LES BLOGUES

Des compteurs inquiétants

18/10/2013 12:06 EDT | Actualisé 17/12/2013 05:12 EST

Le magazine la Maison du 21e siècle a demandé au médecin en santé publique David O. Carpenter, directeur de l'Institute for Health and the Environment à l'Université d'Albany, New York, son avis au sujet d'une lettre ouverte publiée dans le quotidien montréalais Le Devoir le 24 mai 2012 et qui affirmait que les compteurs intelligents sans fil ne présentent aucun risque pour la santé. En réponse à cette lettre, une cinquantaine d'experts internationaux - dont deux médecins québécois - ont endossé l'avis suivant.

Selon le professeur agrégé de neurochirurgie australien Vini G. Khurana, des effets neurologiques indésirables ont été signalés chez des personnes qui se retrouvent souvent à proximité - en particulier à moins de trois mètres - des compteurs sans fil.

Ces compteurs sont dotés de deux antennes émettant des radiofréquences de type micro-ondes dans une gamme de fréquences (900 mégahertz et 2,4 gigahertz) similaire à celle d'une tour de téléphonie cellulaire. Toutefois, dépendant de sa proximité des parties habitées d'une maison, un compteur intelligent peut causer des expositions beaucoup plus élevées que ne le font habituellement les tours de cellulaire. Si le compteur est, par exemple, situé sur un mur attenant à une chambre ou une cuisine plutôt qu'un garage, l'exposition peut équivaloir à celle reçue entre 60 et 180 m de distance d'une tour dotée de plusieurs antennes.

Avec un compteur intelligent tout comme avec une tour de cellulaire, l'ensemble du corps est immergé de micro-ondes émises dans toutes les directions, augmentant le risque de surexposition de nombreux organes très sensibles aux micro-ondes, comme les yeux et les testicules. Avec un téléphone cellulaire, la tête et le cou sont généralement les principales parties du corps exposées aux ondes (à moins d'utiliser le haut-parleur), et uniquement lorsque l'appareil est allumé ou en attente.

Parfois pire qu'un cellulaire

Les compteurs intelligents sans fil émettent des micro-ondes pulsées atypiques, de très courte durée, mais relativement nocives, dont les effets biologiques n'ont jamais été pleinement testés. Ces salves qui durent des millisecondes peuvent être émises en moyenne 9 600 fois par jour jusqu'à un maximum de 190 000 transmissions quotidiennes, et à un niveau d'émission, en période de pointe, deux fois et demie plus intense que le signal de sécurité déclaré, a admis le fournisseur californien Pacific Gas & Electric devant la Commission de services publics de cet État. Ainsi, les gens qui vivent à proximité d'un compteur intelligent risquent d'être exposés à ces ondes de façon beaucoup plus intense que s'ils sont à côté d'un cellulaire, sans parler de l'effet cumulatif de ces mêmes ondes sur les gens exposés à plusieurs compteurs, à des routeurs ou à des bornes collectrices recevant les données de consommation de jusqu'à 5 000 foyers.

routeur


Selon une étude technique réalisée en Californie par Sage Associates, l'exploitation typique des compteurs intelligents peut transgresser même la norme américaine désuète en matière d'exposition du public aux micro-ondes (norme qui ne considère que leurs effets thermiques aigus et non les effets à long terme comme le cancer). Cela peut se produire notamment quand une personne se tient à six pouces (15 cm) de l'appareil pour lire la consommation d'énergie. Les émissions des compteurs sans fil sont, par ailleurs, amplifiées par les matériaux réfléchissants comme l'acier inoxydable, d'autres métaux et les miroirs, qui peuvent réémettre les ondes à un niveau plus puissant que s'ils étaient absents. À l'inverse, les micro-ondes sont absorbées et dissipées par les matériaux partiellement conducteurs, comme le ciment et les tissus de blindage spéciaux.

En plus des salves irrégulières de micro-ondes provenant de compteurs transférant les données de consommation aux compagnies d'électricité, de gaz ou d'eau, les compteurs intelligents sont également une source majeure d'électricité « sale » (interférence électrique de haute tension et à haute fréquence, généralement dans la bande de fréquences des kilohertz). En effet, certains scientifiques, comme l'épidémiologiste américain Sam Milham, croient que bon nombre des problèmes de santé associés aux compteurs intelligents (sans fil et filaires) peuvent aussi être causés par l'interférence générée par l'alimentation à découpage qui les actionne.

La pose de filtres atténuant la quantité d'électricité sale circulant sur le câblage domestique semble soulager les symptômes de certaines personnes électrosensibles et devrait être envisagée comme une des solutions visant à atténuer les impacts négatifs potentiels. En effet, le Département de santé publique de l'État de Salzbourg, en Autriche, confirme son inquiétude au sujet des risques possibles pour la santé publique, dus au fait que d'ici quelques années, presque tous les câbles et appareils électriques émettront ce type de hautes fréquences transitoires générées par des compteurs intelligents filés.

Mieux vaut prévenir que guérir

Les effets nocifs observés à la suite de l'installation de compteurs intelligents sont susceptibles d'être exacerbés si les électroménagers intelligents qui utilisent une communication sans fil deviennent la norme. Ils communiqueront avec la deuxième antenne, de 2,4 GHz, qui n'est pas activée initialement. Une telle situation ne ferait qu'accroître davantage les expositions injustifiées à des micro-ondes.

Jusqu'à présent, peu d'études indépendantes ont été réalisées sur les effets sanitaires d'expositions continues à des micro-ondes de faible intensité. Toutefois, des études sur les effets sanitaires des substances chimiques dangereuses réalisées pendant des décennies nous ont appris qu'une exposition chronique à de faibles concentrations de micro-ondes peut causer autant sinon plus de tort qu'une exposition aiguë à de fortes concentrations.

MISE À JOUR

En réponse aux questions de certains lecteurs:

À part deux médecins québécois, les signataires de cette réplique sont une cinquantaine d'experts internationaux en effets des champs électromagnétiques sur la santé, dont Yuri Grigoriev qui préside le comité national russe sur la protection contre les rayonnements non-ionisants. Leurs noms et titres avec hyperliens sont au bas de la réplique qui est fondée sur plus de 40 ans d'études sur les effets sanitaires des radiofréquences que vous pouvez lire ici.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Efficacité environnementale: le classement des pays développés

Retrouvez les articles du HuffPost sur notre page Facebook.