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Pourquoi inviter les femmes à dire « moi aussi » pose problème

Il revient aux hommes de mettre un terme à leur comportement prédateur.

18/10/2017 11:25 EDT | Actualisé 18/10/2017 14:26 EDT

Depuis dimanche soir, les fils d'actualités Facebook sont remplis de « moi aussi » publiés par des femmes souhaitant démontrer à quel point le harcèlement et les agressions sexuelles sont répandus dans notre société.

« Dois-je commencer par le type qui se masturbait dans sa voiture et faisait mine d'embrasser les joueuses de tennis de notre école alors que nous revenions d'un tournoi? », se demande une de mes amies. « Alors que je passais la soirée dans une discothèque avec mes colocataires, un homme m'a regardée dans les yeux et a agrippé mon sexe », écrit une autre. L'effet cumulatif de ces signalements est absolument épuisant. Or, en tant que femmes, nous savions déjà que les hommes considèrent nos corps comme une marchandise jetable.

Si chaque femme de votre entourage a été agressée ou harcelée, cela signifie que chaque homme de votre entourage a possiblement rendu une femme insécure.

Les mots-clics #MeToo et #MoiAussi sont devenus viraux lorsque l'actrice Alyssa Milano a recommandé aux victimes d'agression et de harcèlement de les utiliser afin de sortir du placard. Il est évident que son message Twitter et les milliers qui l'ont suivi avaient pour objectif d'interpeller les hommes. Si chaque femme de votre entourage a été agressée ou harcelée, cela signifie que chaque homme de votre entourage a possiblement rendu une femme insécure.

Or, bien que cette campagne ait un effet cathartique, au moment où éclate un autre scandale impliquant un prédateur haut placé, je crois qu'elle aura peu d'influence sur les comportements masculins à l'origine de tant d'accusations.

En effet, les hommes n'ont pas besoin de comprendre que chaque femme a été sexuellement rabaissée ou violée. Ils doivent reconnaître un fait encore plus fondamental : les victimes de ces histoires sont avant tout des femmes.

Nous aurons beau transformer l'Internet en une longue litanie de « moi aussi », cela ne fera aucune différence tant et aussi longtemps que les hommes – tous les hommes – ne reconnaîtront pas leur rôle dans la perpétuation de la misogynie et ne s'engageront pas à changer les choses.

Il y a trop longtemps que les hommes ignorent ou réduisent au silence les femmes osant dénoncer la violence sexuelle.

Il y a trop longtemps que les hommes ignorent ou réduisent au silence les femmes osant dénoncer la violence sexuelle. La tendance à blâmer la victime continue de prévaloir au sein même de nos plus importantes institutions. Les policiers écartent un grand nombre de plaintes de viol sans même ouvrir une enquête. Des juges rendent des verdicts de non-culpabilité sous prétexte qu'une femme « devrait garder les genoux serrés » ou que « même une femme saoule peut donner son consentement ».

Dans le cas du viol perpétré récemment à l'Université Stanford, Brock Turner a purgé seulement trois mois d'une peine de six mois d'emprisonnement, parce qu'une longue peine aurait eu un « impact sérieux » sur sa vie. Comme si son bien-être était le premier de nos soucis. Bref, les femmes sont constamment invitées à ravaler leurs traumatismes, parce qu'elles seules sont à blâmer. Il va sans dire que nous devrons changer d'attitude si nous voulons que les hommes respectent enfin nos corps.

Les hommes sont rarement incités à changer leur comportement prédateur.

Les hommes sont rarement incités à changer leur comportement prédateur. Les conversations au sujet des agressions et du harcèlement sont toujours classées dans la catégorie « condition féminine ». Les magazines pour hommes sont remplis de conseils sur les whiskys ou la meilleure manière de griller un steak, mais ils abordent rarement les problèmes liés à la misogynie ou les méthodes à employer pour ramener à l'ordre un ami sexiste.

Par ailleurs, les études scientifiques présentent toujours leurs données sous l'angle du nombre de femmes ayant été agressées plutôt que du nombre d'hommes ayant commis des violences sexuelles, avec pour résultat que les hommes croient n'avoir aucune responsabilité de changer leurs propres comportements sexistes et illégaux. Les hommes restent passivement accoudés au bar pendant que leurs amis font des commentaires déplaisants envers les femmes. Ils s'abstiennent d'intervenir lorsque les blagues de mauvais goût passent au stade de l'agression véritable. Et lorsque des allégations de violences sexuelles font les manchettes, ils ne discutent pas entre eux afin de trouver des solutions.

Ce sont toujours les femmes qui doivent aborder le problème entre elles, l'exposer publiquement, inventer des mots-clics comme #MyHarveyWeinstein et publier des histoires d'horreur dans Facebook afin de sortir les hommes de leur torpeur. Comme s'il n'était pas déjà assez difficile de subir du harcèlement constant, nous devons aussi expliquer aux hommes pourquoi leurs gestes sont problématiques et souvent illégaux.

Les hommes doivent reconnaître que les « discussions de vestiaire » contribuent à faciliter les agressions sexuelles.

Nous aurons beau transformer l'Internet en une longue litanie de « moi aussi », cela ne fera aucune différence tant et aussi longtemps que les hommes – tous les hommes – ne reconnaîtront pas leur rôle dans la perpétuation de la misogynie et ne s'engageront pas à changer les choses. Les hommes doivent reconnaître que les « discussions de vestiaire » contribuent à faciliter les agressions sexuelles. Plus de journaux et d'organisations doivent se mobiliser afin de promouvoir un modèle masculin progressiste, et mettre au rancart les stéréotypes machistes, dangereux et désuets. Les hommes doivent lancer eux-mêmes des campagnes Facebook dans lesquelles ils admettent avoir été sexistes et s'engagent à changer leur attitude.

Heureusement, il y a de l'espoir. Hier soir, une amie a demandé aux hommes d'identifier un geste concret permettant de mettre fin à la culture du viol. Son message a recueilli 54 réponses, dont « Je prendrai la parole dans les lieux où je suis privilégié et influent », et « Il vaut mieux écouter que rester sur la défensive ». D'autres hommes ont tout simplement publié « Je te crois » en réponse aux témoignages publiés dans leur réseau. Voilà autant de pas dans la bonne direction.

Si la campagne « Moi aussi » vous rend plus confiantes, n'hésitez pas à y participer. Mais soyez conscientes de ses limites.

Si la campagne « Moi aussi » vous rend plus confiantes, n'hésitez pas à y participer. Mais soyez conscientes de ses limites. Aucune femme ne devrait se sentir obligée de partager des moments douloureux. En revanche, chaque homme doit assumer la responsabilité de mettre fin aux comportements pouvant mener à du harcèlement ou à des agressions.

Ce billet de blogue a d'abord été publié sur le HuffPost américain.