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Aux hypersensibles anonymes

27/02/2016 09:28 EST | Actualisé 27/02/2017 05:12 EST

Bonjour et bienvenue aux Hypersensibles Anonymes. Ici, tu vas pouvoir parler, être honnête avec les autres et, surtout, avec toi-même...

On se fond dans la masse, on se compare, on croit que la voisine est plus heureuse, on se dit qu'on est vachement faible pour ne pas savoir gérer cela. On ressasse, on pleure et, surtout, on ne dit rien.

Névrosée, folle, autant de mots que j'utilisais pour me caractériser. Sur le ton de la blague. Toujours. Ne jamais oublier ce petit sourire quand tu racontes ce que tu vis et finir par «mais tu sais bien que je suis névrosée».

Se faire dire «tu vas avoir tes règles, c'est ça». Entendre «tu es trop exigeante avec les autres», mais toujours rire. «Enfin, toi, la névrosée.»

À 29 ans, un truc incroyable m'est arrivé. J'ai identifié et mis les mots sur mes maux. Je suis une hypersensible. Oui, voilà. Je suis une hypersensible. Et je mène un travail quotidien pour gérer mes émotions sans que cela ne transparaisse.

Longtemps, je me pensais fragile, difficile à vivre et, surtout, instable. Pourtant il ne s'agit ni d'être fort, ni d'être faible. Juste différent.

J'imagine que l'on a tous nos symptômes. Voici les miens...

Je ne prends rien à la légère : chacune de mes conversations, professionnelles ou personnelles, sont ré-analysées. Il n'y a jamais une fois où j'ai quitté un ami sans ressasser nos propos, savoir si je ne l'ai pas offensé, voir si sa blague en était une, comprendre. Oui, comprendre si notre relation est basée sur une appréciation mutuelle.

Dans ma relation amoureuse, c'est pire. Je ne vis pas au présent, je vis au futur. «Est-ce qu'il m'aimera demain ? Et si je prenais du poids ? Des cernes ? Et puis, de toute façon, il a dit ça sur moi l'autre jour, il ne doit pas vraiment m'aimer...»

J'ai besoin de tout maîtriser, maîtriser la relation pour ne pas en perdre le fil. Alors pour ça, je l'analyse. Ajoutons à cela une imagination débordante, mon cerveau se transforme en producteur de films... Parfois, le tournage devient trop intense, même pour moi. Alors je prends une pause et je respire. Tout va bien.

Cette hypersensibilité peut être un cauchemar, un mauvais rêve dont on voudrait se débarrasser, mais elle est là et on n'y peut rien. On se coache, on pratique la devise «tout conduit au bien».

Au quotidien, je suis plus vulnérable à la routine. Un nouveau job m'ennuie vite, je n'en comprends rarement les ficelles et je n'arrive pas à jouer le jeu. Je ne suis pas conforme, je suis trop «moi».

Une musique m'enivre, une peinture m'émeut, un poème me renverse, un livre me hante, un film me bouleverse. Tout est matière à solliciter mes émotions, et ce, sur la durée. Je ne compte plus les fois où j'ai repensé à la fin de ce livre, nuit et jour. Une sorte de sentiment obsessionnel.

Et pourtant, grâce à ma sensibilité exacerbée, j'ai un don : je ressens les autres. Il me suffit de peu d'échanges pour ressentir leurs peines, leurs joies, leurs envies. Cette intelligence émotionnelle me paraît miraculeuse. J'ai l'impression de ne pas passer à côté de l'humanité.

Oui, c'est vrai, je pleure facilement.

Oui, c'est vrai, j'ai peur de perdre les autres.

Oui, c'est vrai, ce besoin de contrôle est usant.

Mais, à côté... tous mes amis reconnaissent qu'ils se confient à moi, car je les écoute et les comprends.

Puis parlons du travail : ma coquille d'hypersensible m'a permis de dire «non» à la conformité et je suis aujourd'hui prête à m'envoler vers l'entrepreneuriat, où je souhaite appliquer un management réel, adapté à l'homme et non à la machine.

Avec la maturité, j'ai fini par m'accepter et j'ai de plus en plus envie de me servir de mon don. Reprendre des cours de psychologie pour aider les autres, et aussi trouver un art d'expression. Alors que j'imaginais qu'être ce que je suis, c'est d'être une faible, je me rends compte enfin que la vie, je la vis. Vraiment.

Mon seul regret est de ne pas m'être comprise plus tôt... J'aurais pu être beaucoup plus accomplie aujourd'hui.

Mon hypersensibilité, c'est mon don. Et aussi obscur qu'il puisse être, il m'a donné un pouvoir que je ne voudrais pas échanger, pour rien au monde.

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