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La misogynie québécoise révélée par la Charte

09/11/2013 12:26 EST | Actualisé 09/01/2014 05:12 EST

Je suis féministe.

Voilà. C'est dit. Je suis une féministe endurcie et fière de l'être. Et je considère que notre société a encore beaucoup à faire pour atteindre l'égalité économique et politique des femmes et, pourtant, je vis dans l'une des sociétés les plus pro-femmes de la terre: le Québec.

Le Québec, vous dites? Parlez-vous de cette province rétrograde où l'on scrute les affiches et les menus des restaurants pour s'assurer que ni la friperie locale, ni le trattoria Italien du coin n'offre des pantalons ou des pâtes dans une langue autre que le français?

Oui, ce Québec.

Le Québec, là où la loi interdit aux femmes de prendre le nom de leur mari. Alors, les femmes québécoises ne se marient plus. Le Québec, là où les femmes sont prohibées de collecter, elles-mêmes, leur propre pension alimentaire ou la pension alimentaire pour leurs enfants. Alors, les femmes québécoises sont fières de ne pas avoir le droit de recevoir une pension alimentaire pour elles-mêmes, et, dans un excès de zèle, renoncent trop souvent à la pension alimentaire pour leurs enfants. Et tout cela, au nom de l'égalité, il faut bien comprendre.

Et quelle arnaque le parti politique du jour a-t-il créée pour «promouvoir» l'égalité des femmes, en créant une toute nouvelle vague d'oppression de l'État? Vous avez deviné : une «charte». Non pas n'importe quelle charte, mais une «Charte affirmant les valeurs de laïcité et de neutralité religieuse de l'État ainsi que d'égalité entre les femmes et les hommes et encadrant les demandes d'accommodement». Ouais, cette «charte».

Manifestement, le Parti québécois devait être absent de l'école le jour où l'on a enseigné que le Canada est une démocratie constitutionnelle. Notre Constitution - rapatriée par le regretté Premier Ministre P.E. Trudeau - ancre déjà le principe de l'égalité des sexes dans les valeurs fondamentales de notre pays. Le drapeau patriotique de l'égalité des sexes est invariablement agité lorsqu'un de nos sournois dirigeants essaie d'en passer « une vite » à la population.

Et c'est justement ce que fait la «charte». Vous me demandez : «Ce projet de loi, qui a-t-il dans sa mire?» Eh bien, il est dirigé vers et contre, les femmes. Après tout, l'accent est mis sur les visages couverts et découverts, sur les symboles religieux qui sont soit modestes, soit ostentatoires. Et quel groupe de personnes est ciblé par le paradigme du visage couvert/découvert? Quel groupe est visé par l'interdiction d'afficher un signe religieux ostentatoire? Les femmes, les femmes musulmanes. Et tout cela, sous l'œil attentif de la première femme Première ministre, Pauline Marois.

Les Québécois sont généralement peu troublés par une kippa, un keffiyeh, un dastar ou même deux pièces de bois collées ensemble auxquelles est cloué un homme Juif nu. Vous voyez, ces signes religieux ostentatoires sont affichés par les hommes, ou par des regroupements de Québécois, dans un élan de souvenir collectif, et personne ne vexe autrui, et il n'y a pas de mal. À l'opposé, les abaya, niquab, burqua, chador, dupatta et hijab soulèvent la colère française, parce que ce sont des vêtements portés par les femmes, et les femmes ont toujours été un groupe facile à opprimer.

Étudions quelques réalités sociologiques. Ici, comme partout en Amérique du Nord, les femmes sont plus portées à travailler dans le secteur public. Les femmes continuent de gagner moins que les hommes, une réalité historique qui n'a que très peu changé au cours des vingt dernières années. Aussi, les femmes travaillent plus souvent à temps partiel, elles possèdent généralement moins d'ancienneté et sont moins présentes dans les associations syndicales. Et tout cela, malgré qu'elles soient, en moyenne, plus éduquées que leur concitoyens mâles (au Québec, les femmes en âge de travailler ont, en moyenne, deux années de scolarité de plus que les hommes du même âge).

Les femmes sont aussi très surreprésentées dans certaines professions: éducatrices de la petite enfance, enseignantes au niveau préscolaire, primaire et secondaire, enseignantes au cégep (mais pas au niveau universitaire), travailleuses sociales, etc. Sondages après sondages nous démontrent que même lorsque les femmes deviennent des professionnelles (disons, par exemple, des avocates), elles sont plus portées à mener leur carrière dans le secteur public que dans le secteur privé ou à leur compte. Cette réalité est intimement liée au plus grand engagement des femmes dans l'éducation de leurs enfants et dans l'exécution des tâches ménagères, ce qui rend plus attirantes les heures et semaines de travail plus courtes offertes dans le secteur public.

La «charte» est très sensible à cette gamme de vulnérabilités économiques des femmes.

Vous avez bien sûr entendu que certains Québécois ordinaires manifestent une aversion viscérale envers les éducatrices de la petite enfance qui portent le voile. Le PQ, toujours le parti populiste, nous propose le Chapitre VII, «Règles applicables dans le domaine des services de garde éducatifs à l'enfance», spécifiquement pour s'assurer qu'aucun morceau de tissu superflu ne soit porté par une femme qui daigne postuler pour un emploi dans un centre de garde d'enfants. Et combien d'hommes peut-on imaginer postuler pour un tel emploi? Poser la question, c'est y répondre : zéro.

Aussi, si vous lisez attentivement l'article 30, toute instruction religieuse est bannie de tous les centres de garde d'enfants. De plus, il sera dorénavant interdit que les enfants y mangent de la nourriture cachère ou halal. C'est vraiment dommage, car la compatibilité des règles alimentaires entre les Juifs et les Musulmans a souvent été le point de convergence positif entre nos deux communautés, à une époque où le dialogue entre nos deux groupes est tellement important. Alors, qu'arrive-t-il si un groupe de parents souhaitent que leurs enfants apprennent les diverses religions du monde et leurs habitudes alimentaires? Quoi faire si des parents religieux et pratiquants veulent que leurs enfants bénéficient des enseignements de leur religion? Depuis quand l'athéisme, un système de croyance qui me tient à cœur, est-il devenu la nouvelle religion d'État?

Dois-je rappeler La Grande Noirceur à mes concitoyens québécois pendant le règne de Maurice Duplessis et son parti, l'Union Nationale? Est-ce que quelqu'un se souvient de la Loi protégeant la province contre la propagande communiste, connue affectueusement comme la Loi du cadenas? Est-ce quelqu'un, aujourd'hui, attribue le crédit de la chute du communisme aux efforts de notre gouvernement pour prévenir que les gens bien-pensants soient «exposés» à un système de croyances politiques non approuvées par les hautes sphères du pouvoir?

La « charte » affecte les enseignants à tous les niveaux de notre système d'éducation; encore une fois, il s'agit majoritairement des femmes. Ceux qui fournissent des services de santé et des services sociaux sont ciblés, et oui, cela affecte, encore une fois, principalement les femmes. Fait intéressant, l'article 12 prévoit une exception pour les médecins et les pharmaciens qui restent libres de refuser de conseiller ou de fournir des soins professionnels en raison de leurs convictions «personnelles». Oh, mon Peuple! Des médecins et des pharmaciens peuvent refuser de fournir aux femmes des services de contraception et d'avortement... au nom de la religion! En autant que les cibles de ces choix malheureux soient des femmes, la liberté de religion a préséance, n'est-ce pas! Après tout, je ne peux pas imaginer un médecin ou un pharmacien refuser de réaliser une angioplastie ou de prescrire du Lipitor aux hommes qui en ont besoin.

Les femmes, dont la place dans le marché de travail n'est généralement pas aussi stable que celle des hommes, (par exemple, lors d'une récession, une femme est plus à risque d'être mise à pied qu'un homme), sont les personnes qui vont directement, et de façon disproportionnée, souffrir de la perte de leur emploi, tel qu'anticipé par la mise en œuvre de la « charte ». Donc, si la société préoccupe du fait que certaines femmes sont opprimées par des règles religieuses et coutumières dictées par leur communauté religieuse, évidemment, la meilleure solution est de leur nuire économiquement, les désintégrer de la société en général et les isoler dans leurs maisons, en les excluant des emplois qui leur donneraient l'opportunité d'assimiler nos valeurs laïques supposément universelles.

Heureusement, le gouvernement, dans un souci de promouvoir une image magnanime et d'ouverture, nous rassure à l'article 14 que le « dialogue » sera favorisé entre l'État et l'employé sur le point d'être mis à la porte: un tel « dialogue » consistant à « lui rappeler ses obligations » dans le but de « l'inciter à se conformer ». À l'école élémentaire, nous appelions plutôt cela un « monologue ».

Et pour s'assurer que les intentions du PQ ne soient pas mal interprétées, une mention à l'effet que les hommes et les femmes sont égaux sera spécifiquement ajoutée au préambule de la « Charte québécoise des droits et libertés de la personne ». Le PQ présume ici qu'aucun citoyen ne se donnera la peine de lire cette charte jusqu'à son article 10, qui consacre déjà l'interdiction contre la discrimination fondée sur le sexe, et ce, depuis 1975!

Cette juxtaposition de mots superflus, tout en ciblant les femmes membres des «communautés culturelles» qui sont de ce fait même socialement vulnérables, me rappelle comment je me sens quand je contre-interroge quelqu'un qui commence sa déposition avec : «Je vous jure sur les têtes de mes enfants, Me Goldwater!» Généralement, c'est un indicateur assez fiable que c'est un préambule à un mensonge d'envergure.

Je ne peux conclure sans souligner en rigolant l'assurance prétentieuse de l'article 41, où le PQ rassure ses chouchous qu'on fera preuve d' « indulgence vis-à-vis les éléments emblématiques ou toponymiques du patrimoine culturel du Québec témoignant de son parcours historique ». Soyez donc réconfortés que toutes nos rues et nos municipalités aux noms de divers saints, toutes nos églises aux clochers majestueux surmontés de croix, et toutes les fêtes conçues par des esprits Catholiques religieux (Noël, ça vous dit quelque chose?) vont demeurer fermement ancrées dans notre tissu social, de la même façon que le crucifix tout en haut accroché à l'Assemblée Nationale. Eh bien, ce n'est pas grave, je suppose, tant et aussi longtemps que les armoiries demeures supérieures, avec le lion et la licorne Britannique et le célèbre slogan britannique : « Dieu et mon droit ».

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