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Écosse: le Oui a déjà gagné!

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Le cœur de tous les indépendantistes québécois bat avec ferveur aujourd'hui. Des millions d'Écossaises et d'Écossais vont dire oui à un référendum portant sur leur indépendance. Nous sommes anxieux et fébriles de savoir si ce sera suffisant pour obtenir la majorité nécessaire pour faire de l'Écosse un pays, projet que nous caressons aussi pour le Québec depuis au moins 1980.

Nous nous croisons les doigts et nous sommes tellement fiers pour les indépendantistes d'Écosse qui ont fait une si belle campagne qui pourrait permettre à leur nation la pleine émancipation politique, but légitime de tout peuple. Fiers surtout, parce que quoiqu'il arrive au décompte final, nous savons d'ores et déjà que le « Oui » remportera une victoire à plusieurs égards.

D'abord parce que personne n'aurait cru il y a quelques mois que les résultats puissent être aussi serrés que le laissent présager les sondages.

Ensuite, le SNP a fait de l'indépendance de l'Écosse un projet de société emballant et inclusif qui, sans l'oublier, ne carbure pas uniquement à l'exaltation de la fierté identitaire. Résultat : un nombre impressionnant de nouveaux arrivants et nouvelles arrivantes (entre 31 et 42%) s'apprêtent à voter oui! Pour l'immigrant souverainiste que je suis et qui œuvre depuis longtemps à concilier les communautés issues de l'immigration avec l'idée d'un Québec indépendant, c'est tout un exploit!

Finalement, le succès du SNP, du premier ministre Alex Salmond et des mouvements citoyens du Yes Scotland qui ont convaincu autant de gens qu'une Écosse indépendante était possible et souhaitable, donne une vigueur renouvelée aux mouvements indépendantistes partout dans le monde.

Pour le Québec, l'exemple écossais offre deux leçons majeures : il illustre admirablement que l'austérité n'inspirera aucun élan pour mettre en mouvement un peuple et il confirme que l'identité ne représente désormais plus un motif suffisant aux yeux de jeunes générations d'indépendantistes.

La recette du SNP rappelle la combativité de M. Parizeau qui était très conscient du potentiel émancipateur, proprement à portée sociale, de l'indépendantisme. Il avait fait une large place au mouvement social dans le camp du « Oui » comptant sur les Partenaires de la souveraineté pour créer de l'adhésion, sinon de l'engouement pour l'indépendance. Car, l'Écosse le démontre encore, ce n'est pas l'incantation désincarnée, abstraite de la nécessité d'un pays, mais plutôt la substance politique et sociale du projet d'indépendance qui permet de faire rêver, désirer et adhérer au projet.

Grâce à l'Écosse, on réalise que l'idée d'indépendance ne peut gagner des appuis uniquement en dénonçant le déséquilibre fiscal ou en faisant miroiter des économies. En Écosse, elle repose plutôt sur la défense des services publics et sur des politiques sociales généreuses à l'endroit des couches populaires, particulièrement les nouveaux arrivants et les nouvelles arrivantes. Le camp indépendantiste affiche une volonté de bâtir un projet social fort, assez écologique et même pacifiste. Ce qui semble donner le goût au peuple écossais de se donner un État pour définir librement ses institutions, ses orientations économiques et son avenir politique.

Cette stratégie du SNP, démocratique et inclusive, s'est avérée d'une redoutable efficacité et d'une grande légitimité. Elle a permis de rallier un nombre impressionnant de groupes sociaux : des syndicats, des écologistes, des groupes populaires, des féministes, des étudiants, des immigrants, des minorités sexuelles, et j'en passe. En axant ses choix économiques et sociaux à l'avantage de la majorité de la population, le SNP a suscité ce ralliement qui permet de tourner la dynamique politique en faveur de l'indépendance.

C'est tout une leçon pour le Québec : l'indépendance ne découlera pas au Québec du jeu de la classe politique au sommet, ni d'une campagne de marketing quand bien même qu'elle aurait l'appui d'une partie des empires médiatiques. Pour gagner contre les puissantes forces d'inertie politique, économique et médiatique qui s'y opposent, le mouvement indépendantiste a besoin d'une « effervescence sociale » qui ne peut venir que d'une mobilisation populaire. Une telle mobilisation requiert des pratiques démocratiques que connaissent bien les mouvements sociaux : assemblées, discussions de cuisine, manifestations artistiques, rassemblements et débats publics. Bref, c'est ce qu'il faut pour susciter une adhésion croissante à une idée - la souveraineté - que ses adversaires s'emploieront à dépeindre comme peu emballante au départ.

C'est à travers une campagne référendaire de cette nature qu'un projet de pays rassembleur est susceptible d'émerger au Québec. Des composantes du mouvement, comme Québec solidaire, proposent la mise sur pied d'une Assemblée constituante pour susciter une telle mobilisation pour donner l'impulsion du changement et le goût de la liberté. Cette question est importante et le mouvement souverainiste devra l'aborder en temps et lieu.

Pour le moment - il faut l'admettre - l'idée de la souveraineté s'est essoufflée au Québec. Pourtant, des femmes et des hommes qui ont dirigé ce mouvement ont souvent agi au mieux de leur capacité, en toute sincérité. Mais des erreurs majeures ont été commises au pouvoir et ont couté cher au mouvement indépendantiste. La plupart de ces erreurs émanent de choix stratégiques erronés, qui expliquent nos importantes difficultés. Heureusement, plusieurs générations de souverainistes n'ont encore rien abandonné de l'idéal. Le mouvement indépendantiste québécois, en dehors et à l'intérieur des partis indépendantistes, cherche aujourd'hui à sortir l'indépendantisme du cadre conceptuel et stratégique passé qui, après tout, a présidé au terrible essoufflement du mouvement souverainiste.

Nous devons tout mettre en œuvre pour retisser le lien perdu qui a jadis fait la force du mouvement indépendantiste québécois. Projet national et projet social doivent être intimement liés pour redonner à notre idée sa capacité à faire rêver et à mobiliser notre peuple. Les indépendantistes écossais l'ont déjà réussi. Demain, ils seront même peut-être indépendants. Nous aussi, nous voulons l'être.

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