la chain saw et corps musclé et basané jusqu'à la fin des temps dans mon esprit. Je ne regrette pas. Il y a des souvenirs qu'il vaut mieux ne pas altérer, je crois. Surtout quand ils sont beaux. Et encore plus quand on a le don de se sculpter des souvenirs dans de la marde plus souvent qu'à son tour.

Merci Martin Premier pour un été mémorable.

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