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Réponses à Richard

24/03/2015 09:19 EDT | Actualisé 24/05/2015 05:12 EDT

Dans l'élégant Journal de Montréal, source d'information de haute qualité et toujours pertinente, le sieur de Martineau, Richard de son prénom, écrivait le 15 mars dernier une chronique d'une valeur inestimable. En effet, le brillant chroniqueur posait aux étudiants en grève quatre questions qui, juste en étant posées, devraient convaincre tous les étudiants de cesser de faire la grève pour retourner étudier, comme le vrai monde.

Serait-il possible de donner une réponse sensible à ces questions? Voyons voir.

«Question 1: si les frais de scolarité étaient plus élevés, peut-être que les étudiants y penseraient à deux fois avant de refuser de recevoir des services qu'ils ont payés, non?»

En premier lieu, Richard, tu sembles oublier quelque chose : les frais de scolarité, quoique bas par rapport aux États-Unis ou autres pays qui considère que les pauvres ne devraient pas être éduqués, ne sont pas bas à ce point-là. Plus de 300$ par cours, quand les seuls emplois que tu peux avoir payent quatre pinottes et demi de l'heure, c'est beaucoup d'argent. Ce n'est pas le « coût abordable » des cours qui font que les étudiants ont le courage d'entrer en grève, c'est le fait que dans une lutte sociale, on s'en câlisse de notre propre portefeuille.

De toute façon, une grève, ça ne veut pas dire que le cours pour lequel on a payé disparaît à jamais. N'importe quel chroniqueur qui sait faire son travail aurait facilement trouvé des informations confirmant qu'en 2012, pour prendre cet exemple, la très grande majorité des cours ont simplement eu lieu plus tard, et n'ont pas été annulés.

«Question 2: les profs qui encouragent les étudiants à «boycotter leurs cours» agiraient-ils de la sorte s'ils n'étaient pas payés lors des «grèves»? Tu ne donnes pas de cours? Parfait, mais tu ne reçois pas de salaire.»

Ces fameux profs diaboliques qui veulent que les étudiants ruinent leur avenir en boycottant leurs cours pour plutôt lancer des pavés sur des policiers et détruire des vitrines de commerce seraient sans conteste prêts à entrer eux même en grève, donc en effet, ils seraient probablement prêts à ne pas avoir de salaire. Les bien-pensants me répondront que « les profs sont syndiqués donc quand ils entrent en grève ils reçoivent de l'argent de leurs maudits syndicats de gauche de profiteurs du système ». Oui, bien sûr, mais en même temps, je me sentirais bien mal à l'aise de cracher sur des gens simplement parce qu'ils reçoivent un salaire. C'est quand même plaisant de manger des fois.

De toute façon, tu voudrais qu'ils fassent quoi, les profs, Richard? Qu'ils traversent les lignes de piquetage à se faufilant un chemin à coup de machette? «Tu ne te bats pas avec tes étudiants pour leur donner un cours de force? Parfait, mais tu ne reçois pas de salaire.» Une logique implacable, comme toujours.

«Question 3: pourquoi les contribuables continueraient-ils à financer des cours dont les étudiants ne veulent pas?»

Je crois que tu as tout compris Richard. Effectivement, si les étudiants font la grève, c'est parce qu'ils ne veulent pas de cours. Si on lutte pour l'accessibilité aux études, c'est parce qu'on pense que les cours ça ne sert à rien.

«Question 4: l'État a le DEVOIR de donner des cours aux étudiants sérieux qui veulent s'éduquer. Ce n'est pas vrai que certains étudiants qui n'ont rien d'autre à faire que de se taper des réunions interminables vont empêcher les étudiants qui bossent et qui font un effort de recevoir les services qu'ils ont dûment payés.»

S'il y a une lutte pour l'accessibilité à l'éducation, selon mon humble avis, c'est pour que la population puisse être davantage éduquée, en général. D'ailleurs, cela te serait profitable à toi aussi, Richard, d'être plus éduqué, car tu ne sembles pas savoir qu'une question diffère d'une affirmation.

D'ailleurs, c'est très vrai que les étudiants pro-grève sont des gens qui n'ont rien d'autre à faire que d'assister à des réunions interminables. J'ai très souvent vu des gens organiser des assemblées générales d'un ennui mortel, où se trament des débats futiles pendant des heures, simplement par ennui. «Tiens, je n'ai rien à faire entre mes 5 cours et mon travail à temps partiel. Je pourrais organiser une grève!»

J'espère avoir bien répondu à tes questions Richard. En espérant que la prochaine fois, tu rehausses un peu ton niveau et en poses des plus difficiles. Voici quelques suggestions :

Pourquoi les étudiants sérieux ne pourraient-ils pas étudier 45 heures par semaine (soit l'horaire recommandé pour finir un baccalauréat en trois ans) sans avoir à se taper 15 heures de travail merdique au salaire minimum en plus, questions de payer leur loyer, leurs livres, leur nourriture et leurs cours?

Pourquoi l'État qui a le «DEVOIR de donner des cours aux étudiants sérieux qui veulent s'éduquer», coupe-t-il dans l'offre de cours des universités pour plutôt financer des entreprises privées qui pourraient très bien s'en sortir sans l'aide d'un quelconque gouvernement?

Sincèrement et avec plein d'amour,

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